Les Beatles et la Belgique

Avant propos

Le texte qui suit ne prétend nullement être une étude exhaustive du phénomène Beatles tel qu’il fut vécu en Belgique. Il n’est qu’un récit de Souvenirs personnels avec toutes les imperfections que cela peut contenir. Que les choses soient claires, je ne suis pas un « historien », je suis un simple fan de la première heure qui se rappelle d’une époque bénie : des années ’60 jusqu’au milieu des années ’70 que j’ai eu la chance de vivre dans une petite ville frontalière.

Introduction

Je suis né et j’ai passé les 24 premières années de ma vie à Armentières, petite ville industrielle du Nord de la France, située tout à côté de la frontière franco-belge. Je devrais même dire située sur la frontière franco-belge car la ville, comme beaucoup d’autres de la région, avait un de ses faubourgs coupé en deux par cette frontière. Chacun avait de la famille ou des copains de chaque côté de la barrière et l’on passait d’un pays à l’autre sans y prêter particulièrement Attention sauf lorsque des messieurs en uniforme de douanier venaient s’intéresser au contenu de nos sacs. Pourtant, au fur et à mesure que je grandissais, j’étais davantage attiré par la Belgique et sa bruyante joie de vivre, au point d’y passer l’essentiel de mes temps libres.

Les Wallons, francophones, ont la réputation d’être des gens d’un naturel ouvert, gais et insouciants, avec un goût prononcé pour la fête. Et en vérité, ils le sont ! Le samedi soir, il ne faut jamais chercher bien loin pour trouver de la lumière, de l’animation et de la musique. Et dans les années ’60, qui disait musique disait rock’n’roll, disait pop music.

D’Elvis Presley aux Beatles

Au tout début des années ’60, les jeunes belges avaient un Dieu : Elvis ! Le « King », Elvis Presley. Cet amour pour un artiste américain fut un terreau idéal à l’invasion des groupes anglais, les Beatles en tête. Bien avant que le phénomène british pop n’atteigne la France, les « chevelus » -ou supposés tels – avaient investi les juke-boxes des bistrots et les magazines musicaux de Belgique.

A propos d’Elvis, je me souviens d’un petit cinéma de quartier tout à fait à l’image de ce qu’Eddy Mitchell a montré pendant des années dans son émission TV « La dernière séance ». Chaque samedi soir, il projetait deux films avec, parfois, une « attraction » entre les deux. Le premier film était une sortie récente, souvent américain (je dois avoir à peu près vu tous les John Wayne et Robert Mitchum de ces années là !) et le second film était TOUJOURS un film avec Elvis Presley en version originale sous-titrée, pour certains, en français (ouf !) mais, pour d’autres, en néerlandais (aïe !). Là aussi, je dois avoir à peu près vu tous les films avec Elvis qui étaient déjà sortis en 1964. Et même plusieurs fois pour certains ! Comme ces films ne sont généralement que des prétextes à glisser 5 ou 6 chansons d’Elvis sur la toile, chaque passage musical voyait garçons et filles sauter dans les allées du cinéma pour danser et reprendre à tue-tête les refrains. La chanson finie, ils regagnaient tranquillement leur place et attendaient la suivante.

Un autre film a provoqué les mêmes réactions : A Hard Day’s Night. C’était en 1965 car nous avions dû attendre un an pour le voir dans cette salle.

Entre temps, en effet, les Beatles s’étaient imposés au public jeune (les « teenagers »). Les médias belges de l’époque consacraient une part significative de leur programmation à la musique anglo-saxonne. Il est vrai qu’ils n’avaient pas une industrie musicale nationale à protéger comme c’était le cas chez nous, en France. Les Belges n’étaient pas obligés de consommer « notre petite Sheila nationale » au temps de sa splendeur, comme disait Guy Lux à longueur d’émission. Et de toute façon, leurs artistes les plus célèbres exerçaient leur art en France dans des registres très divers : Johnny Hallyday, Jacques Brel, Adamo, Annie Cordy pour ne citer qu’eux …

Il était même fréquent que de larges extraits d’émissions musicales de la télévision anglaise étaient proposés à la télévision belge d’expression … flamande, ce qui n’avait pas grande importance si ce n’est le fait qu’elles étaient plus difficiles à capter pour les frontaliers que les chaînes belges d’expression française. En conséquence, quand la télévision anglaise recevait des groupes de rock et de pop dans ses émissions, on les voyait aussi en Belgique.

