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Interview pour la publication de l’Anthology Beatles

INTRODUCTION

Peu de temps après la sortie de l’Anthology des Beatles en CD, Paul revient sans complaisance sur la vie et l’oeuvre des Beatles. Une interview vérité saisissante.

L’INTERVIEW

 Quand vous étiez enfant à Liverpool, avez-vous grandi en écoutant du rock and roll ?
En fait, la première musique que j’ai entendue à la maison fut celle de la BBC, car longtemps, nous n’avons pas possédé de tourne-disque. Mon père nous avait acheté un gros poste radio, et je me souviens que quand nous étions gosses, nous avions l’habitude de nous asseoir par terre pour l’écouter. Il avait confectionné, pour mon frère et moi, une sorte de casque d’écoute, dont le câble de raccordement traînait jusqu’à nos chambres. Ainsi, le soir, il nous permettait d’écouter encore la radio, mais pas plus d’un quart d’heure. Je me souviens en particulier de ma découverte de I’ll Be Home de Pat Boone. Je suis parti de la maison peu de temps après avoir entendu ce titre, mais je l’aime encore. J’affectionnais aussi te Billy Cotton Band Show On pouvait écouter de la musique chez nous : un peu de classique, sauf quand mon père passait du jazz, car il détestait le classique ! La première émission qui m’ait particulièrement marqué fut en réalité le show do David Jacobs, à la BBC. Je me souviens de la première diffusion de What I’d Say, et c’était terrible ! J’ai immédiatement inscrit le nom  » Ray Charles » sur un bout de papier, et j’ai foncé chez un disquaire le lendemain… Plus tard est arrivée ta télévision. Tout te monde en avait une en 1953, ce qui permettait au moins d’assister au Couronnement de la Reine : vous voyiez alors les antennes se hisser sur tous les toits. Je me souviens d’un soir où ils ont évoqué Bill Haley en déclarant :  » Des scènes se dévastation… des teddy boys et des rockers… plusieurs cinémas détruits dans le centre de Londres « . Et ta cause de tout cela, c’était un simple  » One two three o’clock, four o’clock rock  » Ces événements ont déclenché en moi, pour la première fois une sorte de décharge électrique. Je me disais  » tout cela me concerne « . J’ai tout de suite accroché à ce courant, et j’ai économisé un peu d’argent .Je pense que je n’avais que 12 ans à l’époque J’ai alors gardé de côté pas mal d’argent de poche pour acheter le billet d’un concert de Bill Halley qui devait valoir 24 shillings. Il faut savoir qu’à cette époque, je devais recevoir 2 shillings d’argent de poche par semaine. J’ai dû ainsi attendit longtemps avant de me procurer ce billet. Le jour du concert, je suis parti tout seul, car je n’ai trouve aucun copain, aucun camarade de classe pour m’accompagner : personne autour de moi ne pouvait se le permettre. Le concert avait lieu au cinéma Odeon, dans Liverpool. Je portais encore des culottes courtes à cette époque, ainsi qu’une sorte do cape d’écolier Le début du concert eut lieu : les lumières derrière les rideaux s’éteignirent, puis on entendit retentir One two three o ’clock, four o ’clock rock… Ça y est ! et les rideaux s’ouvrèrent. Ils étaient là. C’était magique. Bill Halley représenta donc ma première initiation, puis vint ensuite Lonnie Donegan, et la vague du skiffle. Ce courant consistait musicalement à reprendre des standards de blues en les rendant plus « commerciaux « , plus vendeurs. C’est ainsi que Donegan rencontra un très gros succès avec Rock Island line, qui fit un tabac aux Etats-Unis. Ce type m’avait frappé, car il possédait un très bon look, et semblait très plaisant, un peu cynique. Et puis il avait cette guitare, une guitare au lieu d’un piano, ce qui changeait un peu dans le paysage de l’époque. Cette vague entraîna la création de millions de groupes  » sikffle « . Tout le monde écoutait cela dans de multiples endroits : c’était la folie musicale de cette année là. L’avantage est que vous pouviez ne connaître que quelques accords, car cette musique provenait du blues. Pour le rythme, seule une planche à laver ; de préférence métallique, était nécessaire. Et vous portiez aux doigts des dés à coudre pour marquer le rythme. C’était amusant d’aller voir sa mère ou sa vieille tante pour lui demander une planche à laver… Et puis, vous aviez une sorte de guitare basse en forme de théière… A l’époque, on utilisait des instruments en carton. Il y avait une basse qui avait une forme de caisson en carton, puis une batterie dans la même matière, et enfin une guitare avec des cordes de fortune. Ça faisait un peu de bruit, pas un bruit très musical, mais en fait vous pouviez chanter par-dessus cette musique rudimentaire. C’est ce qui se passa partout en Angleterre, mais surtout à Liverpool. Cela concernait chacun d’entre nous : une fois que vous aviez une guitare, vous apparteniez au show-biz…

