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Band on the Run – Paul McCartney : les secrets de l’album (paroles, tablature)

Band on the Run - Paul McCartney : les secrets de l'album (paroles, tablature)

Informations sur l’album

  • Pays : International
  • Support : 33 Tours
  • Label : Apple
  • Numéro de série : PAS 10007
  • Mixage : Mono
  • Date de publication : 07/12/1973

Track-listing de l’album

Description de l’album

Band On The Run est considéré par beaucoup comme la grande réussite des Wings. Outre le fait que c’est l’album le mieux vendu du groupe, sa qualité, notamment au niveau du son, ne passe pas inaperçue. En écoutant ce disque, on ne trouve pas la trace des difficultés affrontées lors de sa réalisation mais bien au contraire, on se rapproche du niveau de Paul McCartney du temps des Beatles.

L’album commence très fort avec Band On The Run, l’un des morceaux les plus riche jamais réalisé par Paul, ne se contentant pas uniquement de couplets et de refrains mais ayant aussi une longue introduction chantée et un passage intermédiaire très distinct. On retrouve la même richesse et diversité sur les 2 derniers titres du disque, Picasso’s Last Word et surtout Nineteen Hundred And Eighty Five.

Cependant, Paul n’a pas oublié qu’il est rocker à l’origine et le prouve avec Let Me Roll It et son riff Stonien, le grand succès Je,t et Hellen Wheels qui fut publié sur single séparé mais fut gravé sur l’album aux Etats Unis.

Sur les titres Mamunia et No Word (coécrite avec Denny Laine), on retrouve les marques sensibles et romantiques de McCartney mais c’est surtout Bluebird la première et l’une des unique grande ballade des Wings qui nous Ramène aux temps des Beatles.

Enchère en cours à 50.0 €, reste environ 4 jours

Band On The Run connut un franc succès, surtout aux USA ou la sortie de chaque single replaça à chaque fois l’album à la première place des hit parades. En 1999, à l’occasion du coffret du 25eme anniversaire, l’album redevenait numéro 1 déclassant celui de Metallica qui pourtant tenait depuis 21 semaines.

If I ever get out Here

Un jour, lors d’une réunion aux bureaux de Apple, George Harrison fit part de son sentiment voulant que les Beatles soient des prisonniers. Il utilisa alors, la phrase « If we ever get out of here » (si nous pouvions seulement sortir d’ici). Cette remarque frappa beaucoup Paul McCartney qui ne l’oublia pas.

Ainsi, quelques années plus tard, après la séparation des Beatles et à l’époque des Wings, il en fit une chanson. C’est à partir de cette phrase qu’est née le titre Band On The Run qui traite le sujet d’un groupe rock prisonnier, qui décide de s’évader… car indéniablement pour Paul, les Wings souffraient du même mal que les Beatles : cette sensation d’emprisonnement.

Aussi, pour l’enregistrement de ce troisième album, disque de la dernière chance, nulle question d’enregistrer en Angleterre ou aux Etats Unis. Paul demanda alors aux responsables de EMI de lui lister tous les studios de la major au travers le monde, et il résultat que les villes les plus à même d’accueillir le groupe étaient Bombay, Rio De Janeiro, Pékin et Lagos la capitale du Nigeria.

Et c’est ainsi que le 9 août 1973, une semaine après les départ de Henry Mccullough et de Denny Seiwell de la formation musicale, les Wings quittèrent Londres pour Lagos.

Paul, Linda, et Denny ne savaient pas que 118 jours après ce départ précipité, ils publieraient sans contestation possible, le plus grand album des Wings : Band On The Run…

L’avant Band on the Run

Un an et demi après la séparation des Beatles et après avoir sorti deux albums solos mal accueillis par les critiques, « McCartney » et « Ram », Paul McCartney décide de fonder un nouveau groupe, les Wings, avec son épouse Linda, le batteur Denny Seiwell qui a déjà travaillé avec lui sur Ram et le cofondateur des Moddy Blues, Denny Laine, et rejoints l’année d’après par le guitariste Henry Mccullough.

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Les 2 premières années s’avèrent assez difficiles pour le groupe. Ainsi leur premier album, Wild Life est mal accueilli par le public, et les tournées de promotion européennes et britanniques de 1972 passent presque inaperçues, et il faudra attendre la fin de l’année 1972, pour que le single « Hi hi hi » / « Cmoon » atteigne une place honorable dans les charts.

Cependant, les Wings ne semblent pas Jeter l’éponge, et le premier semestre de l’année 1973 voit la sortie simultanée de l’album « Red Rose Speedway », du single « My Love », qui se classent tous les deux numéro un aux Etats Unis, le tout couronné par une tournée relativement populaire en Grande Bretagne.

Malgré ce retour de succès, la critique se déchaîne toujours sur le couple McCartney et leur groupe. Il faudra attendre la publication de la chanson  » Live And Let Die », bande originale d’un épisode de l’Agent 007, pour qu’enfin la critique s’adoucisse, laissant alors aux Wings un terrain plus favorable à la gestation d’un nouvel album, qui se devait d’être le meilleur du groupe, afin de ne pas raviver les critiques. Et c’est avec cette pression que les Wings reprirent les chemins des studios pour les toutes premières répétitions, à Glascow. Atmosphère pressante, un Paul McCartney « tyrannique » eurent tôt fait de décourager Henry Mccullough qui quitta le groupe, suivi de près par Denny Seiwell quelques jours plus tard. mais loin d’entamer leurs ardeurs, Paul, Linda, et Denny continuèrent le travail, et décidèrent alors de s’envoler pour le Nigeria, d’où ils comptaient mettre au monde soit le disque qui accorderait au groupe la célébrité, soit l’album qui signerait la fin du groupe.

