Les wings

La fin des années 60 marque aussi la fin des mythiques Beatles. Dès lors, chacun des « Quatre garçons dans le vent » entame une carrière solo. Si John reste dans la lignée Rock qu’il a toujours affectionné, Paul a très rapidement la nostalgie de la vie de groupe. Après deux albums solos, « Cartney » et « Ram », exutoires de certaines frustrations de la vie avec les Beatles, Paul a la guitare qui le démange, l’envie d’être entouré et de retourner sur scène. Il convoque alors autour de lui Denny Laine et Denny Seiwell et de cette premier rassemblement naîtra le groupe Wings.

Ce groupe qui marqua l’Histoire du Rock, ne connaîtra cependant jamais le fabuleux succès des Beatles. Aussi, en 1979, suite au départ de Jimmy McCulloch (qui décèdera le 27 Septembre 1979), et suite à l’arrestation de Paul au Japon pour détention de drogue, le groupe sera projeté dans l’abîme, et connaîtra à l’aube des 80’s la même fin que les Beatles : une dissolution sans appel.

Au travers de ces quelques pages, la rédaction de Yellow-sub.net vous propose donc de découvrir, ou de redécouvrir l’ascension de ce groupe.

LA BIOGRAPHIE DES WINGS

Pochette noire, photo de cerises confites éparpillées sur un, muret blanc, bol rempli du jus des cerises, lumière rasante du soir. Sous cette élégante couverture se présente, en ce 17 avril 1970, le premier album en solo de Paul McCartney. Une semaine avant, il déclarait avec fracas en avoir fini avec les Beatles, et la presse mondiale annonçait la dissolution du plus grand groupe de rock.

Huit mois auparavant était paru leur chant du cygne, I’immense »Abbey Road« , que la critique acclamât largement, parfois même comme leur tout meilleur album. Le public fût plus que jamais au rendez-vous, créditant ainsi le groupe, à l’apogée de sa carrière, de l’une de ses plus ventes les plus importantes. C’est donc Paul qui met officiellement fin à l’une des plus belles histoires générées par les Sixties. Quatre petits prolétaires de Liverpool avaient foutu le feu à la planète, étoiles filantes illuminant tout sur leur passage, réveillant les rêves enfouis d’une vieille Angleterre qui régnait à nouveau sur le monde par la grâce de leur talent.

Histoire d’une amitié adolescente et masculine qui rayonna sept années durant, d’un talent insolent et sans cesse renouvelé.

Mais, après l’annonce de leur séparation, la question qui brûle toutes les lèvres concerne alors le futur de chacun des quatre garçons. Comment chacun d’entre eux va-t-il tirer son épingle du jeu  ? Peuvent-ils séparément rivaliser avec l’extraordinaire alchimie qui était la leur en groupe ?

Toutes sortes de spéculations vont alors bon train, mais aucun des observateurs les plus éclairés ne peut alors imaginer une seconde comment Paul McCartneyva très rapidement rebondir en reprenant courageusement la route à la tête d’un groupe, vite improvisé, qu’il baptise Wings.

Pour tout dire, il ne l’imagine pas lui-même. Après la rupture des Beatles qu’il s’est résolu à annoncer lui-même, il est profondément abattu, en état de choc. Retiré dans sa ferme du Sussex, c’est sous l’insistance bienveillante de son épouse Linda qu’il enregistre, entièrement seul et en jouant de tous les instruments, son premier album solo simplement titré « McCartney ». Il recèle un pur bijou, le poignant « Maybe I’m Amazed », un hymne vibrant, d’une rare puissance mélodique et vocale, qui reste à ce jour l’une de ses plus brillantes compositions.

Début 1971 paraît le single « Another Day », dont la teneur semble en conformité avec les habituels standards que McCartney composa avec les Beatles. Enregistré à New York, il préfigure le second album solo de Paul, le sublime « Ram », un album riche et accompli, regorgeant de mélodies rares, arrangées à la fois avec un soin maniaque et une grande liberté.

La chanson « Uncle Albert / Admiral Halsey », qui en est extraite pour les US,A, se classe là-bas à la première place des charts. Une année s’est écoulée depuis le split des Beatles. Paul McCartney a nettement redressé la tête, mais une certaine solitude créative lui pèse. Et surtout, il ne rêve que de reprendre la scène et de se confronter à un public dont il n’a plus testé la ferveur depuis la dernière tournée des Beatles en 1966. Pour cela, il lui faut un groupe.

C’est au batteur qu’il avait engagé pour « Ram’ qu’il propose naturellement de se joindre à lui. Il fait la même offre au guitariste Denny Laine, un ex-Moody Blues qu’il connaît depuis longtemps. Et parce qu’il n’imagine pas une seconde qu’il en soit autrement, il enseigne à Linda quelques rudiments de piano, suffisamment pour qu’elle puisse en jouer sur scène tout en assurant les harmonies vocales. Les Wings sont nés.

Cette première formation du groupe met très rapidement en boîte un premier album, dont la vertu première réside surtout dans sa spontanéité dépouillée. L’accueil est timide, mais le groupe part très vite sillonner les routes anglaises pour se produire, parfois à l’improviste, dans des universités, puis dans le Sud de la France, devant un public médusé de voir enfin un ex-Beatle en chair et en os. Le groupe produit une poignée de singles en 1972, dont deux sont censurés par la BBC : « Give Ireland Back To The Irish », écrit en réaction au massacre du « Bloody Sunday » en Irlande, et « Hi, Hi, Hi » un rock enlevé, aux supposées références à la drogue et au sexe. On Imagine volontiers que cette censure amuse plus McCartney qu’elle ne l’irrite, brouillant de façon salutaire son image de gentil garçon.

C’est avec « Red Rose Speedway », deuxième album du groupe en 73, que McCartney opère un véritable retour au premier plan. Henry Mccullough, un autre guitariste, a rejoint les rangs du groupe, Le son s’est étoffé et McCartney renoue avec une production ample, raffinée et populaire. « My Love », le slow ravageur qui en est extrait, s’impose sans effort aux premières places des charts et démontre que Paul sait toujours composer des standards de ce calibre. Dans la foulée, il enregistre le cinglant « Live And Let Die » ,générique du nouveau James Bond, dont il capture à la perfection les ingrédients habituels tout en préservant sa propre personnalité. Ce single décapant, produit pour l’occasion  par George Martin, légendaire producteur des Beatles, fait très forte impression et cartonne vite dans les classements internationaux. Tout va donc pour le mieux.