 Étiez-vous sensible à d’autres musiciens quand vous étiez adolescent ?
Elvis était sans conteste au sommet, parce qu’il représentait véritablement la dernière mode, même si nous ne savions pas que son inspiration provenait en grande partie du blues. il n’y avait vraiment que lui. Vous écoutiez uniquement Elvis interpréter Love Me Tender, That’s All Right Mama ou Hound Dog, et vous saviez qu’il n’existait personne d’autre qui pouvait chanter de cette manière. Sa légende s’est construite ainsi. Et vous vous disiez alors :  » Comment peut-il penser à ce qu’il chante ? Comment peut-il interpréter You ain’t nothing but a hound dog ?  » En fait, il pensait réellement ce qu’il chantait. C’était sa force. De plus, il avait un look terrible, avec ses rouflaquettes. Nous étions vraiment fous de ce type, c’est tout. Et puis il y avait Little Richard, que j’ai adoré, parce qu’il était provocateur. Vous écoutiez cette petite voix haute chanter de manière parfois crue. J’ai toujours aimé les imitations : j’aimais parodier certains acteurs, etc. Lors d’une fête de fin d’année, à l’école, j’ai tenté une imitation de Little Richard. Nous avions nos guitares, et nous avons interprété Long Tall Sally, debout sur les bureaux de la classe ! A travers la façon de chanter de Little Richard, ce fait de crier en chantant devint un trait plus marquant de mon répertoire, de ma manière personnelle d’interpréter. Plus tard, il a déclaré de son côté :  » j’ai enseigné à Paul tout ce que je sais, n ’est-ce pas Paul ? Je l’ai fait asseoir, et lui ai enseigné comment chanter « . Ce n’était pas vraiment de cette manière que cela s’est déroulé, mais j’ai clairement subi une forte influence de sa part. Nous adorions aussi Jerry Lee Lewis, car il nous semblait être le dernier artiste country sur terre. Nous aimons Fools Like Me ou You Win Again. J’adorais particulièrement Whole Lotta Shakin’, mais également les faces B plus country. Quand nous avions commencé à jouer, nous avons rassemblé beaucoup de ses disques pour ne jouer que ces faces. Nous préférerions celles-ci, car nous craignions d’interpréter les succès, et d’être invariablement comparés à d’autres groupes reprenant ceux-ci, en notre défaveur Je me souviens qu’on débutait nos concerts par I Remember You. Mais vous pouviez trouver un autre groupe vous affirmant :  » Attendez, on était là avant vous : on jouera donc I Remember You . Et nous : Vous ne pouvez pas les gars, c ’est notre succès !  » Puis vint Buddy Holly. L’excellente nouvelle fut que n’importe quel musicien portant des lunettes, comme John, pouvait dorénavant lever fièrement la tête : tout cela grâce à Buddy Holly. Jusqu’à maintenant, uniquement pour ne pas paraître trop idiot, John ne portait pas de lunettes et se cognait contre les lampadaires ! Dès que Buddy est arrivé, les lunettes s’imposaient d’elles-mêmes. La grande nouveauté avec Buddy, c’est qu’il composait lui-même, et que cela ne comportait que trois accords. Pouvoir composer nous-mêmes représentait quelque chose de très important à nos yeux. De plus, nous ne maîtrisions que quatre ou cinq accords ! En fait, on en était au point où si nous entendions une rumeur selon laquelle un type, à l’autre bout de Liverpool, connaissait un accord précis, nous prenions alors le bus et allions le voir pour qu’il nous le montre sur sa guitare ! Nous avons appris à jouer toutes les chansons de Buddy, puis nous les avons interprétées lors d’un concours à Manchester. Nous n’étions que trois, et n’avions pas assez de guitares. John a dû en emprunter une. Je me demande d’ailleurs s’il l’a rendue… Mais ceci est une autre histoire.

  Vous rappelez-vous votre premier concert avec les Beatles  ?
C’était à un endroit à Liverpool, qui s’appelait Broadway. Le lieu n’est pas aussi « glamour  » que son nom. Je crois qu’il l’ont transformé en dépôt de bus maintenant. Ma première prestation avec un groupe eut lieu au Conservative Club, qui était un endroit assez petit, au-dessus d’une boutique. Le concert fut assez désastreux. Je jouais en  » lead guitar « , mais mes doigts collaient. Sur Guitar Boogie, que j’exécutais parfaitement en répétition, ma prestation fut très mauvaise. Au milieu du concert, George a repris la guitare  » lead « . Avant ce concert, j’avais déjà joué avec mon frère Mike, sur Bye Bye Love, dans un camp de vacances où travaillait mon oncle.

  Quel équipement utilisiez-vous à vos débuts ?
Je possède toujours mon premier ampli, que je pense avoir acheté à cette époque chez Currys, une boutique spécialisée en matériel électrique. Personne, alors, ne pouvait se permettre d’acheter une guitare électrique. Elles étaient trop chères. Il fallait donc se débrouiller pour brancher sa guitare acoustique sur l’ampli, au moyen d’un système de câbles. Mon premier ampli était un petit, vert, nommé  » El Pico « . il était vraiment conçu pour une autre époque, celle à laquelle on pensait  » gramophone  » ! C’était l’ampli le moins cher que j’ai pu trouver à l’époque. Je ne pouvais pas vraiment dévaliser mon père pour en avoir un : nous ne roulions pas sur l’or. Je le possède toujours, et j’en suis assez fier en fait. En ce qui concerne le problème de la guitare basse, je suis parti à Hambourg avec une guitare Rosetti Lucky Seven, qui n’était pas excellente, mais qui présentait bien. A ce moment, Stuart allait quitter le groupe. il désirait rester à Hambourg. Il nous fallait donc un bassiste. En fait, je ne voulais pas devenir bassiste moi-même, mais il nous en fallait un… Donc Stuart me laissa sa guitare basse. J’ai dû en jouer, mais à l’envers. J’ai dû me débrouiller ainsi, m’adapter ; e, tant que gauche ; à une guitare de droitier Cela a toujours été comme cela : il a toujours fallu que je sois inventif pour adapter mon jeu à des instruments souvent réalisés pour des droitiers. On me désigna donc ainsi guitare basse du groupe. Dans la partie commerçante du centre de Hambourg, il y avait une petite boutique, à côté d’un grand magasin. Je me souviens y être allé un jour. J’ai tout de suite repéré une guitare basse, qui était bon marché. Je ne pouvais pas m’offrir une Fender – qui tournait autour de 100 livres je n’avais que 30 livres à ma disposition. Pour cette somme, j’acquis donc cette guitare, une Hofner. Elle me convenait évidemment mieux que celle que je possédais de Stuart, et elle devint rapidement ma guitare basse. Celle que je possède maintenant provient des derniers concerts des Beatles. Je n’ai pas joué avec durant une longue période, je ne l’ai réutilisée que vers 1989. La grande surprise venait de cette basse qui, malgré son faible prix, possédait un son profond, tout en restant relativement légère. Aujourd’hui, une basse, comme la Wal que je possède, est forcément assez lourde. Avec cette petite Hoffner ; j’avais un son unique, et en même temps la possibilité de bouger plus rapidement qu’auparavant, lorsque nous étions sur scène. Sur cette basse est d’ailleurs toujours collée la liste des chansons de notre dernier concert…