L’enregistrement

Les sessions d’enregistrement de Band On The Run à Lagos

Les Wings s’envolèrent donc pour le Nigeria en août 1973. Outre Paul, Linda et Denny, furent également du voyage les 3 filles de Paul et Linda McCartney (le mois d’août fut choisit en fonction des vacances scolaires), Geoff Emerick ingénieur du son des studios Abbey Road accompagné de deux de ses assistants.

L’arrivée fut assez surprenante, Paul McCartney ignorait que le Nigeria se trouvait depuis 7 ans sous régime militaire et la première chose qu’ils virent a l’aéroport furent des soldats armés de mitraillettes. De plus, ils arrivèrent a la fin de la saison des pluies ce qui ajoutait beaucoup d’humidité aux grosses chaleurs.

Ils s’installèrent dans 2 locations, l’une occupée par la famille McCartney et l’autre par les 4 autres membres de l’équipe à Ikeja près de l’aéroport et à une heure de route des studios d’EMI. Les araignées et les lézards mettaient Geoff Emerick plutôt mal a l’aise. C’est en se retrouvant, un beau matin face à face avec un iguane qui lui tirait la langue qu’il décida de quitter le bungalow pour un hôtel de Lagos.

De façon quotidienne, les Wings étaient en vacances jusqu’a 15 heure et Paul se consacrait alors essentiellement à la baignade, puis commençaient les séances d’enregistrement. Les week-ends étaient entièrement consacrés au tourisme.

Deux graves incidents ont bien failli mettre un terme au séjour. Un soir, Paul et Linda furent agressés par 5 malfaiteurs. Tandis que l’un d’entre eux plaçait son couteau en dessous de la gorge de l’ex Beatles, les autres s’emparèrent des bijoux que Linda portait sur elle et de cassettes où figuraient certaines demos assez importantes à la réalisation de l’album. De plus lors d’une séance d’enregistrements, Paul s’effondra, incapable de respirer et se plaignant de graves douleurs. Conduit à l’extérieur il revint à lui rapidement mais fut tout de même hospitalisé le jour même et reçut les soins nécessaires.

Bien entendu pour l’auteur de Ob la di ob la da (la vie continue en Nigeriain), ce séjour était aussi une occasion pour profiter de la culture locale. C’est les larmes aux yeux, qu’il vit un soir dans une boite de nuit le groupe de Fela Anikulapo Kuti jouer sur scène. Paul fut rarement autant impressionné.

C’est donc dans les studios d’EMI de Wharf Road située dans la banlieue de Apapa que furent enregistres 7 des 9 titres de Band On The Run ainsi que Hellen Wheels. Ils n’avaient à leur disposition qu’un seul magnétophone à 8 pistes et les bruits environnants n’étaient pas en leur faveur.

Mais la plus grande difficulté à affronter fut l’absence du guitariste et du batteur qui n’étaient pas du voyage. Ainsi chaque titre fut d’abord enregistre avec Denny à la guitare acoustique et Paul à la batterie. Paul avait déjà été occasionnellement batteur avec les Beatles (Back In USSR, Dear Prudence et The Ballad Of John And Yoko) et avait assuré la batterie ainsi que tous les instruments sur son premier album solo « McCartney ». Ensuite furent ajoutés les autres instruments avec entre autre Linda aux claviers et les voix.

La chanson Picasso’s Last Word fut enregistrée au studio ARC de Lagos. C’était le studio de Ginger Baker, ex batteur des Creams installé au Nigeria, où il assurait avec 2 de ses amis les percussions.

Apres avoir célébrer la fin de leur séjour par un grand barbecue, les Wings rentrèrent a Londres le 23 septembre.

Les Sessions d’enregistrement de Band on The Run à Londres

Deux semaines après leur retour de Lagos, les Wings s’installent au studio AIR (studio de George Martin qui n’a pas participé à ces sessions), dans le but de finir l’album.

Deux titres qui n’avaient pas été joués à Lagos sont alors enregistrés de A à Z : Oriental Nightfish interprété par Linda qui finalement ne sera pas retenu sur l’album mais sera publie 25 ans plus tard sur Wide Prairie et Jet.

Tony Visconty participe aux orchestrations de 5 titres, Howie Casey joue du saxophone sur 2 chansons, des choeurs furent ajoutés ici et la, les bandes enregistrés sur 8 pistes au Nigeria furent transformés en 16 pistes. Mais le plus insolite reste la présence du percussionniste Nigérien Remi Kabaka sur Bluebird alors que lors de la visite des Wings à Lagos aucun musicien local n’avait été utilisé. 

La pochette de l’album Band On The Run

Le 28 octobre 1973, soit 2 semaines après la sortie du single Hellen Wheels / Country Dreamer, fut réalisée la Photographie de la pochette de l’album.

Faisant écho à celle de Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band, cette Photographie nous montre une espèce de mise en scène illustrant le titre de l’album, neuf prisonniers tentant de s’évader surpris par un spot lumineux.

Outre les 3 membres des Wings, figurent sur ce cliché, 6 personnalités du show-buisness connus en Grande Bretagne.

De gauche a droite : Michael Parkinson, Kenny Lynch, Paul McCartney, James Coburn, Linda McCartney, Clement Freud, Christopher Lee, Denny Lane et John Conteh.

Celui ci ne fut pas réalisé à l’aide d’un appareil photo mais d’une camera 16 millimètres histoire de ne pas rater le moindre moment. Le cliche est donc extrait de ce petit film réalisé par Clive Arrowsmith qui fut projeté lors des concerts des Wings de 1975 et 1976 lorsqu’ils interprétaient Band On The Run.