A la recherche de nouveaux horizons, c’est à Lagos (Nigeria) que les Wings s’apprêtent à enregistrer leur troisième album. Mais, coup sur coup, le batteur Denny Seiwell et le guitariste Henry MeCullough rendent leur tablier. Générées par la difficulté que les musiciens ressentent à se confronter à la personnalité de Paul McCartney, ces désaffections sont les toutes premières d’une longue série qui va déstabiliser le groupe avec une régularité métronomique. On s’épargnera le détail des formations successives, tant il est vrai que la carrière des Wings s’est toujours surtout confondue avec celle de McCartney. Le groupe est maintenant réduit à l’état de trio, mais celui-ci restera, durant toute l’existence du groupe, sa véritable colonne vertébrale.

Paul, Linda et Denny Laine s’embarquent quand même pour Lagos, où ils enregistrent, dans des conditions pénibles et parfois rudimentaires, l’album de la consécration, « Band On Tlie Run ». Avec cette collection de pop-songs élégantes, fouinées et souvent innovantes, McCartney produit dans l’adversité le disque qui achève alors de rétablir sa réputation au plus haut niveau, critique et commercial. Unanimement salué, « Band On The Run »  inonde le monde une série de singles triomphants, et déroule devant les Wings un vaste tapis rouge largement brodé d’or.

Après avoir engagé un nouveau guitariste et un nouveau batteur, les Wings offrent à « Band On The Run » un successeur du même calibre, le très riche « Venus And Mars », enregistré à la Nouvelle Orléans, et qui fait dans la foulée une carrière tout aussi mémorable. Emportés par cette avalanche de succès, les Wings s’envolent aux quatre coins de la planète pour une tournée mondiale qui s’étale sur plus d’un an, et voit des salles archi-combles s’embraser comme au temps de la Beatlemania. Entre-temps, le groupe trouve encore le temps de produire en 1976 un cinquième album, « Wings at the Speed Of Sound« , que les tubes immenses »Let’em In« et »Silly Love Songs » propulsent une fois encore aux sommets des charts. Chemin que prendra également le somptueux triple album live, « Wings Over America » , consécration  logique de cette tournée mammouth, qui témoigne de l’homogénéité du groupe sur scène et rassemble pour la première fois l’impressionnante série de hits composés par McCartney depuis la fin des Beatles.

Cette frénésie jubilatoire se calme enfin. Mais pas la boulimie créative de McCartney qui, pour se ressourcer, emmène son groupe enregistrer sur un bateau dans les Iles Vierges. Au beau milieu des sessions, et sur un air connu, le batteur Joe English et le jeune guitariste Jimmy McCulloch désertent le groupe. Sans s’en émouvoir plus que ça, le trio fondateur termine et peaufine « London Town ». Cet album abouti et contrasté, aux compositions brillantes et racées paraîtra en 1978.

Mais c’est fin 1977, à l’aube de la brutale explosion punk, que les Wings vont littéralement triompher en Grande-Bretagne avec un single à total contre-courant, le désormais historique « Mull Of Kintyre », une lente et nostalgique ballade acoustique baignée de cornemuses. Avec deux millions et demi d’exemplaires au compteur, ce disque pulvérise alors le record des ventes de singles jusqu’ici détenu, dans l’île, par « She Loves You » , des Beatles. Pour les fêtes de 1978, la compilation « Wings Greatest » dresse alors un premier bilan flatteur de la course effrénée du groupe. En 1979, la septième et ultime formation des Wings bouscule sa formule jusqu’ici gagnante et publie un album audacieux et sombre, « Back To The Egg », qui, comme son titre le suggère, renoue avec les fondations d’un rock plus primaire et teigneux. Bien qu’il recèle son lot de perles et de tentatives novatrices, le public boude un peu cet écart. McCartney reprend la route en Angleterre, et rode un show qu’il compte emmener à travers le monde. Mais l’histoire contrarie ce projet lorsqu’en janvier 1980, à son arrivée au Japon pour une série de concerts, Paul est arrêté à la douane et incarcéré pour détention illégale de canabis. Les dix jours qu’il passe dans les geôles nippones l’obligent à annuler sa tournée et à rembourser une somme Coquette aux promoteurs locaux. L’affaire, qui fait évidemment grand bruit, est suivie par une période de retraite et de réflexion. Dix ans exactement après son tout premier album solo, McCartney publie sous son nom un album enregistré l’année précédente dans les mêmes conditions.

Il joue de nouveau les multi-instrumentistes sur ce « McCartney Il« , et avec le tonique »Coming Up », il s’offre un nouveau numéro un. L’occasion de vérifier que, avec ou sans les Wings, c’est bien à son seul talent qu’il doit son succès. Néanmoins, c’est encore avec eux qu’il s’attaque à la réalisation de ce qui deviendra « Tug Of War », mais en solo.

La disparition brutale de John Lennon casse définitivement quelque chose dans la mécanique qui poussait jusque là un McCartney toujours opiniâtre dans sa quête de reconnaissance. Lassé des caprices de ses musiciens et de la logistique d’un groupe qui l’éloignent trop à son gré, de ses véritables préoccupations musicales, c’est au contact de George Martin, avec lequel il renoue pour une collaboration durable, qu’il s’ouvre à une troisième carrière. Il y évoluera alors en toute liberté, confrontant son talent à des musiciens de son niveau, et réalisant toujours très régulièrement des disques de plus en plus mûrs et variés.

Entre 1970 et 1980, Paul McCartney a produit, avec et sans les Wings, onze albums. Six d’entre eux se sont classés numéro un aux USA, et trois autres ont atteint la seconde place. Cette réussite commercialement éblouissante et artistiquement très accomplie triomphe du challenge initial qui consistait à surmonter le lourd héritage des Beatles. Loin devant ses camarades, McCartney a réussi cet exploit unique dans l’histoire du rock.

Un projet Wingspan retrace aujourd’hui avec grâce cet itinéraire pavé de démesure mais surtout nourri d’un talent à l’incroyable constance.

