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“Paul McCartney : la playlist des années solo” par Jean-Luc Tafforeau

Si les ouvrages en français sur les Beatles sont nombreux, et qualité extrêmement variable, du côté de Paul McCartney, bassiste des Beatles, il existe très peu de bons ouvrages. Si ces dernières années, nous avons pu nous régaler de “Paul McCartney – la biographie” d’Aurélien Alain, de “Morceaux choisis” de Dominique Grandfils, de la traduction française de “Many Years from Now” et de “Paul McCartney : des mots qui vont très bien ensemble” de Paul Dunoyer, on aimerait indéniablement, parfois en lire un peu plus !

Cinquante titres passés au scalpel 

C’est donc avec un plaisir immense que nous avons découvert il y a quelques semaines déjà “Paul McCartney : la playlist des années solo”. Tout est dès lors dit dans le titre ! Alors que bien des ouvrages, anglophones ou francophones proposent des biographies de notre bassiste préféré, ou bien encore des dissections méticuleuses de chacun des opus u gaucher, Jean-Luc Tafforeau, avec son ouvrage, proposent une balade musicale de l’oeuvre de Paul en cinquante titres, des plus grands tubes de Paul, tels que “Band on the Run”, “Ebony and ivory”,   en passant par des titres plus intimistes, tels que “Secret friend”, “Magic” et autres “Scared” et “The mess”.  Interrogé sur le choix de ces titres, Jean-Luc confie :

“(…) j’ai cherché  un fil conducteur dans l’oeuvre conséquente de l’ex-Beatles, dans un état d’esprit critique…”.

Voici la liste des 50 titres passés au scalpel par Jean-Luc Tafforeau : Momma Miss America, Uncle Albert / Admiral Halsey, Monkberry Moon Delight, C Moon, The Mess, Band On The Run, Mrs. Vandebilt, Picasso’s Last Words (Drink To Me), Nineteen Hundred And Eighty Five, What Do We Really Know, Venus And Mars Reprise / Spirit Of Ancient Egypt, You Gave Me The Answer, Let ’Em In, Silly Love Songs, Beware My Love, I’m Carrying, Goodnight Tonight, To You, Secret Friend, Here Today, Wanderlust, Ebony And Ivory, Angry, My Brave Face, Distractions, Figure Of Eight, Golden Slumbers / Carry That Weight / The End, I Lost My Little Girl, Hope Of Deliverance, Get Out Of My Way, Young Boy, Really Love You, Somedays, Try Not To Cry, No Other Baby, From A Lover To A Friend, Magic, Coming Up [Twin Freaks], Too Much Rain, Jenny Wren, Fine Line, How Kind Of You, Dance Tonight, House Of Wax, Lifelong Passion, Save Us, Alligator, Queenie Eyek, Appreciate, Scared

Et le résultat est là : si un jeune fan, qui découvre l’oeuvre conséquente de Paul McCartney sera sans doute un peu perdu dans la liste de ces cinquante chansons, le fan, qui connaît l’oeuvre de Macca vivra une vraie expérience musicale…  Satisfaction garantie !

A noter, et c’est important de le préciser, que même si le choix des titres présentés dans le livre est un choix très arbitraire de l’auteur, les descriptions qui sont faites de chacun des titres sont extrêmement précises, faisant de l’ouvrage un ouvrage qui trouvera une place de choix à côté de l’intégrale discographie que Paul McCartney.

« Band on the Run », vu par Jean-Luc Tafforeau

Voici par exemple la présentation qui est faite de la chanson “Band on the Run” :

(Paul & Linda McCartney) – 5 mn 09 – Album Band On The Run. Paul McCartney : chant, choeurs, guitares acoustique et électrique, basse, piano électrique, synthétiseur. Linda McCartney : chœurs, Moog. Denny Laine : chant, chœurs, guitares acoustique et électrique. Cordes et cuivres dirigés par Tony Visconti (selon Perasi, l’orchestre se nommait « Beaux Arts Orchestra »).

La tournée anglaise des Wings s’achève courant juillet 1973. Sans aucune pause, dès la fin du mois, le groupe travaille cinq semaines durant à de nouvelles compositions dans le studio de la ferme écossaise proche de Campbeltown.