Les amis de Band On The Run

  • Ginger Baker : Batteur Anglais, il a joué dans plusieurs groupes variant du jazz au rock. Il était le batteur des Creams avec Eric Clapton. Il a fonde dans les années 70 son propre groupe Ginger Baker’s Airforce. Toujours dans les années 70, il fonde au Nigeria le premier studio d’enregistrements 16 pistes d’Afrique ARC. C’est dans ce studio que les Wings enregistrèrent Picasso’s Last Words.
  • Howie Casey : Saxophoniste renommé de Liverpool, il a fait ses débuts avec les Seniors puis a continué avec Kingsize Taylor And The Dominoes et Rory Storms And The Hurricans (groupe auquel a fait parti également Ringo Starr) tous les 3 étant des groupes de Liverpool du temps du Mersybeat. Par la suite il a joué avec entre autre T-Rex, les Who et les Wings avec lesquels il a fait 2 tournées et 5 albums dont Band On The Run.
  •  John Conteh : Né à Liverpool, John Conteh est l’un des plus grands boxeurs Britanniques de tous les temps. Il fut à 4 reprises champion du monde dans la catégorie poids légers entre 1973 et 1976. Il a aussi joué dans deux films et il est l’un des figurants sur la pochette de Band On The Run.
  •  James Coburn : Acteur Américain, il a participé depuis la fin des années 50 à des séries téléviéees, tel que Bonanza et dans des films cinématographiques, entre autre dans des western spaghettis. Il figure sur la pochette de Band On The Run.
  •  Geoff Emerick : Ingénieur du son des Beatles, il fit ses débuts à EMI comme bras droit de Norman Smith étant encore adolescent, puis le remplaça en 1966, travaillant ainsi sur tous les disques des Fab à partir de Revolver. Apres la séparation des Beatles, il continua avec, entre autres, Badfinger, America, Jeff Beck, Elvis Costello, Cheap Trick, Ringo Starr et Paul McCartney avec le quel il travailla sur beaucoup d’albums dont Band On The Run.
  • Clément Freud : Petit fils du père fondateur de la psychanalyse Sygmund Freud, Sir Clement Freud est à la fois écrivain, journaliste et humoriste. Il fut aussi député libéral. Il figure sur la pochette de Band On The Run.
  • Dustin Hoffman : Acteur Américain de très grande renommée, il a joué dans Marathon Man, Macadam Cowboy, Le Lauréat, Kramer Contre Kramer, Tootsie, Les Hommes Du Président et beaucoup d’autres grands films. C’est lors du tournage du film Papillon en Jamaïque, qu’il fit la connaissance de Paul McCartney. Dustin Hoffman lui donna l’idée d’écrire la chanson Picasso’s Last Words se basant sur un article lu dans le journal.
  • Fella Anikulapo Kuti : Né au Nigeria, Fela Kuti fut l’un des grands musiciens de ce pays. Il était chanteur, compositeur, trompettiste, saxophoniste, pianiste et leader du groupe Cool Cats rebaptisé plus tard Africa 70 et encore plus tard Egypt 80. Il était très influencé par le jazz et lança en 1968 le Afro-beat. Il avait une boite de nuit où il rencontra Paul McCartney en 1973 qui fut extrêmement impressionné. Plus tard Fela fonda un parti politique le mouvement du peuple ce qui lui coûtera de passer quelques années en prison. Il décéda en 1997 âgé de 58 ans
  •  Christopher Lee : Acteur de cinéma britannique spécialise dans les films d’horreurs, il figure sur la pochette de Band On The Run.
  •  Kenny Lynch : Né à Londres, Kenny Lynch est acteur et chanteur. Il est célèbre pour avoir été le premier artiste non Beatles à chanter une chanson écrite par les Beatles en 1963, Misery, que les Beatles enregistrèrent également pour l’album Please Please me. Il figure sur la pochette de Band On The Run.
  •  Michael Parkinson : Journaliste Britannique de la BBC. Connu essentiellement pour le Saturday-Night TV Show, il figure sur la pochette de Band On The Run.
  • Tony Visconti : Producteur musical Américain très influent dans le monde du rock. Il a fait l’essentiel de son oeuvre avec T-Rex et David Bowie. Sur l’album Band On The Run, il a fait des orchestrations.

Band on the Run sur scène

A l’origine, il était question d’organiser une tournée à la sortie de Band On The Run, mais vu le manque de musiciens la tournée prévue ne vit jamais le jour.

Pourtant cet album est reste présent lors des différentes tournées ultérieures des Wings puis de Paul McCartney en solo.

Voici la liste des chansons de Band On The Run qui furent reprises sur scène, avec l’année de la tournée :

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  • Band On The Run : 1975, 1976, 1979, 1989, 1990, 1991, 1993, 2002., 2003, 2004
  • Jet : 1975, 1976, 1989, 1993, 2002.
  • Bluebird : 1975, 1976.
  • Let Me Roll It : 1975, 1976, 1993, 2003, 2004
  • No Words : 1979.
  • Picasso’s Last Words : 1975, 1976.

L’après « Band on The Run »

Sans aucun doute, Band On the Run fut le grand tournant de la carrière des Wings devenu désormais l’un des groupes les plus célèbres des années 70.

A Paul, Linda et Denny s’ajoutèrent en 1974, Jimmy McCullouch à la guitare et Geoff Britton à la batterie qui fut remplacé l’année suivante par Joe English.

Le guitariste Laurence Juber et le batteur Stevie Holly firent eux aussi partis du groupe entre les années 1978 et 1980.