LES LINE UP

1971-1972

  •  Paul McCartney : voix, basse, piano.
  •  Linda McCartney : claviers, voix
  •  Denny Laine  : Voix, Guitare
  •  Denny Seiwell : Batterie

1972-1973

  •  Paul McCartney : voix, basse, piano.
  •  Linda McCartney : claviers, voix
  •  Denny Laine  : Voix, Guitare
  •  Henry Mccullough : voix , Guitare
  •  Denny Seiwell : batterie

 1973-1974

  •  Paul McCartney : voix, basse, piano, batterie.
  •  Linda McCartney : claviers, voix
  •  Denny Laine  : Voix, Guitare

1974-1975

  •  Paul McCartney : voix, basse, piano.
  •  Linda McCartney : claviers, voix
  •  Denny Laine  : Voix, Guitare
  •  Jimmy  Mccullough : voix , Guitare
  •  Geoff Britton : batterie

1975-1977

  •  Paul McCartney : voix, basse, piano.
  •  Linda McCartney : claviers, voix
  •  Denny Laine  : Voix, Guitare
  •  Jimmy  Mccullough : voix , Guitare
  •  Joe English  : voix, batterie

1977-1978

  •  Paul McCartney : voix, basse, piano, batterie.
  •  Linda McCartney : claviers, voix
  •  Denny Laine  : Voix, Guitare

1978-1980

  •  Paul McCartney : voix, basse, piano, batterie.
  •  Linda McCartney : claviers, voix
  •  Denny Laine  : Voix, Guitare
  •  Laurence Juber : voix, Guitare
  •  Steve Holly  : Batterie

PAUL MCCARTNEY RACONTE L’ÉPOPÉE WINGS

De moins en moins bavard avec le temps, Paul est tout de même un sacré conteur d’histoire quand un magazine du talent de BILLBOARD veut bien lui poser les bonnes questions. Et encore une fois, il convient de constater que Paul ne chôme pas. Dans cette très longue interview que nous vous proposons, Paul revient sans complaisance sur les années Wings et son album Wingspan.

« On avait certainement juste envie de jouer ensemble et c’est parti de presque rien. Le groupe ne s’appelait pas Wings ». Ainsi commence l’entretien à Los Angeles, un après midi de mars 2001. Paul est aux studios Jim Henson sur LaBrea Avenue en train de fignoler son prochain album. Et plutôt que de cloner le son des Beatles, les Wings choisissent d’adopter un style « tout sauf les Beatles ». Un souci de se démarquer tant du point de vue du son que du contenu. Comme si Paul devait exorciser les Scarabées, quitte à les faire copuler à proximité d’un bélier pris par les cornes, comme d’autres se vêtissent de rouge pour faire rugir les taureaux.

Un son très pop, bien moins sophistiqué que les derniers opus des Beatles. Un son destiné à la scène et au public. Les Wings n’étaient pas les Beatles et n’avaient rien du super groupe de rock. Point de Beatlemania à retardement. Et enfin, Paul allait pouvoir s’étendre à loisir sur des thèmes qui firent la rage récurrente deJohn Lennon et de grands renoms de la presse rock : Aux atermoiements et élucubrations existentielles qui avaient cours naguère, Paul acclamait la vie de tous les jours, le quotidien morne et peu follichon du citoyen moyen, dont il se sentait plus proche.

Si Lennon avait besoin d’air et appelait au secours pour sortir de sa célébrité, il n’est pas faux de croire, que les Wings des débuts représentaient l’utopie musicale et verbale dont rêvait Macca depuis le concert du Candlestick Park au moins. Un groupe, bon en studio mais capable et désireux de jouer. Dont acte, dès 1972.

On l’ignore un peu, mais la vie personnelle et familiale de Paul prime toujours avant tout, et même pendant cette interview. Peu après les présentations, l’impeccable ex Beatle en tee shirt et jean propose à boire. Puis s’excuse de devoir répondre au téléphone pour discuter avec Mary et Alisatair Donald, sa fille et son gendre qui ont produit Wingspan. Peu après, c’est Heather Eastman McCartney, âgée de 37 ans qui débarque au beau milieu de l’interview pour saluer son beau père préféré. Linda semble ne pas être loin et Paul de rappeler que 6 mois avant son décès, il avait dédié à sa belle et ses rejetons le superbe poème symphonique du nom de Standing Stone. Mais aujourd’hui Heather est plus qu’effacée et très réservée. II y a fort à parier que si elle passe près des percussions et des fûts que Paul massacre régulièrement, elle n’effraiera sans doute personne. Il est loin le temps où elle surprenait un Ringo éberlué en 1969 dans le film Let It Be. Paul et Heather parlent beaucoup de James qu’ils ont revu à Paris au dernier défilé de Stella. Il y étudie l’architecture et aide occasionnellement son père à la guitare, comme au bon temps de Flaming Pie et WIDE PRAIRIE. Et d’ailleurs, c’est de Stella que provient le nom Wings. Linda accouche le 13 septembre 1971 et Paul est angoissé dans la salle d’attente. La naissance a nécessité une césarienne et Paul entame alors une prière, invoquant les saints, les dieux et les anges. Les anges de ces derniers ont hanté son esprit durant tout le temps qu’ a nécessité l’intervention. Le groupe s’appellera donc Wings !

Paul remonte les escaliers après avoir réécouté quelques prises de son prochain album solo produit avec David Kahne. Il propose au magazim ; BILLBOARD d’écouter un superbe hymne en hommage à Linda où l’on entend « You’re Still Here ! ». Comme quoi, même en public, Macca confond, la rock star, le citoyen, le mari et le père de famille consciencieux et digne.