++++  Comment se déroulait votre vie lors de vos débuts ?
C’était une période très excitante. Nous étions adolescents et en devenir musicalement : le mélange des deux fut très motivant Je me souviens qu’à cette époque, nous multiplions les concerts, notamment du côté de Manchester il y avait alors une excitation assez énorme. Je me remémore en particulier de nos déceptions, qui étaient assez fréquentes. Nous perdions énormément lors de ces concours. A chaque fois, nous revenions battus par des groupes vraiment inférieurs à nous, parfois même par une fille qui jouait avec des cuillères ! Une fois à Liverpool, nous jouions lors d’un tremplin. Le résultat tomba, et ce fut cette fille, Una, qui gagna ! Je suis certain maintenant qu’elle nous suivait partout :  » Où sont les Beatles durant ce week-end ? Je veux les battre ! « .

 Quelle influence Brian Epstein a-t-il en sur vous ?
Je pense que si Brian Epstein nous a été très profitable, c’est principalement parce qu’il fut au départ un comédien ambitieux – il avait suivi des cours d’art dramatique. Ensuite, parce qu’il a repris la boutique de disques de son père, au moment même où il nous a découverts. Quand nous descendions à Londres, pour jouer dans un pub, il savait que les gosses qui venaient nous voir étaient parfois très sensibilisés à la mode : Brian s’arrangeait donc pour nous préparer une entrée sur scène plus  » show-biz « , plus remarquée. Tout ceci nous stimulait énormément. Cela ne faisait qu’améliorer nos prestations. Il a vraiment réussi à nous distinguer des autres groupes de cette époque.

 Vous aviez alors un  » look » différent des autres ?
Oui, Pierre Cardin venait de créer ces vestes sans col, et nous avons tout simplement piqué l’idée… On aimait ce look, et nous avons emprunté la coupe de cette veste pour nous-mêmes. C’était vraiment un événement exceptionnel à nos yeux. En réalité, quand vous étiez sur scène, on ne s’intéressait pas trop à vos vêtements. En ce qui nous concerne, il y avait ce tailleur professionnel, à Soho, nommé Dougie Millings. il était spécialisé dans les costumes et tenues de stars du show-biz. Quand on allait chez lui, il y avait des messages du stye  » Merci Dougie, du bon travail – signé Sammy Davis jr. « . Dougie était un type formidable. Il fait d’ailleurs une apparition à la fin de A Hard Day’s Night… Quand on retournait à Liverpool, et que l’on nous demandait  » Qu’avez-vous fait ? « , on répondait :  » Oh, on est sorti avec telle actrice. Puis on a fait un tour chez Dougie Milings. Très jolis pantalons… « . Tout le monde était impressionné ! Concernant les boissons, le whisky et le Coca Cola étaient nos boissons favorites. Cela commença par du Bourbon et du Seven Up. C’est ce que prenait Ringo, je croîs, qui a toujours été le plus « sophistiqué » de nous tous. S’il y avait quelque chose d’américain qui traînait, comme des cigarettes Lark, Ringo était forcément au courant ! En fait, il avait une sorte de mode de vie qui ressemblait à celui d’un G.I., avec une grosse voiture, une Zephyr Zodiac. Impensable, quand on voit les petites autos que nous possédions nous-mêmes, les autres membres du groupe…Il était vraiment totalement sophistiqué et à la mode, comparativement à nous. Il commandait toujours du Bourbon. Longtemps, je n’avais jamais entendu parlé de cette boisson. Un jour, le Bourbon et la limonade se transformèrent en Scotch et Coca. Certainement un jour où il n’y avait plus de Bourbon… Je crois même me souvenir qu’un jour ; Ringo a commandé cette boisson en affirmant : « Si vous n’avez plus de Bourbon, un Scotch me conviendra !  » Il a toujours été très « adulte « . Je le soupçonne même d’avoir été adulte dès l’âge de trois ans…