Les Wings monopolisèrent les charts avec quelques numéros 1, et albums à succès, suivis de quelques immenses tournées mais ils ne retrouvèrent jamais le niveau atteint par Band On The Run.

Geoff Emerick parle de « Band On the Run »

 » Les studios AIR étaient situés au dernier étage d’un magnifique immeuble époque Régence, construit en plein cœur de Londres.  Juste en dessous était la boutique huppée de Peter Robinson.

La place était occupée par nos trois studios et un studio de post-production, qui fut autrefois un restaurant, où l’élite venait prendre son thé et ses sandwiches au concombre après une journée de shopping.
Mais tout avait été soigneusement transformé en complexe d’enregistrement :il y avait de hauts plafonds, avec des fresques néoclassiques partout… Et bien sûr, il avait sa propre cuisine.

L’offre de travail de George Martin avait été faite de bonne foi (Emerick avait été chargé par les Beatles de construire un studio d’enregistrement Apple. Mais le projet périclita et geoff, en ayant ras-le-bol se barra en été 72 pour accepter l’offre que George Martin lui avait déjà faite, travailler avec lui aux studio AIR, ses propres studios.NdT) et à sa décharge, il l’honora quand je suis parti d’Apple, malgré le fait qu’il ait déjà une pleine équipe d’ingénieurs.

Le studio était ouvert depuis octobre 1970 -9 mois avant que nous ayons été capable de terminer Apple- et George avait eu le temps d’engager les meilleurs ingénieurs de Londres. Bill Price avait été débauché chez Decca et fait ingénieur en chef, et toute l’équipe administrative était déjà en place. Les studios étaient réservés et tout marchait comme une machine bien huilée.

Il y eu clairement quelques ressentis parmi certains membres de l’équipe quand je fus débarqué ici, alors je devais marcher sur des œufs. Je suis sûr que ç’était une situation inconfortable pour George, mais il s’en est arrangé.

J’étais à AIR depuis seulement deux semaines -juste le temps de m’acclimater et de faire quelques sessions- quand j’ai reçu un appel de Linda McCartney. Nous avons parlé un peu puis elle m’a passé Paul.

« Salut Geoff. J’ai appris que tu avais bougé » dit-il joyeusement.« J’ai un autre projet pour toi si tu es intéressé ».
« Certainement » répondis-je sans attendre. Quoi que ce fut, j’allais avoir l’opportunité de travailler avec Paul encore.

« Tu ne devrais pas dire oui si vite » rigola t’il « Tu vas devoir faire tes bagages ; on va enregistrer notre prochain album à Lagos ».
J’avais une vague idée d’où se trouvait lagos -je savais au moins que c’était en Afrique- et dans ma tête je voyais des images de lions, de tigres et de zèbres (pas de tigres en Afrique… NdT).

Ca semblait exotique et excitant, alors j’ai rapidement accepté et les détails furent réglés. Comme je prenais mon téléphone, je consultais un atlas. je réalisais avec horreur que j’avais signé pour passer deux mois dans la partie ouest du Nigeria, à quelques kilomètres de la plaine du Serengeti.

Pourquoi Paul avait-il appelé après tout ce temps ? ça semblait assez évident : aussi longtemps que j’étais employé d’Apple, il ne m’aurait pas engagé, simplement parce qu’il ne voulait rien avoir à faire avec l’organisation. Mais dès qu’il a su que j’avais quitté Apple, il n’a pas perdu de temps pour me joindre. Lui et moi avions toujours eu de bons rapports et travaillions bien en équipe, et Paul, comme les autres trois Beatles, avait besoin de voir des visages familiers autour d’eux.

mais pourquoi l’Afrique ? C’était une question à laquelle il était difficile de répondre. Sans doute Paul avait-il trouvé l’endroit exotique pour enregistrer, un endroit chaud et ensoleillé.
George Harrison avait enregistré quelques unes de ses musiques indiennes au studio EMI de Calcutta, alors Paul savait que la compagnie avait des studios partout dans le monde ; il y avait d’ailleurs une carte dans le bureau du patron à Abbey Road avec des aiguilles indiquant l’emplacement de chaque studio.

On peut tous être très na ifs parfois. Dans ses dernières interviews, Paul expliquait qu’il envisageait de « s’allonger sur le sable et ne rien faire toute la journée et enregistrer la nuit ».

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A la place, nous nous sommes retrouvés à ciel ouvert, avec les lézards et la mousson…

Le Nigeria faisait alors partie du commonwealth Britannique, mais il fallait tout de même un visa pour y entrer. Pour ajouter à mon horreur, quand j’appelai le consulat, il me fut dit qu’il fallait d’abord que je paye une visite à l’hôpital des maladies tropicale à Londres pour me faire vacciner contre la fièvre jaune, la typhoïde et le cholera- affections galopantes dans les pays en voie de développement.

Comme il me vaccinait, le médecin me mentionna que je devrais prendre mes cachets contre la malaria toute la durée de mon séjour. J’avais actuellement un petit acces de fievre jaune à cause de la vaccination, mais c’était parti en cinq jours.

Ca commençait vraiment à être une très mauvaise idée.

les choses n’allèrent pas mieux pour Paul en ecosse, comme j’allais bientôt l’apprendre. Il avait convié le groupe, les Wings, pour une série de préproduction fin juillet, mais les répétitions étaient visiblement conflictuelles. Début août, l’hostilité était telle que le batteur et le lead guitariste se barrèrent. ce qui laissait le guitariste rythmique Denny Laine comme seul membre : Les Wings avaient été réduits à un trio.

Sans aucune raison particulière, Paul et moi n’avions pas parlé au téléphone depuis le premier appel, alors je n’avais aucune idée de ses problèmes, et il n’avait aucune idée de toutes les réservations que je devais faire concernant cette entreprise.