« L’album sortira en mai. Et en même temps on pourra voir le documentaire. A l’heure actuelle, EMI achève la post production. On a donné la priorité au disque et aux remixes que j’ai fait pour les radios. Il y’a bien sûr des chansons qui n’ont jamais été enregistrées par les Wings mais c’était pour ne pas léser les fans. Car pour le prix d’un CD, ils auront presque 2h30 de musique. « 

Quand est ce que votre album sortira ? 
« Je ne sais pas ! J’espère le terminer avant l’été. Donc il sortira sûrement à la rentrée, vers Septembre. »

Ah bon ? Donc, ce sera presque en même temps que le coffret d’inédits des Wings ? 
« Ce sont deux choses très différencier ! Le coffret est prévu pour Noel 2001. Et ce nouvel album sera composé uniquement de nouvelles chansons, pas de reprises ! Donc, il ne vont pas interférer je crois. Mais j’en ai quand même parlé aux directeurs de EMI. S’ils sont vraiment inquiets, alors je les écouterai et on verra bien ! »

Que vous inspire le succès de la compilation One ? 
 » C’est vraiment chouette ! A Noel, j’ai pris le temps de le réécouter et j’ai vraiment adoré. Je me suis dit : « Putain, c’est vraiment génial ! » Ce qui m’a surpris, c’est la structure de chansons. Il n’y a pas de superflu. La durée est juste ce qu’il faut. Et pas un temps mort n’est à déplorer. De toute façon, dans ce disque, tout ce qui devait y être y est, et tout ce qui sonne moins bien n’y est pas. Le son aussi est grandiose. Je me rends compte qu’on avait de très bons ingénieurs à Abbey Road. Et le tout a été bien remasterisé. »

Hier, j’ai rencontré un type, qui était le producteur de Shaggy. II s’appelle Shaun Pizzonia. Je lui ai dit : « Dommage qu’on n’ai pas eu le temps de vous inclure dans notre classement des 200 meilleurs albums qui ont été numéro 1. C’était vraiment par manque de temps. Il me dit : « Alors vous étiez donc là ? » et je lui ai dit oui en essayant de me faire excuser auprès de Shaggy. Vous le connaissez ? 
 » Oui, très bien ! C’est un très bon disque que tous les jeunes adorent. C’est marrant, parce que les adultes aussi aiment bien. Mais pas tous malheureusement. Alors les enfants l’achètent parfois pour eux en leur disant pas seulement : « Je kiffe bien sur ce gars ! ». En fait ce Shaun en question a dit que les enfants aiment simplement les chansons. Ils se moquent bien de savoir quand le disque a été enregistré ni avec quoi. Ils aiment simplement çà.

C’est drôle que l’on en soit encore à mépriser les groupes actuels ou des artistes comme Shaggy. Un peu comme ces parents qui ne voulaient pas entendre parler des Beatles ou d’Elvis. Mais en fait, je ne crois pas qu’après coup, les adultes en question soient restés sur leurs positions. Un peu de chaleur humaine ou de dignité dans les paroles, ça aide à réconcilier pas mal de personnes. La musique des Beatles ne lobotomisait pas les gosses qui l’écoutaient pas plus que les chansons d’Elvis. Personne ne s’en plaignait, bien au contraire et je crois que la même attitude est à appliquer aujourd’hui. Qu’en pensez vous ? 
« C’est très bien dit ! Merci. Oui, je suis tout à fait d’accord avec vous. Et j’en suis d’ailleurs très fier. ON avait quand même pas mal d’humour noir en réserve, mais ce qui reste aux yeux du public, ce sont des messages de paix, d’amour et de valeurs humaines. L’avarice et la haine restaient au placard. C’est aussi ce qu’exprime Shaggy.

Pourquoi avez vous cru nécessaire d’avoir fait ça avec les Beatles ? 
Mais je crois que c’est tout simplement naturel. C’est ce qui nous faisait avancer. Et c’était nos valeurs qui finalement nous donnaient un aspect assez raisonnable et adulte. John a quand même écrit Give Peace A Chance. George a aussi composé Taxman !

Oui, mais il fallait quand même du courage face à des gens qui n’allaient pas forcément aimer çà  !
Eh bien …(après une pause !) on était des jeunes gens assez courageux. ET ce qui est sympa avec les disques des Beatles, et même des Wings c’est que on peut encore aujourd’hui leur trouver beaucoup de fraîcheur et d’engagement alors que ce n’es plus de notre temps. Même si je ne vais pas paraître modeste, je dois dire, que ce qu’on produit les Beatles et les Wings est assez fantastique. D’ailleurs le disque que vous avez sous vos yeux le montre bien.

Sur Wingspan, on trouve 19 titres sur HITS et 22 sur HISTORY. Tout est remarquable, mais beaucoup vont critiquer le fait qu’il manque certains titres à leur goût. 
« Oui et qu’ils mettraient bien autre chose en plus. Mais la place était limitée. Alors pour les mécontents, je leur conseille d’acheter le coffret, puisqu’il y’en aura encore plus. Mais je crois qu’avec çà, il y’a déjà de quoi faire. Il y’a d’excellents titres. La sélection ne me paraît pas mauvaise. »

Parlons un peu des Wings, leur formation et cette première tournée à l’improviste dans des universités. 11 concerts de Nottingham à Oxford..
C’est drôle parce qu’encore récemment, j’ai rencontré des gens, la quarantaine à peu près, qui n’étaient que des gamins à ce moment là et qui m’avaient vus jouer dans leur université. Maintenant ils sont devenus grands et ils ont un boulot. Et en fait, je me souviens que j’avais la trouille de vivre dans l’ombre des Beatles ! Il fallait quelque chose de nouveau de radical pour couper avec la beatlemania. Et ça semblait impossible. C’était la principale difficulté que j’ai eue avec les Wings au début. Il s’agissait de partir sur la route avec une bande de musiciens sympas et qui savent jouer. Et après un premier album (WI LD LIFE) pour offrir quand même un nouveau répertoire. Mais jouer devant les étudiants comme çà, c’était un sacré pied !

Vous avanciez un peu à l’aveuglette ? 
C’est tout à fait çà ! Et c’est ce qu’il y’avait de mieux à faire. Mais au début, je n’aurais jamais imaginé qu’on allait repartir un peu comme des troubadours. Il me fallait vraiment repartir d’autre chose. De revenir à quelque chose de très différent. Avec un nouveau groupe, de nouvelles têtes. Donc, j’ai crée un groupe comme les Beatles l’étaient, c’est à dire, un bon groupe d’amis et en l’occurrence, il y’avait aussi ma femme. On était presque des inconnus en tant que formation. Ca faisait beaucoup jaser les critiques, mais nous on s’en moquait. Je ne me justifie jamais devant eux.