Mais ce sera le voyage au Nigeria, à Lagos, qui va donner naissance à ce qui deviendra l’un des chefs-d’œuvre de la carrière solo de McCartney : Band On The Run. Et pourtant, tout commence très mal : ce groupe qui avait demandé tant d’énergie à son leader, sur lequel il comptait tant pour revenir au premier plan, avec qui il venait de réussir à la fois des concerts appréciés et des succès aux hitparades, voilà qu’il se disloque en quelques jours. Durant les répétitions du mois d’août, la tension entre Paul et Henry McCullough était montée d’un cran, ce dernier acceptant de moins en moins que ses lignes de guitare lui soient imposées. Arrive le moment où plus personne ne souhaite de compromis. Après une dispute, McCullough claque la

39porte, et téléphone quelques jours plus tard pour annoncer qu’il quitte les Wings. La veille du départ pour Lagos, c’est au tour du batteur Denny Seiwell de jeter l’éponge. Wings se réduit désormais à un trio : Paul, Linda et Denny Laine. Mais McCartney n’est pas pour autant désemparé : il s’entend bien avec Denny qui, rappelons-le, joue de nombreux instruments, et tenir la batterie a toujours plu à Paul, comme on l’a entendu sur MOMMA MISS AMERICA.

Les choses ne s’améliorent pas une fois sur place. Ce qui devait ressembler à des vacances studieuses tourne au parcours du combattant, voire au cauchemar. Tout semble se liguer contre le trio : le studio se révèle beaucoup moins hospitalier que prévu, ne serait-ce qu’en raison des nombreux cafards qui l’ont envahi des suites de pluies diluviennes. Durant une session, Paul se sent soudain étouffer et s’écroule sur la console de mixage, inconscient. Linda, affolée, redoute une attaque cardiaque. Un médecin appelé de toute urgence diagnostique finalement un spasme bronchitique, conséquence d’un abus du tabac…

Un peu plus tard, Paul et Linda se promènent dans les rues de Lagos lorsqu’une voiture s’arrête près d’eux. Cinq hommes aux mines patibulaires en sortent, visiblement pour les attaquer et les détrousser. Linda trouve la présence d’esprit de crier : « Ne nous tuez pas ! », puis d’essayer de jouer sur la célébrité de son compagnon : « Nous sommes des musiciens ! C’est Paul, le Beatle ! » tandis qu’un des agresseurs la menace d’un poignard… Paul et

Linda sont alors dépossédés de tous les objets de valeur qu’ils transportent – appareil photo, bijoux, espèces… mais aussi les précieuses cassettes audio sur lesquelles avaient été enregistrées des maquettes des morceaux du futur album. Le compositeur en sera quitte pour faire appel à sa mémoire, y compris pour le morceau principal, BAND ON THE RUN. Les agresseurs disparaissent sans demander leur reste, laissant le couple choqué. La police ne les rassure guère, estimant que, normalement, ils auraient dû être égorgés sur place, et qu’ils ne devaient leur salut qu’à leur couleur de peau, les agresseurs estimant que les Blancs sont incapables de donner le signalement de Noirs, censés à leurs yeux « tous se ressembler »…

Enfin, ils doivent subir les reproches d’un artiste local, Fêla Ransome-Kuti, persuadé qu’on vient leur « voler » leur musique, et les enjoignant sans ménagement de « retourner d’où ils viennent ». Qui aurait cru qu’en de telles circonstances pourrait naître un chef-d’œuvre ? Ce fut pourtant le cas !

BAND ON THE RUN ouvre l’album et lui donne son titre. De nouveau l’on a affaire à une composition associant plusieurs morceaux – trois en l’occurrence. Le premier est un prélude, sorte de récitatif, dans lequel le groupe (« band ») déplore un enfermement : « Stuck inside these four walls (Enfermés entre ces quatre murs) ». Au bout d’une minute et dix-neuf secondes, le second motif change de tempo pour une exhortation, sur le mode : « Si seulement on pouvait sortir de là ! ( ever getout of here) ». Ces deux sections ne sont qu’une longue introduction à la troisième, qui constitue la chanson proprement dite, avec le refrain correspondant à son titre.

Quel est donc ce groupe prisonnier, qui ne voit plus personne ? Comme toujours avec McCartney, les paroles laconiques se prêtent aux interprétations les plus diverses. C’est ainsi qu’on a pu y lire une métaphore de la célébrité des Beatles, enfermés dans leur studio d’enregistrement, assaillis par les fans à la sortie, et contraints de mener une vie de happy few surfant à la surface des choses sans plus faire de rencontres authentiques. De ce point de vue, un lien peut être établi avec le WHILE MY GUITAR GENTLY WEEPS de George Harrison (1968, Double Album blanc), dans laquelle il contemple le sol devant lui, concentré sur sa guitare qui pleure, déplorant que l’amour se soit endormi. Il y a de l’enfermement dans ces quelques vers.

On a aussi interprété l’enfermement comme une référence, toujours selon Harrison, aux interminables et frustrantes réunions juridico-financières lors des difficultés que traversa Apple Corporation dans les derniers mois de l’existence des Beatles.