Ca avait paru au début comme une aventure exotique et originale, mais à quelques jours du départ, j’avais les nerfs à fleur de peau. En dehors du fait que je ne connaissais rien des conditions de vie au Lagos, je n’avais aucune idée de ce que serait l’équipement du studio et à quelles difficultés techniques j’allais devoir faire face – aucune recherche approfondie n’avait été faite et ça me rendait dingue.

Au bout du compte, je ne voulais plus tellement partir, mais je ne voulais pas laisser tomber Paul non plus.
J’ai dû maîtriser mon anxiété pendant les semaines suivant le départ, mais je commençais à avoir le trac.

La nuit du départ, Malcolm Davies et John Smith vinrent me voir pour me remonter le moral. on s’est retrouvé dans un pub de la gare Victoria pour célébrer mon départ, malgré le fait que j’avais du mal à célébrer quoi que ce soit.

EUR 22,23 EUR 17,99
  • Record Label: Concord
  • Catalog#: 08880 7232564
  • Country Of Release: NLD
  • Year Of Release: 2010
  • Notes: 2Cd+1Dvd
Expédition sous 1 à 2 jours ouvrés

« Dans quoi vais-je me fourrer ? » me demandais-je à moi même. L’orage grondait au dehors, ce qui ne fit rien d’autre que me rassurer de prendre cet avion…
« Libre à toi de choisir les pires conditions pour voler » dit Smithy rigolard.« Cet avion va trembler à chaque coup de tonerre ».

Malcolm m’incita à prendre une assurance spéciale -dont il serait le bénéficiaire. De vrais amis, vraiment.

Toutefois, je me forçais à continuer la journée, et bien vite je me retrouvais attaché dans un siège, un passager réticent du vol British Caledonnian pour Lagos. Smithy avait raison – le long vol fut extrêmement turbulent, faisant passer les heures encore moins vite. je n’ai pas pu dormir une seconde, malgré les nombreux Scotches que j’avais commandé. Mais à une de ses visites à mon siège, l’hôtesse avait une surprise.

« C’est pour vous, Monsieur » Dit-elle, me tendant une coupe de champagne. « C’est de la part d’un des passagers de la première classe ».

En regardant, je vis un Denny laine souriant derrière elle. Nous ne nous étions jamais rencontré avant, mais je le reconnaissais des photos que j’avais vu de lui – entre ses cheveux longs et son costume coloré, il était évident qu’il était musicien.

« Tu dois être Geoff » me dit-il en me serrant chaleureusement la main et s’asseyant à côté de moi.

Nous avons sympathisé en parlant de l’horrible vol que c’était, et je lui demandais alors si Paul et Linda étaient assis avec lui devant.
« Non, ils viendront dans un jour ou deux » m’expliqua t’il. « Ils ont pensé que nous devions partir avant et estimer la situation ».

Pendant les heures qui suivirent, il m’expliqua en détail les difficultés rencontrés pendant les répétitions et le départ de dernière minute des musiciens. En attendant d’atterrir, j’ai décidé que Denny me plaisait -il était d’une bonne nature et ses conversations agréables, et j’ai commencé à me sentir beaucoup mieux. Il apparut que lui et moi devions partager une des deux villas qui avaient été louées avec deux roadies. Paul, Linda et leurs enfants occuperaient l’autre villa.

Le studio avait dépêché une voiture pour nous chercher à l’aéroport, et quand nous arrivâmes à la villa après un court mais chaotique voyage, j’étais anxieux de regarder la propreté des lieux, mais mon épuisement m’en empêcha.
Sans même m’embêter à déballer, je filais direct au lit. mais entre la chaleur et mon excitation, je ne dormis pas beaucoup.

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Quand je me suis finalement réveillé, denny était introuvable, alors je décidais d’aller voir le studio et de donner mon premier sentiment sur ses capacités.
j’appelais le numéro qu’on m’avais donné et appelais un taxi. Grand bien m’en prit, car il fallait une heure de route pour y aller.
Souvent, je voyais de pauvres gens marcher, entourés dans des bandages. me regardant dans le rétro, le conducteur répondit à ma question silencieuse.
« Ils ont la lèpre » dit-il calmement.

la lèpre !!… 

Comme nous arrivions à l’adresse que j’avais donné, mon cœur battait à tout rompre. Ce n’est sûrement pas ça, pensais-je.

Mais c’était ça…

EMI Lagos était en fait un grand abri de jardin. Mon cœur se calma. J’étais accueilli à l’entrée par une tête souriante et amie : c’était Odion, le manager du studio -je n’ai jamais su si c’était son nom ou son prénom. Il me présenta à l’assistant qui avait été désigné pour le projet. Lui aussi avait un nom singulier : Lundi (Monday)

Dieu merci, l’intérieur n’était pas aussi misérable que l’extérieur. ce n’était pas flambant neuf, mais ça n’était pas trop usé non plus. D’une certaine manière, tous les studios EMI étaient standardisés ; C’était un peu comme le concept McDonald, où il y avait une théorie qui disait que le Big Mac devait avoir le même goût partout.

La directive était venue du QG en Angleterre et disait quels équipements minimum leurs studios à travers le monde devaient avoir.
A la différence près que les studios externes avaient souvent du vieux matériel d’occasion, parce que la politique de la maison était d’envoyer le vieux matos d’Abbey road dans les pays du tiers-monde.

De fait, la console du Studio à Lagos était assez décente -c’était une console standard EMI, plus petite que celle d’Abbey road- et les moniteurs étaient exactement les mêmes que j’ai utilisé pendant toutes mes années à EMI. Comme je me baladais pour inspecter l’équipement, Monday m’apporta une vieille boîte en carton.