Denny Laine, vous le connaissiez. Mais Denny Seiwell, vous l’aviez déjà rencontré avant ?
Pas vraiment, en fait j’avais auditionné des batteurs et des guitaristes pour l’enregistrement de Ram, C’était début 1971 à New York. Je voulais travailler là bas, parce que Linda y avait passé son enfance. Elle voulait absolument y retourner et j’aimais bien ce, te idée de travailler avec des musiciens américains. Donc, j’ai mis une annonce comme quoi j’allais auditionne r des batteurs. Des gens comme Bernard Purdie sont venus, mais je recherchais vraiment de nouveaux musiciens, plutôt que des poids lourds confirmés. Denny Seiwell est venu et était tout simplement génial. Le meilleur sans conteste. J’aimais bien son attitude, on s’est tout de suite bien entendu. On a vite sympathisé et avec Linda, on sortait souvent le soir avec lui. Et on se marrait bien. Ensuite, Hugh McCraken est venu nous rejoindre à la guitare, et on a fait Ram. Il était sur le point de rejoindre les Wings et d’ailleurs il a même passé beaucoup de temps en Ecosse avec nous. Mais il était un peu trop loin de New York. Et çà le déprimait un peu de pas être avec sa famille. Dave Spinoza a aussi travaillé avec nous. Lui, il était New Yorkais de souche et pas question qu’il bouge, donc, seul Denny m’a suivi. Cette tournée des facs, c’était une horreur quand même. Je n’avais pas d’agent du tout, et je faisais tout de chez moi ou sur place, le jour même. Donc, on s’est tous entassé dans une camionnette avec le matériel, comme si on était des débutants. On prenait l’autoroute et on a privilégié les universités parce que les étudiants sont toujours plus réceptifs.

Ca n’était donc que des concerts surprises ? Jamais d’affiches ? 
Ouais ! (sourire aux lèvres). Jamais on a réservé quoi que ce soit. On se trouvait sur l’autoroute M1, la plus grande en Angleterre, et puis on se disait un truc du genre : « Tiens, aujourd’hui, on va aller vers le Nord ». Et donc on est allé assez loin, le plus loin possible de Londres en fait. Et puis, quand on avait repéré un coin tranquille, on faisait un concert. On arrêtait des gens en leur demandant s’il y avait une université dans le coin. Et si oui, on demandait où ! Et on débarquait à l’improviste. Nos chauffeurs allaient voir les associations d’élèves et les directeurs en disant : « Dans la camionnette dehors, il y a Paul McCartney avec des musiciens. Ils aimeraient bien donner un concert.  » ET bien sûr, à chaque fois, les élèves disaient : « Mais oui, bien sûr, dis lui de venir nous voir !  » genre : J’y crois à fond ! Alors, du coup les élèves venaient jusqu’à la camionnette pour voir. Et là je leur disais : « Salut ! On peut faire un concert dans vos locaux ? » En général, ils n’y croyaient pas. Et ils sautaient dans tous les sens. Nous on y allait les yeux fermés. Et avec les directeurs, on fixait les horaires. Souvent, c’était à la pause déjeuner et le soir, vers 19h 20h. Donc, le soir même, dès que c’était d’accord, on fonçait trouver un hôtel et on revenait le lendemain. Du coup, Linda avait le temps de coller des affiches le soir même avec les musiciens. Et on donnait le concert. Et pour les hôtels, c’était aussi à la dernière minute. A chaque fois, c’était la surprise du jour. ET souvent, pas moyen de trouver quoi que ce soit à 10 kms. Souvent, les meilleurs étaient réservés à l’année par des professeurs extérieurs qui venaient donner les conférences. Alors, on atterrissaient dans des boui boui infâmes. Et on a même eu des emmerdes plusieurs fois. Un matin, on s’est retrouvé avec les flics à nos portes. C’était à Preston Place. On n’avait pu avoir seulement une chambre pour nos deux chauffeurs. Et il n’y avait qu’un seul lit. Du coup le réceptionniste avait cru qu’ils étaient homos. Et ils ne l’étaient pas évidemment. A cette époque, c’était encore scandaleux, au fin fond de l’Angleterre. Ca avait quand même l’air surréaliste tout çà. Comme dans les films des années 40. L’esprit de débrouillardise.

Un peu comme si c’était la série « Carry On, Road Manager »( inspiré de la série Carry ON, des années 50 – 60, une série très célèbre en Angleterre). 
(rires) Ah mais c’est entièrement çà ! Honnêtement, certaines personnes auraient très bien pu se retrouver dans le casting. C’était un peu partir à l’aventure. Parfois, on se faisait virer parce qu’il y’avait des examens, et que donc on ne pouvait pas se pointer avec nos instruments. Et très souvent, dans ces salles, on avait des coupures électriques.

J’en déduis que c’est de là que provient le titre Power Cut, sur Red Rose Speedway ? 
(il fait oui de la tête) Eh oui ! C’est çà. Donc, on allait d’un campus à un autre. Dès qu’on pouvait faire un concert, on y allait. Le but, c’était de faire connaître les Wings. En plus, seulement 11 chansons étaient au point. Et on promettait toujours une heure par concert. Mais la durée moyenne des chansons était de 3 minutes. Donc, c’était tout juste bon pour une demi heure de concert. On devait donc souvent répéter les chansons au départ. Mais, après les 11 chansons, y avait toujours quelqu’un dans le public pour nous répondre. On rejouait ce qu’ils voulaient. Et par exemple, on a souvent repris Give Ireland Back To The Irish. La chanson avait été censurée par la BBC. Et ce côté contestataire. plaisait beaucoup aux étudiants. Donc on la jouait souvent deux fois. Et puis, on jouait aussi Lucille. C’était notre premier tire. Toujours. Au début, on la jouait très fort. Et à la fin, un peu plus lentement. Les deux versions étaient différentes.

Sur le documentaire, qu’est ce qui a été gardé de ces concerts ? 
II y’a encore beaucoup d’extraits du concert à l’Institut des Arts Contemporains. On avait eu une salle pour répéter ce coup ci. Tous les artistes qui venaient avaient droit à ce privilège. Donc, on a remis ces répétitions sur le documentaire. Et il y’aura certainement des versions inédites sur le coffret.

Curieusement, pas une chanson des Beatles dans ces concerts ? 
Beaucoup de gens nous demandaient des chansons des Beatles. Mais on refusait à chaque fois. C’était un principe, même si on n’avait que 11 chansons. Et les étudiants ne les demandaient jamais. Bien sûr, on aurait pu tenir au moins une heure avec les chansons des Beatles et le public aurait adoré. Mais on a fait le choix de leur faire aimer autre chose. On essayait de lancer un groupe, qui s’appelait les Wings. Et c’était tout, malgré ce passé prestigieux que j’avais derrière moi. On avançait à l’improviste et parfois, c’est vrai que ca ne marchait pas fort. Et j’ai été très critiqué pour çà. Mais pourtant, je suis toujours là !