 Quel souvenir avez-vous de cette période de folie, la Beatlemania ?
C’était inimaginable. Tout ce qui semblait sympa faisait  » démarrer  » les gens dans des directions incroyables. On adorait par exemple ces friandises bon marché, les Jelly Babies. Je crois que tout est parti d’une question d’un journal, qui nous posait un jour une de ces questions du style  » Quelle est votre friandise favorite ? « , dans un des ces questionnaires que vous deviez remplir, à destination de vos fans : l’animal que vous adorez, celui que vous détestez, votre nourriture favorite, votre friandise préférée, votre fille préférée, votre coiffure… Alors on disait continuellement : on préfère les blondes… et ces friandises appelées Jelly Babies. Alors bientôt, des lettres sont arrivées, avec des Jelly Babies :  » Cher Paul, génial, super formidable, et voici quelques Jelly Babies « . Mais bientôt, lors de nos concerts, on commença à balancer des Jelly Babies sur scène. Or, ces saloperies collaient assez sérieusement sur le sol. Le pire arriva lors d’un concert à Washington, au cours duquel la scène fut littéralement recouverte d’un lit de Jelly Babies. Vous ne pouviez plus bouger. Ça collait comme de la glue. Alors on a commencé à dire aux journalistes :  » Ecoutez, on n’aime plus les Jelly Babies. Pouvez-vous dire à vos lecteurs que nous les haïssons maintenant « . En attendant, c’est, je crois, la société Bassetts qui fabriquait ces Jelly Babies. Eh bien, leurs actions avaient grimpé en flèche ! C’était une telle folie qu’une année plus tard, on a reçu une lettre de remerciements de leur part ! La Beatlemania avait du bon. C’était un certain signe de succès. Cela se jugeait aux applaudissements, aux acclamations ou aux personnes qui venaient vous voir. Tout cela, c’est quelque chose qui, tôt ou tard, devient excitant, et auquel on s’habitue. Vous ne vouliez pas être coincé dans un embouteillage ? La police vous escortait. Vous aviez un concert important ? Un retour express par l’aéroport ? On vous aidait. C’était vraiment le grand luxe. Les gens nous demandaient si l’on ne prenait pas peur face à toute cette hystérie. Mais on avait l’habitude de dire qu’il s’agissait de la même chose que la folie entourant un match de football. Simplement, on avait les filles, alors que le foot concernait les garçons… Au foot, les types arrivent, balancent des trucs sur le terrain et hurlent pour leur équipe. Ça fait un bruit différent avec les filles : un son qui a quelque chose de très haut et de très fort. Cela me rappelait le son produit par des millions de mouettes, un peu comme dans le film de Hitchcock, les Oiseaux. Mais cela ne nous gênait pas, car nous connaissions quelques-uns de ces fans, nous nous identifions à eux. Nous avions grandi en même temps qu’eux. Et quand vous les voyiez après le concert, en coulisses ou à la sortie, vous saviez qu’ils n’étaient pas fous. Ils étaient 0K en fait. On n’a jamais fait face à de la folie dans de tels moments. Le pire moment que l’on ait connu fut à Paris, quand quelqu’un a sorti une paire de ciseaux pour essayer de nous couper des cheveux ou une partie de nos vêtements ! On a toujours été étonné de cette réaction. Franchement, quand vous allez chez votre coiffeur ; est-ce que vous voulez ramener un peu de vos cheveux chez vous ? On ne souhaite même pas que le coiffeur en garde une seule … Je qualifierais cette hystérie de  » bénévole « , c’est pour cette raison qu’elle était sympathique. D’autant plus que cela vous permettait, sur scène, d’être de temps en temps désaccordé, hors-tempo ou faux ! Cela importait peu pour les spectateurs. Même s’il fallait jouer juste pour ceux qui s’asseyaient et vous écoutaient avec attention. Franchement, on ne considérait pas cette sorte d’hystérie comme trop aliénante. Elle faisait partie d’une certaine routine. On sortait des voitures, on y rentrait : cela faisait partie du job, c’était LE job. Cela vous surprenait et vous déplaisait uniquement quand ça atteignait votre vie privée, comme c’est arrivé une ou deux fois. Alors la, vous vous disiez :  » Attends, la, Paul, je ne suis pas lui, cette star ce soir Je suis moi, et je dois me donner un peu de temps par rapport à ton double-star… ».

 Que Pensiez-vous de toutes ces réceptions organisées en votre honneur, à l’époque de cette Beatlenania ?
On en est vite arrivés à être vraiment blasés de ces honneurs, de ce qu’on réalisait :  » Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce qu’on me demande de faire ? En quoi cette ville qui m’accueille me concerne-t-elle ? « . Cela ne voulait pas dire grand-chose. C’était uniquement une forme d’honneur, de remerciement. Une question de prestige. Vous aviez d’un seul coup la clé de la ville. Mais ce n’est juste qu’une belle cérémonie. Vous rencontrez le maire, puis ses filles. Et vous devez garder une certaine forme d’humour pour vous-même, une sorte d’éveil amusé, car vous savez que cela est d’un ennui terrible. Quelquefois, il arrive qu’une rencontre fasse qu’une soirée se pare du signe de la chance. Mais c’était tellement rare… J’avais un petit truc marrant pour garder une certaine forme d’intérêt pour ces soirées : je louchais légèrement en regardant les gens. Les types en face le remarquaient évidemment. Alors vous les voyiez partir rejoindre leurs amis pour leur dire  » Hey, approchez-vous légèrement de lui et regardez ses yeux il louche… « . Et de voir ces amis s’approcher discrètement de moi pour m’observer ; c’était irrésistible…

 C’est durant cette période que vous commenciez à envisager la réalisation de films ?
La carrière de Beatles commençait juste de s’échafauder Quand on nous demandait  » Comment réussissez-vous à garder la tête froide, avec toute cette notoriété autour de vous ? « , je pense que la réponse tenait au fait que cette dernière s’était construite de manière stable. Nous avions eu les petits clubs de Liverpool, puis ceux de Hambourg, ensuite les petites salles de Londres, puis les grandes, et enfin la télévision tout cela se tenait. Le cinéma s’imposait comme la prochaine étape de ce processus. Nous avions eu une série de propositions, mais nous tenions à obtenir quelque chose de bien, car les films ayant pour thème le rock étaient généralement de piètre qualité. Le nom de Richard Lester nous est apparu un jour. C’était un réalisateur américain, qui avait réalisé Running Jumping Standing Still, un film qui était passé pour avant-gardiste à son époque. Or, cette réalisation était l’un de nos films-culte. Nous étions donc ravis et honorés qu’il soit intéressé pour nous filmer. Richard travaillait avec Alan Owen, un scénariste gallois qui connaissait Liverpool parfaitement bien. On est partis avec lui pendant quelques jours. Il avait cet humour particulier que nous aimions bien. Une chose nous a vraiment surpris au départ : toute cette attente que vous devez supporter lors du tournage, entre les différentes prises. Mais pour le reste, c’était réellement intéressant. Il n’y avait aucun état d’âme. Ce que nous aimions, c’est qu’il s’agissait d’un film, pas seulement d’une sorte d’oeuvre-alibi pour musiciens en mal de reconnaissance. Ce film capturait nos personnalités. Et puis nous étions ravis que tout cela soit filmé en noir et blanc. Cela semblait plus austère, plus  » artistique « . J’aime beaucoup Help !. Le film reprend les qualités d’amusement de A Hard Day’s Night, mais ce dernier n’avait pas l’approche sérieuse de Help !. Je me souviens que l’une de nos discussions, à propos du film, fut : Hey ; on ne pourrait pas aller dans un endroit ensoleillé ? – Les Bahamas ?  » – « Parfait, on va écrire une partie pour les Bahamas. Et puis le ski. On adore ça. il faudrait qu’on y pense  » C’était comme si on se commandait des vacances ! C’était presque  » Ou désirez vous allez : on va écrire une partie sur l’endroit désiré.  » Nous étions vraiment blasés à cette époque. Je n’ai même pas lu le script avant le premier jour de tournage… Mais c’était amusant, cette vie réelle qui se mélange au cinéma. Pour la chanson Another Girl, je suis avec cette fille vraiment belle, que je dois quitter. Et je me sentais alors complètement dans la vie réelle ! On filmait la vie, mais cela se passait au cinéma.