« Qu’est-ce-que c’est ? » demandais-je.

EUR 22,23 EUR 17,99
  • Record Label: Concord
  • Catalog#: 08880 7232564
  • Country Of Release: NLD
  • Year Of Release: 2010
  • Notes: 2Cd+1Dvd
Expédition sous 1 à 2 jours ouvrés

« Ce sont nos micros » répondit-il.

Je regardai à l’intérieur : une demi-douzaine de micros étaient éparpillés n’importe comment ; pas un seul n’était stocké dans sa boîte d’origine. Il y avait deux Neumann décents, mais le reste étaient des micros bon marché, et aucun d’entre eux ne semblaient en excellent état.

Une console 16 voies était la pointe en 1973, mais je savais que ce serait trop beau d’en trouver une ici, à Lagos. Avec empressement, je demandais à voir le multipiste. C’était un 8 pistes, ce qui était bien
– je pouvais m’en accorder- mais Monday m’apprit alors que seuls 4 amplis « sync » fonctionnaient. C’étaient les composants électroniques qui permettaient d’écouter les pistes pré-enregistrées sans passer par les têtes de lecture.

Ce qui signifiait que je ne pourrais ré-écouter les 4 pistes qu’en ré-enregistrant. Bien sûr, je pourrais choisir celle des quatre pistes que les musiciens voulaient entendre mais c’était une limitation, et assez emmerdant.

J’étais étonné : aucun autre artiste ne s’était-il plaint de ça ? Ni Odion ni Monday ne semblaient comprendre pourquoi ça posait un problème. J’en déduisis que tous les artistes qui venaient ici au studio enregistraient live, les instruments se propageant sur les huit pites -ils n’avaient littéralement jamais fait d’overdubs.

Comme il n’avait pas d’expérience, je ne pouvais pas laisser Monday s’occupper des drop-ins et drop-outs, alors je les ferai moi)-même.
Je lui donnait simplement comme tâche de rembobiner la machine et s’occuper du start et stop.

Je sortis de la salle de contrôle et jetais un œil au studio. Il avait une taille correcte, et il y avait ce qu’il fallait de câbles et pieds de micros, mais il n’y avait pas de cabine de batterie – en fait, il n’y avait aucun écran acoustique. Ca me prit un certain temps pour expliquer ce qu’était qu’un écran acoustique et pourquoi j’en avais besoin. Je commençais à m’exaspérer, mais Odion était aux anges.

« pas de problème, man » Dit-il. « On a un charpentier qui peut nous les faire ».

Quand nous arrivâmes le lendemain matin, une foule de personne était à l’intérieur et travaillait dur pour faire les écrans. On s’est tous sali pour les aider afin que nous puissions commencer les sessions.

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Vers le troisième jour, par là, on avait fini… Sauf que le charpentier avait laissé un trou vide au milieu de chaque écran !… Ils ne pouvaient pas comprendre le concept, ne pouvaient pas comprendre pourquoi les écrans devaient avoir un morceau de verre pour bloquer le son. On a pu trouver un vitrier qui nous a conclu l’affaire, mais il y avait de la tension, et nous avons perdu quelques jours d’enregistrement.

La chaleur au lagos était oppressante, l’air conditionné était donc une nécessité dans la salle de contrôle. Sans ça, le matos aurait été continuellement en surchauffe. C’était raisonnablement frais ici, mais l’air conditionné dans le studio était beaucoup moins efficace, et c’était assez inconfortable.

Le plus fou, c’est qu’il y avait une porte au fond du studio qui donnait directement sur la salle de pressage. Quand on l’ouvrait, on voyait plusieurs types torse nu, les pieds dans l’eau, pressant des disques dans cette minuscule pièce enfumée, torride. Il y avait un toit de tôle ondulée, mais on voyait clairement le jour à travers, c’était donc partiellement couvert, juste pour évacuer le plus gros de la pluie tout en laissant un peu d’air. C’était incroyablement bruyant ici, bien que l’insonorisation soit suffisante pour que le bruit n’interfère pas dans nos enregistrements.

Malgré toutes ces limitations et cet environnement bizarre, on a réussi à avoir un bon son dans ce petit studio.

A ce jour, je ne sais pas encore comment nous avons fait, mais band on The Run, comme l’album allait être appelé, fut un peu comme notre point de repère pour l’enregistrement.

En fait, je suis convaincu que nous n’aurions pas eu un meilleur son en plein cœur de Londres -Et tout ceci allait prouver que la musique est tout ce qui compte.

Je n’ai jamais particulièrement apprécié les lézards, serpents ou insectes. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. malheureusement, c’était ces trois choses là que le Nigeria avait en abondance, ce qui a probablement modifié mon point de vue concernant un pays autrement charmant. Deux jours après mon arrivée, j’ai détesté l’endroit.

Tout a commencé quand je suis arrivé. Quand j’étais tellement fatigué que j’ai fait une sieste. Je me baladais dans la cuisine pour explorer, juste pour voir si les placards étaient garnis de trucs comestibles. J’ai ouvert la porte de l’office et ai sursauté de terreur : quelqu’un avait mis ici toute sa collection d’araignées mortes, toutes épinglées sur du polystyrène. Quand je suis allé me coucher et arraché les couvertures, je me suis rendu compte que Denny lui aussi avait vu la collection, et qu’il avait mis quelques araignées mortes dans mon lit, comme une farce. Soudainement, j’aimais beaucoup moins Mr. Laine… Mais heureusement que j’avais vu les araignées avant, parce que sinon, je ne sais pas comment j’aurais réagi.