Les Beatles et pas mal d’autres groupes de cette époque firent donc rapidement partie de notre paysage musical.

En ce qui me concerne, le premier titre qui fit mouche imparablement fut « Twist And Shout » et la voix de John, si proche ici des grands pionniers du Rock’n’Roll. De plus, l’originalité des chœurs « par paliers » ne pouvait qu’attirer l’attention sur ce titre.

Les Magazines

On trouvait en Belgique, tout au long des années soixante, de nombreux magazines consacrés au Rock ou à la Pop. Seul inconvénient, mais de taille, ils étaient généralement rédigés en Néerlandais ! Peu importe : ils bénéficiaient d’une riche iconographie et cela suffisait à justifier leur achat.

Twist et Pick Up

Twist et Pick-Up étaient spécialisés dans la diffusion de posters géants, vraiment géants ! Ils ne proposaient pas d’articles. Juste des photos. Toutes les « idoles » y passaient, de la chanson au sport en passant par le cinéma.

Juke Box

Juke Box, qui n’a rien à voir avec le magazine français du même nom qui existe de nos jours, était la référence de ces années ’60. Les photos étaient malheureusement en noir et blanc mais les textes étaient en français. C’était un peu le Salut Les Copains belge, les dizaines de pages de publicité en moins. Il a continué à être publié dans les années ’70 mais a perdu progressivement de son intérêt. Les Beatles y furent très souvent à l’honneur et un grand nombre de couvertures leur furent consacrées.

Musiek Express

Muziek Express apparu vers la fin des années ’60, se caractérisait par son grand format et des reportages Photographiques tout à fait extraordinaires, le plus souvent en couleurs. Un exemple parmi beaucoup d’autres : le reportage publié à la sortie de l’album Let It Be offrait une superbe série de clichés pris dans les studios de Twickenham pendant les fameuses Get Back sessions. Les Beatles y étaient régulièrement à l’honneur et, là aussi, ont fait maintes couvertures.

Télé Moustique

A titre plus anecdotique mais de façon très significative quand même, un magazine de télévision, Télé Moustique, proposait chaque semaine une dizaine de pages consacrées à la musique Pop (infos diverses, annonces de concerts, sorties de disques, paroles de chansons, etc…) et les Beatles étaient cités pratiquement toutes les semaines. Ils ont même fait l’objet d’une superbe couverture en couleurs. Je ne suis pas sûr qu’en France, on ait vu une seule fois les Beatles en couverture d’un hebdomadaire de télévision. En tout cas dans les années ’60.

La Discographie offcielle des Beatles en Belgique

Les singles

On trouvait dans les magasins de disques belges des singles Parlophone importés d’Angleterre et des singles pressés en Belgique. Les boutiques qui vendaient les singles Parlophone ôtaient parfois le centreur propre aux disques anglais qui ne correspondait pas au trou rond central standard des 45 tours continentaux. Cette mutilation était assez laide et parfois mal réalisée. De plus, ces singles anglais n’avaient pas les pochettes en papier glacé et en couleurs que l’on était habitué à avoir en France … Des singles pressés en Belgique sont apparus sur le marché en gardant souvent la référence ‘R’ suivie de 4 chiffres des singles Parlophone. Ils portaient sur le label la mention « MADE IN BELGIUM ». Ils étaient vendus sous une pochette en plastique transparent qui contenait une double page illustrée qui était identique au recto et au verso. Comme, de plus, la double page n’était pas « fermée », il était indispensable de garder la sur-pochette en plastique transparent pour ranger le tout convenablement. D’autres portaient une référence « export » en « DP ».

Les EP

Quant aux fameux quatre EP Odéon français destinés au marché belge (vol. 1 à 4 référencés MOE 21.001, 21.002, 21.003, 21.004), je ne les ai personnellement jamais vus en vente ! Et pourtant, j’ai toujours eu une âme de collectionneur et, aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais pu passer devant un magasin de disques sans y visiter le rayon Beatles au cas où… Peut-être leur diffusion a-t-elle été limitée aux grands centres urbains, tels Bruxelles, dont j’étais un peu éloigné ?

Les albums

A ma connaissance, dans les années ’60, il n’y pas eu de pressage belge des albums des Beatles. Ce n’est qu’après la séparation du groupe que certains albums solos ont été édités par EMI en Belgique avec le préfixe 4 pour la référence et la mention « SABAM » sur le label, « SABAM » étant l’équivalent belge de notre « SACEM ». Du « vivant » du groupe, en fonction de l’endroit où l’on se trouvait, on pouvait acheter en Belgique des pressages Odéon ou Odéon-EMI français, des pressages Parlophone anglais ou des pressages Odéon allemands, voire certains pressages américains sur Capitol (le double documentaire « Beatles Story » par exemple).