++++

 Comment s’est déroulée votre rencontre avec Bob Dylan ?
Je me souviens que nous étions à New York. Dylan était descendu au Mayfafr Hotel, et nous venions lui rendre visite, lui faire honneur… Il était dans une chambre. Dans la pièce attenante, il y avait Brian Jones, Keith Richards, deux autres types et moi. Nous attendions. Au bout d’une heure, je pus enfin aller le voir C’était vraiment une visite d’hommage qui paraissait assez solennelle. A cette époque, nous allions souvent voir les personnalités importantes de cette manière. J’ai ainsi été voir Bertrand Russell (mathématicien et philosophe). Vous demandiez juste :  » Puis-je vous voir ? « . Et j’allais le voir à Chelsea, et nous parlions du Viernain, de sujets divers… Autour de 1966, il faut avouer que la drogue commençait à s’installer un peu partout. Cela allait un peu plus loin que le simple verre que l’on boit avec un ami. Il y a toujours quelques substances en marge de ces rencontres, mais cela prenait des proportions plus importantes avec le développement de la scène beatnik, celui du jazz, et aussi l’influence que Dylan exerçait. Il représentait à nos yeux toute cette poésie new-yorkaise. J’aimerais avoir une jolie histoire à vous raconter ; mais ce qui s’est passé est très direct :  » Je ne bois pas beaucoup, mais j’aimerais fumer un joint « , m’a-t-il dit ! C’est très difficile d’en parler maintenant, car les drogues ont pris une importance dramatique de nos jours. Maintenant, quand vous en parlez, on pense à des drogues dures. Vous parlez de la mort. Tout le monde peut être farouchement anti-drogue à cause de cette image aujourd’hui. Or ; à cette époque, cela correspondait moins à cette vision des choses. C’était plus une alternative à la biture classique à l’alcool. Le Scotch semblait alors être un alcool assez dur Cela pouvait vous déstabiliser sérieusement, vous faire perdre vos moyens. Fumer de la drogue semblait être une activité plus sage, plus calme, mais c ’était aussi plus provoquant pour la plupart des personnes. C’est pour cette raison que cela représentait un reniement de toutes les conventions morales, un tournant dans l’esprit des gens. C’était un écart par rapport aux valeurs établies. Quand j’ai rencontré Dylan, j’ai parlé un peu avec lui, puis lui ai joué à la guitare quelques extraits de notre futur album. Il me disait :  » Ah oui, pas mal Donc, vous ne voulez plus avoir votre image  » gentille «  ». C’était un bon résumé de la situation. C’était effectivement la fin de la période  » gentille  » et le début d’autre chose. Jusqu’à maintenant, nous avions l’aspect d’artistes avec un côté  » aimable « , parce que la scène et les tournages l’exigeaient. Mais franchement, nous aurions préféré ne pas avoir à caresser ce côté gentil. C’est vrai que nous avons franchi à ce moment une sorte de  » barrière artistique « . Dylan apportait de la poésie dans les textes, et vous aviez ensuite John chantant You’ve Got To Hide Your Love Away.Nous avions été très influencés par lui, et lui le fut par nous, en fait. il avait entendu I Want To Hold your Hand, parce que cette chanson était devenue numéro un aux Etats-Unis. Et quand nous chantions  » I Can’t Hide, I Can’t Hide I Can’t Hide « , il pensait que nous disions  » I Get High, I Get Higt, I Get High  » !Quand il a sorti pour la première fois une chanson assez longue, nous savions que cela nous permettait de faire un Hey Jude rallongé :  » Pourquoi ne pas sortir un single de sept minutes ? « . A ce moment, vous luttez contre pas mal d’idées reçues. Vous mettez en cause un certain nombre de valeurs. A cette époque, il y avait plusieurs questionnements qui s’avéraient passionnants. Des remises en question de votre vie. c’est comme si, du jour au lendemain, vous décidiez de ne plus aller au pub pour y prendre un Scotch. Non, maintenant, vous restez à la maison pour boire un peu de vin et dîner avec des amis. Quelque chose de plus chaleureux, de plus simple. Le show-biz, de manière générale, était touché de plein fouet par une vague  » artistique « , qui transformait tout. Et puis une sorte de croisement artistique faisait que chaque artiste bénéficiait des trouvailles d’autres artistes. C’était une période vraiment excitante. Une chose curieuse fit que John a terminé sa carrière au sein des Beatles en étant assimilé à de l’avant-garde. On le mêlait aux activités artistiques d’avant-garde, parce qu’il était avec Yoko à cette époque. Mais en fait, avant même qu’il soit au contact ce toute cette scène, à l’époque où il vivait encore avec Cynthia, je fréquentais moi-même la librairie lndica de Londres, où John rencontra Yoko pour la première fois. J’allais chez lui souvent. alors qu’il n v avait que lui et Cynthia. Et nous lisions Burroughs. Rétrospectivement. c’est intéressant de considérer cette période car je me rends compte que Je ne faisais pas trop d’effort pour m’intéresser à l’art, aller dans les librairies ou les galeries. Cela faisait indirectement partie de ma vie. Cela m’intéressait sans plus. Je me prenais d’intérêt pour Magritte, je rencontrais des propriétaires de galeries comme Robert Fraser Je m’intéressais aux courants avant-gardistes, mais cela correspondait à une sorte de mode ambiante. Je vivais à Londres, et mes autres amis étaient souvent installés en couple, en banlieue. C’est pour cette raison que je tes trouvais un peu  » coincés « , pas très ouverts. J’invitais régulièrement des artistes, des réalisateurs, des sculpteurs, qui venaient parfois avec leurs travaux. Tout le monde rentrait, sortait… Je me souviens que John avait été assez frappé par cette ambiance. Quand il a réalisé son premier album en solo, Two Virgins, il était assez désespéré, du point de vue de la technique. Je lui ai alors montré une installation d’enregistrements de bandes magnétiques, et lui ai expliqué à ce moment le fonctionnement de l’ensemble. La différence entre nous à cette période, c’est que j’expérimentais dans mon coin, et que j’apportais le fruit de mes réalisations au groupe, aux Beatles. John, lui, préférait faire la même chose, mais pour lui, pour ses albums… (sur un autre plan, Paul sera très surpris de l’apport du collage de John, Revolution n° 9, sur l’album  » blanc « , car il faisait lui-même des collages pour son compte depuis plusieurs mois). John désirait toujours aller au-delà, en le montrant. Il me signifiait :  » Est-ce que tu ne veux pas sauter le pas ? « . Je lui répondais :  » Oh, sautes et dis-moi à quoi ça ressemble… « . C’était la différence entre nos deux personnalités. Il le montrait simplement. Moi, je m’exécutais sans rien dire sur certaines choses. Je réalisais en fait déjà ce que lui-même a découvert avec Yoko quelques années plus tard… C’est à ce moment qu’il a été, malheureusement, loin, trop loin. Il s’est mis à l’héroïne, de manière assez radicale. Il pouvait réaliser quelque chose d’assez énorme, d’important, puis tout laisser tomber, pour essayer de redevenir lui-même. C’était quelque chose de troublant dans son caractère, car auparavant, il n’avait jamais oser laisser transparaître une telle face de sa personnalité. Il passait par de brusques changements d’état. Selon moi, la période la plus intéressante eut lieu deux ou trois ans avant cela, avant qu’il ne parte à New York. C’était une période londonienne très riche et artistique. Je montrais des réalisations personnelles à Antonioni. Nous regardions des films avec Andy Warhol, à la maison. Personne ne cherchait d’ennuis aux autres, dans cette grande maison de St John’s Wood. C’était presque comme un salon littéraire ou artistique. il y avait Brian Jones, John, Mick Jagger, Marianne Faithfull tous étaient là. C’était vraiment magique. J’ai connu Robert Fraser a ce moment. J’ai acheté, par son intermédiaire, deux peintures de Magritte. Elles étaient à un prix ridicule. Personne ne pensait alors que Magritte allait devenir célèbre. C’était simplement le peintre que nous aimions tous : ses ciels, ses colombes et ses chapeaux melons. Je me souviens particulièrement d’un de ces après-midi d’un long été chaud. Nous étions en train de nous reposer dans le grand jardin derrière St John Wood, allongés dans les pâquerettes. Robert arrive et nous appelle de la maison. Mais nous étions trop paresseux pour nous lever. Nous sommes donc restés allongés. Quand nous sommes rentrés, plus tard, dans la demeure, Robert était bien sûr parti, mais il avait laissé cette peinture sur une table. C’était un Magritte. Une peinture avec une grosse pomme verte, et ces mots inscrits  :  » Au revoir  » , comme une carte de visite. Cette pomme nous inspira directement pour le logo de notre futur label Apple. A ce moment de mon existence, je prenais l’habitude d’assister à un maximum de concerts de musique d’avant-garde. La partie  » Stockhausen » des Beatles, c’est moi ! C’était très stimulant, et cela m’a excité au point que l’idée de Sergeant Pepper’s commençait à poindre.