Le lendemain matin, je me réveillais d’un long sommeil réparateur, et la chaleur du soleil rendait tout plus gai. cet endroit n’est pas si mauvais, me dis-je comme je regardai à travers la fenêtre. Au moins, la villa était superbe, la compagnie tolérable et le projet à venir plein de promesses. C’est alors qu’un énorme lézard est venu par la pelouse, jusque devant moi…Il avait une grosse tête rouge et un cou vert… j’étais terrifié ! Je ne savais pas s’il était dangereux ou venimeux ; je ne savais pas quoi faire. Je regardais alors dans la pièce et réalisais que je partageais mon espace avec une famille de lézards translucides, rampant sur les murs, le plafond, le sol.

Quelques minutes plus tard j’étais au téléphone avec Odion, lui demandant que je voulais être transféré dans un hôtel. Une nuit dans cette villa était déjà de trop pour moi.
Bien sûr, l’hôtel n’était pas top non plus. Il était dépourvu de lézards, mais grouillait de blattes monstrueuses.

J’ai commencé à m’en rendre compte quand j’étais dans la salle de bain et que j’ai entendu un chuintement. J’ai d’abord cru que c’était la chasse d’eau qui était concée, alors j’ai cherché. Avec horreur j’ai vu une horde monstrueuse de cafards qui grouillaient en se précipitant dans un trou derrière les toilettes – c’était la source du bruit.

Vous ne pouviez pas boire d’eau à Lagos parce qu’elle sortait du robinet avec une révoltante couleur jaune, alors à la place de prendre un verre d’eau pour la nuit au cas ou je me réveillerais assoiffé, je gardais une bouteille de coca ouverte. Un matin, je regardais dans la bouteille et je vis qu’elle était pleine de gros cafards. A mon grand désespoir, j’avais bu un coup au milieu de la nuit. De rage, j’écrasais un cafard avec ma bouteille et commençais à tourner. Il fallait visiblement plus qu’une bouteille de coca pour les tuer.

Un petit fusil à éléphants, plus sûrement.

Tout le monde avait opté pour la villa, je me sentais parfois seul à l’hôtel, mais je sentais que c’était mieux comme ça. Pour une chose, c’était plus près du studio. Mon temps de trajet en était écourté. La circulation était épouvantable à Lagos, les gens avaient l’habitude déconcertante de rouler du côté de la route au milieu, puis du milieu au côté opposé. Mais chacun semblait habitué à ça depuis longtemps.

Un autre avantage de rester à l’hôtel était qu’il y avait un service de repas assez tardif le soir, au pire je pouvais avoir un repas décent à la fin d’une session.
La nourriture n’était pas géniale, mais mangeable et probablement meilleur que ce que j’aurais pu me faire dans la villa. En tout cas, la pire chose pour moi était de devoir me faire à bouffer après une longue journée de travail. Bien sûr, comme n’importe où à Lagos où la nourriture était présente, c’était bourré d’insectes. Un soir, quelqu’un a la table d’à côté appela le maître d’hôtel. Je regardais, curieux de savoir quel était le problème. Le maître d’hôtel arriva et souleva la nappe… Et là, à mon grand étonnement, il sauta sous la table. la prochaine chose que j’entendis fut un grand bang -Le maître d’hôtel avait enlevé sa chaussure et avait tué une blatte monstrueuse qui gisait sur le sol.

Voilà à quoi ressemblait ma vie au Nigeria.

Je gardais mes pilules contre la malaria dans une boîte près de la table pour m’en souvenir chaque matin, et je prenais des sachets de sels minéraux partout où j’allais, il était si facile de se déshydrater. Non pas à cause du soleil -on arrivait actuellement à la période de la mousson. Il faisait incroyablement chaud et humide, et il y avait de la pluie et de la boue rouge partout. Il y avait des bouches d’égout ouvertes, ce qui posait un sérieux problème avec les moustiques. Un des roadies a pratiquement été dévoré vivant par eux, alors qu’ils ne venaient pas spécialement sur moi. Il est possible qu’ils aient eu pitié de moi, considérant les batailles sans fin que je menais avec les cafards.

« Ravi de te voir ici avec moi, Geoff. On est sur une nouvelle aventure, hein ? »

Ce furent les premiers mots que Paul me dit quand il me rencontra finalement au studio. Bien que nous ayons parlé ensemble au téléphone quelques fois, je ne l’avais pas vu en personne depuis des années -nous n’avions aucun rapport pendant que j’étais chez Apple- et je n’avais pas travaillé avec lui depuis les sessions d’Abbey Road en 1969.

C’était un homme métamorphosé, pas physiquement mais émotionnellement. Il était clairement plus mûr, il était redevenu lui-même, la personne débonnaire, optimiste qu’il avait été pendant les sessions de Revolver et pepper, mais je pouvais voir à son visage qu’il avait beaucoup de tension et de stress dans sa vie.

Paul avait toujours été plein de confiance et toujours très responsable, mais cette fois il n’y avait pas John lennon pour lui tenir tête ou être en désaccord avec lui – il n’avait de compte à rendre à personne.

Travailler avec Paul sur des projets solo ressemblait beaucoup au moment où j’avais enregistré Blackbird, ou chaque piste qu’il faisait quand les autres Beatles n’étaient pas là.

Comme George Martin, lui et moi avions travaillé si souvent ensemble qu’on pouvait pratiquement lire respectivement dans nos pensées -en fait, nous n’avons jamais réellement eu de conversations quant au pourquoi de mon départ d’Apple. Paul ne m’a jamais rien demandé quoi que ce soit concernant Apple, et ne l’a encore jamais fait à ce jour.