A la longue, ce n’était pas effectivement crevant ? 
Bien sûr que si ! J’ai d’ailleurs dû changer mon style d’écriture. Sur le premier disque des Wings, j’aurais très bien pu aligner des titres comme Eleanor Rigby. J’aurais très bien pu faire ça. Après tout, d’autres groupes le faisaient bien et il y’a toujours eu des gens qui ont repiqué un peu ce que les Beatles ont fait. Regardez, tous ces groupes depuis 5 ans ! Il y en a beaucoup qui font du Beatles. C’est bien s’ils aiment çà. Mais moi, je voulais passer à autre chose quand j’entendais plein de gens me dire : « Ne fais pas ça ! Continue à faire ce que tu faisais avant. ». Pour eux, c’était une forme de trahison. Au fur et à mesure que la pression s’est envolée, j’ai pu revenir aux Beatles. Et j’ai repris Yesterday pendant la tournée américaine de 1976 : personne ne s’en ait plaint. Mais je ne l’ai pas fait avant d’avoir suffisamment de chansons des Wings. Et au début je refusais tout. On me demandait souvent : « S’il vous plait, terminez par Yesterday.« Et je disais : »Pas question, on la jouera même pas ! » On voulait vraiment devenir un très bon groupe à part entière. Mais on en a jamais eu la certitude parce que tout ce qu’on faisait était rabaissé par rapport aux Beatles. « C’est un bon disque, mais pas aussi bon qu’un disque des Beatles »Un jour, je me souviens avait vu David Bowie. Et on était entrain de regarder des charts dans un magazine comme Billboard. Et derrière James Brown, on a vu les Wings. Et là on s’est dit : « Putain, je savais pas qu’on était aussi bons finalement ! » C’est toujours embarrassant ce genre de situations, parce qu’on s’attache toujours aux critiques féroces. J’essaie souvent de les éviter, mais quand ça casse du sucre, c’est difficile de résister à la lecture. Mais aujourd’hui, je regarde tout çà en me disant que c’était un sacré succès.

Une dernière question personnelle : Pourquoi ne pas avoir mis Back On My Feet ? Ce n’est pas une chanson des Wings, elle est signée avec Elvis Costello, mais c’est une de mes préférées.
Vous l’avez vraiment adorée ? Wouaw ! Il faut que je la réécoute ; Je ne l’ai pas entendue depuis que je l’ai enregistrée. Voyons voir, c’était quand déjà ??

…1987, quand vous aviez enregistré avec Elvis Costello des chansons comme Véronica de l’album SPIKE (1989) 
Eh bien vous êtes meilleur que moi ! Je me permets parfois de ne pas me Souvenir précisément des dates. J’ai une excuse, parce que j’utilise cette partie de mon cerveau pour écrire en ce moment. Donc avec Elvis, quand je l’ai rencontré, j’avais en stock quelques chansons, qui n’étaient pas terminées. Et donc, il m’a aidé à les terminer. Ensuite, je l’ai aidé à finir d’autres titres. Mais Wingspan couvre en priorité la période Wings. Back On My Feet, c’était une face B, de Once Upon A Long Ago. Donc çà sera pour une compilation mais pas tout de suite. (l faudra attendre plus longtemps pour ça !)

Ca sera pour la Paul Anthology 
(rires) oui l’anthology que je ferai à 80 ans !

Avec Wingspan, on se rend compte que beaucoup de titres ne sont sortis qu’en singles. Parlons un peu de l’industrie du disque aujourd’hui. Pourquoi est il si difficile de sortir un nouveau single et de se faire entendre à la radio ? 
Nous le savons tous les deux. C’est à cause de l’esprit de rentabilité. Si les dirigeants des maisons de disques savaient comment faire leur boulot, ils pourraient bien nous laisser sortir nos disques. Mais là on se trouve toujours entrain de devoir s’explique avec des gens qui disent : « Oui mais avec cette chanson, vous espérez atteindre quelle cible ? C’est risqué ! » et du coup ils prennent toujours la route la plus sûre en disant : « Ok. Ca leur plaira sûrement et si c’est un hit, les ventes suivront ensuite ! ». Donc en fait c’est toujours la même chose avec plus de marketing.

Avec les échecs que l’on sait…
C’est vrai. Mais c’est aussi à l’artiste d’y mettre du sien et de donner des bons titres. C’est ce que j’essaie de faire.

Même déjà du temps des Wings, les fans les plus avertis souhaitaient que vous les surpreniez à chaque disque. 
Oui, c’est vrai que j’aime bien çà au fond. C’est la recette miracle pour durer dans ce domaine. Je crois que le public mélomane se divise en deux catégories. D’un côté tous ces gens qui ne durent qu’un temps, que nous on appelait les bubblegum et que notre époque actuelle appelle çà Boys Band. Et puis il y’a les groupes d’hommes, des vrais musicien, plus matures qui ont tendance à durer plus longtemps que les autres. Eux ont moins besoin de packaging et de promotion. Moi, je n’en veux pas à ces nouveaux groupes préfabriqués, parce qu’on n’empêchera jamais personne de chanter. Mais le vrai danger, c’est qu’ils sont très tape à l’œil et que le public se lasse. Et heureusement d’ailleurs que ça ne dure pas trop longtemps. Ce serait vraiment très ennuyeux sinon. Les maisons de disques ont besoin d’artistes durables comme Bob Dylan qui sont prêts â se remettre en cause et à faire bouger les choses. Qua id il est apparu pour la première fois, ses poèmes rock ont plongés tout le monde, y compris les Beatles dans une autre dimension.