La réalité semblerait plus prosaïque, Paul McCartney ayant une interprétation moins romantique, à moins que ce ne soit pour ne pas aller au fond des choses. Le harcèlement policier anti-drogues serait dénoncé ici, un manque de liberté habillé façon « prisonniers de l’ordre moral britannique » de l’époque qui, c’est exact, n’hésitait pas à envoyer des bobbies verbaliser les musiciens abusant de l’herbe. De là à se considérer comme incarcéré… il y a une posture un tantinet victimaire (ou alors une prescience de ce qui adviendra six ans plus tard, sous d’autres cieux). On peut aussi y voir tout simplement le goût profond de Paul pour les prestations scéniques, lui faisant parfois ressentir le travail en studio comme enfermant, comparé aux ambiances de concerts, face à la foule enthousiaste. Mais, une fois encore, ce ne sont que supputations, le nombre de mois, d’années même, que McCartney aura passés à enregistrer en studio durant sa longue carrière montrant que ces chambres closes créatives ont aussi sa faveur…

Le synthétiseur est très présent dans cette première partie, tant dans l’introduction que dans le second motif, interprété par Linda sur un Moog, avec ses effets de glissando caractéristiques. En 1973 et 1974, ce Moog va être fréquemment employé par les McCartney, en particulier sur SIX O’CLOCK, composé pour Ringo, ou plusieurs plages de l’album McGear, du frère de Paul (voir plus loin).

La seconde section introductive est en mode mineur ; au timecode de deux minutes et six secondes elle va déboucher sur un climax en majeur, une respiration instrumentale, sur un rythme enjoué et rapide symbolisant la libération et l’action. Pour mettre en valeur cette transition, Paul met le paquet, demandant à l’arrangeur Tony Visconti de doubler avec un orchestre de cinquante musiciens les cinq mesures en question. Le syndrome A DAY IN THE LIFE ! Et ce ne fut pas si simple de synchroniser une aussi grande quantité d’interprètes sur ces quelques notes, durant à peine dix secondes ! Une mesure à trois temps pour une montée sur six notes, suivie de deux accords ouverts « oubliant » l’une de leurs composantes (la tierce) pour sonner plus brillamment – et à contretemps. Le motif est répété, puis trois temps effectuent la jonction avec la tonalité de do majeur de la section finale, inondée de guitares acoustiques. Nombre de commentateurs se sont moqués des paroles qui suivent, il est vrai au bord de l’improvisation; mais est-ce un délit ? On y trouve tout de même un gardien de prison, un juge de comté anglais, un entrepreneur de pompes funèbres (!), des villageois faisant sonner le tocsin pour appeler à la poursuite des fuyards. On reste dans le thème, nous semble-t-il !

Un livre 2.0

Informaticien, Jean-Luc Tafforeau a su transformer son ouvrage en “livre 2.0”. En effet, pour chaque chanson passée au microscope, vous trouverez un QR Code. Flashez ce code avec votre téléphone ou votre tablette et vous arriverez sur un mini-site dédié à l’ouvrage. Sur ce mini-site, vous découvrirez d’autres informations sur le titre en question, et vous deviendrez donc incollable sur la chanson concernée.

Notre avis

Comme nous l’avons évoqué en introduction, les ouvrages sur Paul McCartney, en solo, ne sont pas si nombreux que ça, de qualité variable et surtout datent un peu. Alors que la lecture d’une énième biographie du bassiste gaucher peut s’avérer rébarbatif, avec toujours et encore les mêmes anecdotes et les mêmes jalons historiques, “Paul McCartney : La playlist des années solo” offrent une approche différente, très séductrice. L’ouvrage se consomme alors de deux façons : soit une lecture linéaire, soit une lecture séquentielle en se reportant à la chanson que l’on désire mieux connaître.

Pour ce qui est du contenu à proprement parler, exit le livre de fan hagiographique. Le fait de s’être focalisé à 50 chansons a permis à Jean-Luc Tafforeau de proposer un travail minutieux et bien documenté. Si on devait émettre une critique cependant, c’est sans doute la brièveté des informations relatives à l’enregistrement de la chanson (durée des sessions, dates….)… Les amateurs de Paul reprocheront sans doute aussi l’absence de chansons extraites de « Pipes of Peace »… mais « commission » pardonnée car cet album n’est pas toujours porté dans le coeur des fans de Paulo.

Autre point extrêmement agréable, la dimension “2.0” de l’ouvrage.  La présence de QR Code permettant l’accès à un site exclusif avec des informations complémentaires sur les chansons est un vrai plus… tout comme l’attention de l’auteur à préparer sur vos plateformes de streaming préférées (Spotify, Deezer) la play-list des 50 titres examinés dans l’ouvrage, afin que votre expérience de lecteur soit poussée plus loin.

Vous l’aurez donc compris, nous avons adoré cet ouvrage, que nous ne pouvons que vous recommander ! 

A quand la suite : l’oeuvre imposante de Paul le permet largement !

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