++++  Qu’est-ce qui a provoqué Sergeant Pepper’s ?
Nous en avions un peu marre de demeurer « les Beatles « , parce que tout était marqué du sceau des Beatles. Nous étions pris au piège dans cette identité :  » Quel type de chansons John écrit-il ? Et à quoi pense George ? Et Paul a-t-il encore une ballade sous le coude ?  » Tout cela devenait terriblement prévisible. Je me suis dit :  » Pourquoi ne pas prétendre être un autre groupe ? Maquillons-nous donc derrière un nom, et créons-nous une nouvelle identité, maquillons nos egos. Mettons-nous uniquement dans cette situation, et créons un album entier du point de vue de ce nouveau groupe « . Alors, nous pouvions nous éloigner de toutes ces contingences que les maisons de disques créent autour des groupes. Je me disais ensuite :  » Donnons-nous une liste de nos 10 héros « .J’ai mis dans cette liste Einstein, Aldous Huxley, et quelques personnes dont j’avais entendu parler John, évidemment, a été plus loin encore : il plaça à la fois Hitler et Jésus… Alors on s’est saisi de ce concept, et on l’a placé dans l’enregistrement. Quand A Day In The Life fut enregistré, il s’agissait principalement d’une chanson de John. J’ai écrit les paroles avec lui, et nous avons développé la chanson ensemble. Quand nous avions la montée orchestrale à la fin, nous voulions que quelque chose intervienne, car les paroles indiquaient :  » I’d love to tum you on « ( » J’aimerais t’exciter, te brancher  » ou  » te droguer « ) . A ce moment, nous nous regardions en pensant : « Est-ce qu’on va oser mettre ça ? Eh bien oui, après tout ! Ce n’est pas nous c’est le Sergent Pepper qui s’exprime ! Il n’y a que lui qui peut être blâmé  » C’est ce que nous fîmes sur l’ensemble du disque, et cela nous a complètement libérés sur ces décisions qui étaient plus  » osées  » que d’habitude. Et parce que j’étais dans une période où j’étudiais de près Stochlausen et Cage, je pensais que je pouvais tenter une idée auprès de John, sur A Day In The Life. Je lui dis alors :  » Prenons 15 mesures, comptons-les, et ensuite adoptons une de ces idées d’avant-garde. Nous allons dire à tous les musiciens de démarrer par la note la plus basse de leur instrument, qui représente une sorte de limite physique, pour ensuite grimper jusqu’à la plus haute « . Normalement, ce genre d’initiatives est déjà écrit dans les arrangements mais nous les avons prévenus au dernier moment, en leur spécifiant de tenir  » 15 mesures. Mais il restait une obligation inhérente aux thèmes musicaux de l’avant-garde : les musiciens pouvaient aller à la vitesse qu’ils désiraient ! ils ne devaient respecter aucun temps. J’ai donc fait le tour des musiciens afin de leur expliquer cette  » liberté « . Ce]a les rendaient évidemment fort perplexes. Mais une fois qu’ils vérifièrent le bruit que cela produisait, et une fois que je vérifiais que le  » jeu  » allait are respecté :ils furent tous partant C’était amusant, car toutes les cordes restèrent ensemble, groupées, comme un troupeau de moutons. Si vous entendez bien la composition, elles demeurent vraiment ensemble. Nous avons effectué trois ou quatre prises, ce qui est peu pour réaliser ce son, que quelqu’un qualifia un jour d’ »icône musicale « . C’est comme si c’était quelque chose que vous n’aviez jamais entendu auparavant… Tout cela se produisit lors d’une période de ma vie qui était très intense, très riche, durant laquelle j’étais assez exceptionnellement indépendant Je me souviens alors que les journaux n’étaient pas tendres avec nous. Ils affirmaient que les Beatles étaient finis, lessivés, à sec au niveau des idées. Et nous, nous étions en studio, très excités, car nous savions que nous réalisions une sorte d’album légendaire. On se disait :  » Attendez les gars,attendez d’écouter ce qu’on est en train de faire… ».