La discographie Parallèle des Beatles en Belgique

Plus tard, à partir de la seconde moitié des années ’70, la réglementation belge ne s’opposait pas à la vente de disques non officiels. Ceux-ci étaient généralement fabriqués (et aussi vendus) aux Pays-Bas. C’est donc dans certains magasins belges et hollandais que j’ai pu librement compenser le manque de nouveautés provoqué par la séparation du groupe en achetant une grande quantité de ces « produits ». Cette industrie parallèle en était alors à ses débuts et le contenu était souvent un peu décevant, style enregistrements BBC capturés sur un petit magnétophone collé contre le transistor ou concerts dont on ne percevait que les cris des fans. Les notes de la pochette étaient généralement réduites à leur plus simple expression et, la plupart du temps, totalement fantaisistes. Au milieu de tout cela, il y avait quand même de très bonnes choses (heureusement !) et un label se distinguait déjà par sa qualité : le fort bien nommé Trade Mark of Quality avec son célèbre petit cochon qui allait devenir le jouissif Swinging Pig.

Parmi les disques non officiels les plus connus de cette époque, j’avais pu faire l’acquisition, entre autres, des albums suivants : • ABC Manchester 1964 (concerts & radio)

  • Dr. Robert ? (studio outtakes)
  • First US Performance (premier concert à Washington en février 1964)
  • Live at Hollywood Bowl 1964 ( concert livré en intégralité)
  • Get Back Sessions (versions de 1969)
  • Hot As Sun (double album issu des Get Back sessions)
  • In The Lap Of The Gods And In The Hands Of The Beatles (extraits BBC)
  • Paris Palais des Sports 1965 (concert du 20 juin)
  • Buried Treasures (double album)

Ces albums étaient généralement vendus sous une pochette cartonnée blanche, sous cellophane et, entre la pochette et le cellophane était glissée une simple feuille de papier polycopiée présentant une illustration et quelques renseignements sur le contenu – supposé – de l’album. Le disque lui-même n’avait qu’un label vierge ou présentait des informations fantaisistes sans aucun rapport avec le contenu réel. Un aspect sympa cependant et assez inhabituel dans ces temps là : le disque était parfois en vinyle de couleur, avec même, pour certains, de splendides « marbrés ».

Objets de Memorabilia

Les vedettes ont toujours été mises à l’honneur et beaucoup de magasins vendaient des cartes postales ou des « vraies » photos des stars du moment. Ce phénomène n’était pas limité aux groupes et aux chanteurs. Les vedettes du cinéma et du sport y avaient aussi largement leur place. Cette diffusion d’images était très répandue. Elles étaient fréquemment offertes en cadeau dans toute une série de produits de consommation courante, plus principalement dans les tablettes de chocolat ! Je me souviens même avoir vu des distributeurs de photos à l’extérieur du magasin, un peu sur le modèle des distributeurs de boules de chewing-gum. On introduisait une pièce et une photo sortait sans que l’on puise d’ailleurs choisir l’artiste qui y était représenté … L’enseigne de grands magasins INNO avait toujours un rayon photos de vedettes bien garni et les Beatles s’y trouvaient en abondance. Les grandes photos en noir & blanc sur papier glacé étaient vendues cinq francs belges, soit environ cinquante centimes français de l’époque. Dans les épiceries, on pouvait acheter des plaquettes de « chewing-gum Beatles » qui contenaient chacune une petite carte en N&B. Il s’agissait des célèbres clichés pris par Dezo Hoffman en 1963. Le chewing-gum lui-même était infect mais ce n’était pas pour lui que nous achetions ces plaquettes ! J’ai gardé une douzaine de cartes mais pas l’emballage coloré des plaquettes. Je le regrette aujourd’hui.

Pour finir avec les objets de Memorabilia, je me souviens aussi de 4 boites vendues par Revell qui permettaient de construire les 4 garçons dans le vent sous forme de maquettes en plastique comme on le faisait couramment pour des maquettes d’avions ou de bateaux. Une fois assemblés, il ne restait plus qu’à les peindre. Je les ai parfois vues en vente, surtout sur la Côte belge à l’époque des vacances d’été mais je ne les ai jamais achetées. Encore un regret …

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