On en revient à ce que l’on disait avant l’interview à savoir que la clé du succès réside dans cette habilité à offrir de la singularité qui plaise… 
Oui et puis il faut aussi divertir les gens. Et çà aussi c’est super important. Il faut faire les choses avec amour pour le public. Et bien sûr, par conséquent, çà vous rapporte beaucoup d’argent, ce qui est primordial. Mais par dessus tout, je fais quelque chose qui me plait. Mais avant l’interview on parlait de savoir ce qui est bon et mauvais dans les chansons de Paul McCartney. La vérité est simple : C’est ce que je trouve bon que je vais avoir envie d’offrir au public. C’est pourquoi, on ne faisait pas de chansons des Beatles lors des premiers concerts des Wings parce que je n’en avais pas envie. C’est tout. Ce que j’aimais avant tout, et que j’aime toujours, c’est d’écrire de nouvelles chansons. C’est ce qu’il y a de mieux. Des gens m’ont dit : « Tu crois aux miracles ? ». Et je leur ai dit : « Ouais. Quand j’ai vu naître Stella, c’était un miracle. C’était un trac du style : Comment on a fait un truc pareil ? » C’est juste naturel et magique. Et pour écrire de nouvelles chansons, c’est exactement pareil. Je ne connais pas la marche à suivre. C’est juste naturel. La nature humaine.

Un autre aspect de la nature humaine est que lorsqu’un artiste produit une musique sublime, il tend à se cacher derrière son travail. Et alors, la musique semble ne plus lui appartenir puisqu’elle est offerte au public. 
C’est très sympa ce que vous dites. Je n’avais pas envisagé les choses ainsi. Je crois que l’on souhaitait ça avec les Beatles. On aimait bien parfois se substituer à nos chansons. Par exemple j’ai écrit Teddy Boy en me référant à d’autres gens que moi. Et la chanson s’adressait à ces gens là.
Parfois, on aimait bien ajouter quelque chose d’impersonnel et d’inhabituel au début des titres. Par exemple sur Misery on a « The world is treating me bad . ». C’était des éléments un peu inhabituels et qui s’adressaient à nos fans.

Sur Wingspan, on retrouve des titres méconnus et que l’on a moins entendus comme Pipes Of Peace (1983). II a été écrit par rapport à un événement politique du début des années 80 ? 
Non, je me suis inspiré d’un poème indien écrit par Rabindranath Tagore. II a eu le prix Nobel en 1913. Et j’ai repris quelques une de ses phrases comme « I light a candle to our love/In love our problems disappear » mais qui étaient à l’origine écrite comme çà : « In love, all of life’s contradictions dissolve and disappear. ». Le contexte évoque plus le futur conflit mondial de 1914.

Parlons un peu de Let Me Roll It (1973) 
A l’origine, je n’avais qu’un seul riff. Et j’aimais bien le jouer sur scène avant de commencer. On le jouait avec Denny Laine à deux guitares. Et pas mal de gens l’ont perçu ensuite comme un pastiche de ce que faisait John Lennon. Pourquoi pas après tout. Mais en fait c’est pas vraiment intentionnel. Ca aurait très bien pu être une chanson des Beatles. Avec John, je crois qu’on l’aurait très bien chantée.

Et The Lovely Linda (1970) ? 
C’était les premiers jours de notre idylle. Je joue d’ailleurs dehors, dans mon jardin. On peut l’entendre marcher et sortir du salon dans le jardin Et à la fin de la bande, on entend même le bruit de la porte. Linda aimait souvent mettre des fleurs dans ses cheveux à ce moment là. Donc en fait c’est un titre très personnel. Et en fait, ce titre n’était que le début d’une chanson plus longue. Après, ça partait dans un style espagnol, façon mariachi .Mais je ne l’ai pas gardé en entier. le trouvais que ce petit bout de mélodie était assez évocateur pour l’album McCartney.

On retrouve aussi Davtime Nishtime Sufferine (1979), qui est une chanson magnifique.

C’est une chanson féministe. « Qu’est ce qu’elle a en retour de ce qu’elle fait ? » « Elle souffre nuit et jour ! ». C’est souvent ce dont se plaignent les femmes. Vous disiez que les Beatles avaient fait preuve d’humanisme. Voici certainement ce dont je suis le plus fier en la matière.

Vous êtes père de famille, donc vous arriviez à comprendre facilement ces problèmes là ?
J’ai aussi été un fils. Je suis un père et un fils. Donc c’est pareil en fait. J’adorais mes parents. J’ai eu beaucoup de chance, contrairement à d’autres qui ont eu plein de problèmes. Je n’en ai pas eu beaucoup, sauf lorsque ma mère est morte quand j’avais 11 ans. Mais avant tout, je n’avais pas de problèmes d’entente avec eux . Avec « Daytime  », on a toujours cru qu’on tenait là un excellent disque. Les critiques avaient beau dire ce qu’ils voulaient, ça nous passait complètement. Et pour Back To The Egg (1979) , je ne l’ai pas inclus. Donc il se trouve aujourd’hui dans Wingspan

Maybe I’m Amazed (1970) est un tube splendide, qui continuera à être repris dans 50 ans encore… 
(pensif). Je n’en sais rien. C’était une chanson pour Linda. Histoire d’écrire une chanson d’amour un peu plus profonde et sérieuse. « Maybe l’m amazed the way you hang me on a line, pulled me out of time. » C’est le genre de choses que l’on ne dit jamais à une fille sauf dans une chanson. Beaucoup de gens l’aiment et s’y réfèrent souvent. Mais c’est le Maybe lui est important. Sinatra se serait passé du Maybe. Ici, c’est un type qui ne veut pas vraiment admettre son amour. C’est assez litigieux.

Mais c’était de l’honnêteté 
Bien sûr. Enfin je crois.

Man We Was Lonely (1970) et Back Seat Of My Car sont deux titres que n’ont jamais chanté les Wings. La première aurait pu être enregistrée par des joueurs de blues il y’a 150 ans.
Oui, elle était très spontanée et c’est le premier duo avec Linda. Mon premier essai de musique country. J’aime bien des mots comme : « And we was hard pressed to find a smile ». C’est une phrase un peu inhabituelle. Ces sourires forcés, j’en parlais parce que c’était pas évident d’avoir quitté les Beatles. C’est çà qu’évoquait ce titre. La solitude musicale. Mon problème, c’est que j’ai dû intenter un procès contre les Beatles. J’avais visé Allen Klein d’abord, mais il était intouchable. Alors c’est mes meilleurs amis que j’ai amenés devant le tribunal. C’est bien la dernière chose que j’aurais voulu faire. Mais tout le monde m’a alors pointé du doigt. Il me fallait quitter le groupe. Et le seul moyen pour ne plus subir de contrôle financier c’était de dissoudre le groupe. C’était une période très : déprimante pour moi et c’est ce que reflète beaucoup Man We Was Lonely. Back Seat of My Car,(1971) c’est une chanson pour adolescents. Et même si je n’étais plus jeune quand je l’ai écrite, je me souviens ce moment où il fallait venir voir les parents d’une copine pour se présenter. Et que parfois, il fallait faire pas mal de chemin et prendre son courage à deux mains. C’était donc pour se mettre du courage. Bien sûr à ce moment là, je n’avais jamais été à Mexico, mais c’était tout comme si il fallait traverser le désert mexicain. Ca évoque ure lourde épreuve. Et puis surtout, c’est la banquette arrière de la voiture. Qui est l’endroit idéal pour faire l’amour.