 Quelques temps après Sergent Pepper’s LoneIy Heart Club Band vint le film Yellow Submaarine .Quel était alors votre état d’esprit  ?
Nous n’étions pas très chaud pour sortir un film, un dessin animé comme Yellow Submarine. Les Américains avaient réalisé une série de dessins animés ayant pour thème les Beatles, qu’ils diffusaient à la télévision, le samedi matin. C’était assez mignon, juste ce qu’il fallait pour des gosses, mais on ne voulait pas aller plus loin. Nous ne voulions même pas doubler les voix, de peur de voir nos noms au générique du dessin animé. Alors nous les avons laissé faire. D’autres personnes ont réalisé le doublage voix. Et le résultat fut catastrophique. Ils nous ont défigurés à travers leurs stéréotypes. J’avais cette image d’être très sensible, John était évidement le satirique, Ringo ressemblait à un pantin et George était méconnaissable. Mais parce que le dessin animé rencontrait un vrai succès, ils voulurent le transformer en film. L’idée du film m’intéressa beaucoup, car j’ai toujours été un grand fan de Walt Disney, et je pense sincèrement que le dessin animé peut être assimilé à de l’art. Je leur ai dit alors que nous avions une chanson, Yellow Submarine, que j’avais écrite pour Ringo. Une chanson qui ressemblait à une comptine. J’imaginais déjà l’histoire d’un vieux capitaine, une sorte de loup de mer. Mais eux nous voyaient d’un drôle d’oeil, car nous étions alors en plein dans la réalisation de Sergeant Pepper’s, autant dire dans un autre monde, sous sédatif ! Ils nous observaient dans notre trip psychédélique, et pensaient qu’ils devaient s’inspirer de cela pour leur dessin animé. Cela me déçu. Je pensais alors que cela fonctionnerait mieux si une dimension plus  » Disney  » ressortait du film. Mais avec le recul, le côté psychédélique colle bien au film. C’est assez toqué, un peu fou, mais crédible. Nous avons réalisé la musique du film sans aucun enthousiasme… Et nous devions apparaître à ta fin du dessin animé. Je me souviens que je me suis battu avec eux, car ils ne voulaient pas appeler Yellow Submarine un  » dessin animé « , mais un film animé  » ! Nous aimions « dessin animé « , car nous provenions de cette culture. Mais c’était eux les chefs, sur ce projet…

 Et concernant le Magical Mystery Tour ?
cC’était juste une idée folle que nous avons eu un soir « Pourquoi ne pas réaliser un film totalement original, hors normes ? « . Nous avions alors une idée forte et précise de ce que nous voulions, et nous sommes passés par Spotlighit, un annuaire de comédiens, pour choisir les acteurs qui possédaient une bonne présentation. Tout ceci sans avoir une idée de leur rôle dans le film ! Nous avons alors loué un bus, en peignant  » Magical Mystery Tour  » sur ses côtés. Puis nous sommes descendus en direction du Devon en, décidant de nos plans en cours de chemin…. Et c’est vraiment ce qui cloche dans ce film : il n’y a pas de structure véritable. J’ai terminé le tournage dans le rôle du type qui essayait de joindre tous les bouts, c’est-à-dire tous les plans, pour tenter de rendre l’ensemble cohérent. Je pense que personne d’autre ne désirait jouer ce rôle.

 Quel est votre sentiment concernant le dernier film-documentaire du groupe, Le It Be ?
Let it Be… Nous avons eu une réunion au label Apple, et j’ai déclaré qu’il était temps de réaliser quelque chose. Tout le monde, à cette époque, était heureux de ne pas faire grand chose, car on recueillait tous tranquillement les fruits de notre succès. Ils étaient riches, vivaient dans de belles maisons de campagne à Weybridge ou Esher. Ils étaient tous mariés, je ne l’étais pas. Alors ça donnait : « Eh les gars ! Bougez-vous ! On ne peut pas rester assis ! On est les Beatles ! « . J’étais alors le type qui motivait les autres. je disais :  » Pourquoi ne ferait-on pas un film ? « .Et les autres :  » Pourquoi ? « . John disait :  » Ca y est, il veut le job  »  » Oui « , disais-je,  » on mérite d’avoir ce travail précis  » . Alors je les ai doucement entraînés dans le projet. A un moment, on évoquait un bateau, puis l’océan, puis un récit se déroulant dans une salle de bal, ou quelque chose approchant. Et puis finalement, nous sommes descendus à Twickenham, dans un grand studio, pour y effectuer des répétitions et encore des répétitions… Nous avions pour projet de les filmer ; et de placer ; en guise de beau final, le tournage d’un concert. Et l’histoire se serait déroulée principalement durant ce concert. Mais à cette époque, les caractères commençaient à s’affûter Ies autres n’étaient pas vraiment prêts à me suivre, Parfois, j’ai l’impression qu’ils pensaient de moi :  » Pour qui se prend-il ? Pour Beethoven ? « . Mais j’étais alors simplement enthousiaste concernant ce projet. Au milieu du tournage du documentaire, le groupe commença à se scinder ; de manière virtuelle. Le film devint donc celui de la rupture. John et moi traversions quelques moments de tension, ce qui me parait être une bonne chose, rétrospectivement parlant. Normalement, cela ne se fait pas. Personne ne désire laver son linge sale en public. Mais nous avons obtenu un Oscar pour la musique du film. C’est mon seul Oscar et j’étonne toujours mes amis avec… Ce qui est évident, c’est qu’à cette époque, tout le monde avait quelque chose à dire. Dans le passé, John et moi écrivions la plupart des morceaux. Nous laissions George composer une ou deux chansons, et puis nous en écrivions une pour Ringo. C’était la formule que nous avions adoptée, parce que tout le monde pensait que John et Paul étaient les meilleurs compositeurs, et personne ne semblait contester cette situation. Après un certain temps, je pense que celle-ci a irrité les autres :  » Qui a dit que vous étiez les meilleurs compositeurs ? « . Vous ne pouviez répondre :  » Eh bien, les gars, c’est comme Ça : On est les meilleurs « . Vous ne pouviez vraiment pas apporter une telle réponse. Ce fut l’une des clés de notre séparation. Nous allions nous organiser de manière à sortir des disques avec quatre chansons de Paul, quatre de John, puis quatre de George et quatre de Ringo -tout ceci sur le même album. Mais cela ne représentait pas le « véritable équilibre « . Cela devenait démocratique, mais ce n’était pas la bonne voie.

 Depuis la mort de John, on a beaucoup écrit sur le fait qu’il pouvait être « le  » Beatle qui organisait et créait Qu’en pensez-vous ?
C’est quelque chose que j’observe depuis maintenant longtemps, et qui me désole sincèrement à chaque fois, tout cela à cause de circonstances malheureuses : je dois régulièrement me justifier contre John. Je déteste cette situation. Il y a certaines personnes qui pensent qu’il était les Beatles à lui tout seul. Je ne pense pas que cela soit le cas, et je dirais qu’il aurait été le premier à le dire. Mais vous ne pouvez pas blâmer les personnes qui pensent ainsi, parce que la fin de la vie de John a été un drame. La grande révélation que je peux faire à propos de John et moi… est qu’il s’agissait de John et moi. Fin de l’histoire. C’est la grande chose auquel je pense, quelles que soient les opinions des personnes autour de moi. Quand nous étions dans une pièce pour composer ; il n’y avait que John et moi pour écrire les paroles, la musique, et personne d’autre. Je peux en témoigner : il n’y avait que moi dans cette pièce, et John…

 Beaucoup d’encre a coulé depuis la séparation des Beatles. Pourtant, vous revenez en 1996 avec cette vidéo, Anthology et ces enregistrements avec la voix de John.
Je ressens sincèrement quelque chose de très grand en moi. Nous nous sommes réunis de nouveau pour lancer The Beatles Anthology. Une série qui raconte pour la première fois l’histoire des Beatles, par les Beatles eux-mêmes. Enregistrer ensemble fut une expérience vraiment agréable. Nous avons récupéré, grâce à Yoko, des cassettes mono de chansons que John avait écrites sans les enregistrer ou même les finir. Elles étaient inachevées : nous les avons arrangées. C’était à la fois très étrange et magique, et même merveilleux. Avant les sessions d’enregistrements, George, Ringo et moi évoquions cet enregistrement. Je n’imaginais même pas que nous étions capables de pouvoir nous retrouver ensemble dans une pièce, sans même parler du fait d’enregistrer de la musique ! Après toutes ces années…. Alors je demandais à Ringo comment cela se ferait, et il me dit que cela pourrait finalement être  » joyeux « . Et ce le fut ce fut vraiment incroyable. On l’a fait, c’est une chose. Je me fiche de ce qu’on peut dire maintenant : on a pu travailler ensemble. Nous avions ces deux chansons de John, Free As A Bird et Real Love, que nous avons rejoués ensemble. Free As A Bird était la première composition. Nous avons alors pensé à ce que John aurait pu imagine ; en partant en vacances :  » J’ai terminé tous les titres de mon album, sauf celle-ci. Je suis désolé les gars, mais je n’ai pas pu achever la dernière session. Je vous la laisse pour que vous la réalisiez. Faites-la normalement, à votre rythme. Je vous fais confiance « . Une fois adoptée cette attitude, cela nous donna une vraie liberté, parce que cela signifiait que nous n’avions pas de vision de John en tant que martyr : c’était John des Beatles, John, ce type dingue dont nous nous souvenions. Alors nous avons établi les différents timings, et arrangé le titre. Nous avons rédigé une strophe supplémentaire pour celui-ci, qui n’avait pas été achevé par john. C’est ce qui nous a motivés dans le choix de la chanson : cela nous autorisait à participer à sa chanson, à nous impliquer dedans. Il ne s’agissait pas d’un simple réarrangement de notre part. Nous n ’avions pas enregistré le titre en tant que groupe de trois personnes. John était vraiment avec nous dans le studio. Sa voix est là il s’agit bien d’un titre des Beatles. Nous pouvons vraiment dire que ces deux titres sont des Beatles, même si nous n ’étions pas ensemble. C’est quelque chose qui venait de nous quatre, et ce fut fantastique.

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