Parlons de Tomorrow,sur Wild Life (1971)
C’est une chanson que le père de Linda adorait. Il disait par contre qu’il aurait bien aimé l’entendre dans une version plus lente. Mais je n’arrivais jamais à la ralentir suffisamment. C’est pour çà que le final est plus lent. Pour moi, cette chanson, c’est la France profonde. Une boulangerie tranquille où tu achètes du pain, du fromage et du vin. Et puis tu vas contre un arbre au soleil tout l’après midi. C’est ce que çà me rappelle.

LES WINGS : UN GROUPE DE SINGLES

Nous vous proposons de découvrir une discographie sélective single des Wings :

GIVE IRELAND BACK TO THE IRISH

  • Face A :Give Ireland Back To The Irish
  • Face B :Give Ireland Back To The Irish (Version)
  •  Date de publication : 28/02/1972
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : 13
  •  Place dans les charts US : 21

MARY HAD A LITTLE LAMB

  • Face A :Mary Had A Little Lamb
  • Face B :Little Woman Love
  •  Date de publication : 2905//1972
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : non classé
  •  Place dans les charts US : 28

HI, HI, HI

  • Face A :Hi, Hi, Hi
  • Face B :C Moon
  •  Date de publication : 04/12/1972
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : 3
  •  Place dans les charts US : 10

 MY LOVE

  • Face A :My Love
  • Face B :The Mess
  •  Date de publication : 09/04/1973
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : 7
  •  Place dans les charts US : 1

LIVE AND LET DIE

  • Face A :Live And Let Die
  • Face B :I Lie Around
  •  Date de publication : 18/06/1973
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : 7
  •  Place dans les charts US : 2

HELEN WHEELS

  • Face A :Helen Wheels
  • Face B :Country Dreamer
  •  Date de publication : 12/11/1973
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : 26
  •  Place dans les charts US : 10

JET

  • Face A :Jet
  • Face B :Mamunia
  •  Date de publication : 28/01//1974
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : 6
  •  Place dans les charts US :  7

BAND ON THE RUN

  • Face A :Band On The Run
  • Face B :Nineteen Hundred And Eighty Five
  •  Date de publication : 08/04/1974
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : 3
  •  Place dans les charts US : 1

JUNIOR’S FARM

  • Face A :Junior’s Farm
  • Face B :Sally G
  •  Date de publication : 04/11/1974
  •  Maison de disque : Apple
  •  Place dans les charts anglais : 17
  •  Place dans les charts US : 3

LISTEN TO WHAT THE MAN SAID

  • Face A :Listen To What The Man Said
  • Face B :Love In Song
  •  Date de publication : 23/05/1975
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : 6
  •  Place dans les charts US : 1

 LETTING GO

  • Face A :Letting Go
  • Face B :You Gave Me The Answer
  •  Date de publication : 29/09/1975
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : non classé
  •  Place dans les charts US : 39

MEDLEY : VENUS AND MARS – ROCK SHOW

  • Face A :Medley : Venus And Mars – Rock Show
  • Face B :Magneto And Titanium Man
  • Date de publication : 27/10/1975
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : non classé
  •  Place dans les charts US : 12

SILLY LOVE SONGS

  • Face A :Silly Love Songs
  • Face B :Cook Of The House
  •  Date de publication : 01/04/1976
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : 1
  •  Place dans les charts US : 1

LET ’EM IN

  • Face A :Let ’Em In
  • Face B :Beware My Love
  •  Date de publication : 28/06/1976
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : 2
  •  Place dans les charts US : 3

 MAYBE I’M AMAZED

  • Face A :Maybe I’m Amazed
  • Face B :Soily
  •  Date de publication : 07/02/1977
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : non classé
  •  Place dans les charts US : 10

GIRL’S SCHOOL

  • Face A :Girl’s School
  • Face B :Mull Of Kintyre
  •  Date de publication : 04/11/1977
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : non classé
  •  Place dans les charts US : 33

WITH A LITTLE LUCK

  • Face A :With A Little Luck
  • McCartney
  • Face B :Medley : Backwards Traveller // Cuff Link
  •  McCartney
  •  Date de publication : 24/03/1978
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : 7
  •  Place dans les charts US : 1

I’VE HAD ENOUGH

  • Face A :I’ve Had Enough
  • Face B :Deliver Your Children
  • Date de publication : 05/06/1978
  • Maison de disque : Capitol
  • Place dans les charts anglais : 45
  • Place dans les charts US : 25

 LONDON TOWN

  • Face A :London Town
  • Face B :I’m Carrying
  •  Date de publication : 14/08/1978
  •  Maison de disque : Capitol
  •  Place dans les charts anglais : non classé
  •  Place dans les charts US : 39

 GOODNIGHT TONIGHT

  • Face A :Goodnight Tonight
  • Face B :Daytime Nightime Suffering
  •  Date de publication : 16/03/1979
  •  Maison de disque : Columbia
  •  Place dans les charts anglais : 6
  •  Place dans les charts US : 5

GETTING CLOSER

  • Face A :Getting Closer
  • Face B :Spin It On
  •  Date de publication : 04/06/1979
  •  Maison de disque : Columbia
  •  Place dans les charts anglais : 26
  •  Place dans les charts US : 20

ARROW THROUGH ME

  • Face A :Arrow Through Me
  • Face B :Old Siam, Sir
  •  Date de publication : 13/08/1979
  •  Maison de disque : Columbia
  •  Place dans les charts anglais : 9
  •  Place dans les charts US : 29

WONDERFUL CHRISTMASTIME

  • Face A :Wonderful Christmastime
  • Face B :Rudolph The Red-Nosed Reggae
  •  Date de publication : 26/11/1979
  •  Maison de disque : Columbia
  •  Place dans les charts anglais : non classé
  •  Place dans les charts US : non classé

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