Pour cette première session, Linda me gratifia d’un solide bonjour et d’une grande accolade. Elle n’avait pas changé depuis les sessions d’Abbey Road. Nous avons parlé un bon moment, et je luis demandais si elle goûtait à la vie de musicien sur les routes.
« Eh bien, je sais que je ne suis pas exactement une musicienne et je déteste être mise en avant sur scène« dit-elle. »Bien sûr, tourner est un réel plaisir, et au moins on passe beaucoup de temps ensemble et avec les enfants ».

Ils avaient emmené leurs filles -James n’était pas encore né- avec eux au Nigeria. Les enfants n’étaient jamais mis de côté, ce que je trouvais admirable. Paul et Linda étaient des parents très impliqués, et le résultat était que leurs enfants étaient exceptionnellement bien élevés.
Les filles collectionnaient les lézards dans le jardin et les mettaient dans une grande cage. Elles montraient leur collection à tout le monde. Je feignais la terreur, mais ça n’était pas que du jeu…

Depuis le premier jour, j’ai trouvé que Linda était une personne avec qui il était plaisant d’être -elle avait les pieds sur terre, sans grands airs ni prétentions. Elle apprenait vite aussi : pendant les sessions de Band On The Run, elle a apprit à connaître les expressions de mon visage. Si elle pensait chanter un peu faux, elle regardait dans la salle de contrôle et savait interpréter ma réaction. Pour moi, Linda faisait partie intégrante des wings. Si vous enlevez sa voix des harmonies vocales, ce ne sont plus les Wings.

Denny était clairement la troisième roue du carosse, néanmoins Paul avait beaucoup de considération pour son talent et ses opinions. Si Denny faisait une suggestion musicale, Paul la considérait sérieusement et l’incorporait… si il aimait ce qu’il entendait.

Ce n’était pas comme John parlant à Paul, où ils se considéraient mutuellement comme vraiment égaux, mais les deux hommes avait un respect mutuel, et je n’ai remarqué aucune tension entre eux pendant toute la durée des sessions. Denny semblait aussi partager une grande amitié avec Linda, et il s’entendait bien avec les enfants aussi.

Bien que ça ait indiscutablement inspiré le titre phare, Paul et Linda n’ont jamais parlé des musiciens qui avaient quitté le groupe à la veille des sessions. C’était Denny qui en voulait le plus aux autres membres des Wings qui s’étaient barré. Son attidute était « paye les, on les emmerde et on va faire un super album sans eux ».

Il semblait déterminé à impressionner Paul et à ne pas laisser tomber le collectif. Denny était le guitariste putatif du groupe, mais ça n’empêcha pas Paul de jouer la plupart des solos et les parties difficiles lui-même. Les harmonies représentaient parfois un problème pour Denny. Il avait parfois du mal à chanter juste, ce qui mettait à l’épreuve la patience de Paul et créait de petits soucis techniques pour moi : isoler sur la piste des harmonies le son d’un denny dépité criant « Fuck ! » hors-mic, juste assez fort pour être entendu. Ca m’a pris des heures, mais j’ai pu enlever le morceau offensant.

Paul ne traitait pas exactement Denny comme un partenaire, mais il n’hésitait pas à lui dire ce qu’il pensait. Toutefois, les trois membres des Wings travaillaient bien ensemble. Les conditions étaient mauvaises, mais les vibrations excellentes. On s’est toujours bien marré pendant ces sessions. »

« Paul n’a jamais été de ceux qui travaillent le week-end, alors nous avons rapidement mis au point un emploi du temps sur cinq jours, ce qui rendait l’atmosphère plutôt détendue. Il faisait si chaud pendant la journée, et parce que l’air conditionné était faiblard, nous ne commencions pas les sessions avant la fin de l’après-midi. Parfois, Paul, Linda et les enfants, plus Denny, passaient leur matinée à nager au country club près de l’aéroport et déjeunaient ensemble. Je ne les ai jamais rejoint ; je voulais juste dormir tard et putter autour de l’hôtel avant d’aller au studio une heure ou deux avant le début.
Nous finissions généralement les séances vers minuit, mais il nous arrivait d’y passer la nuit, deux ou trois fois jusqu’à l’aube, surtout vers la fin de notre séjour.

Mais dès la toute première semaine, les choses ne se sont pas passées comme prévu : un après-midi, lors d’une promenade avec Linda, Paul s’est fait agresser à l’arme blanche. Alors que sa femme hurlait « Ne le tuez pas !.. C’est le Beatle Paul !! » il donna calmement ses portefeuille, caméra et montre, et attendit, mais ça n’était visiblement pas suffisant pour ses agresseurs, qui lui demandèrent aussi son sac.

Paul était assez malin pour ne pas discuter, mais c’était un coup terrible, parce qu’à l’intérieur se trouvaient toutes ses notes et ses bandes démos contenant les paroles et la musique des chansons qu’il avait écrites pour l’album…

Le lendemain, Paul nous raconta ce qui s’était passé.

« Tu as de la chance, tu es un homme blanc » dit Odion. « Si tu avais été noir, tu aurais été tué. Chacun ici croit que les blancs ne nous différencient pas. S’ils avaient pensé que tu pouvais les identifier et donner leur signalement à la police, ils t’auraient terminé ».
Paul devint tout pâle ; Linda semblait se trouver mal. Mais il était toujours là pour tirer le meilleur d’une mauvaise situation.
« Je crois que je peux me rappeler comment étaient la plupart des morceaux« nous dit-il. »Et pour ceux dont je ne me souviens pas… Et bien je suppose que je devrais en écrire de nouveaux ».

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C’était aussi facile que ça pour Paul de composer des musiques et des paroles. S’il le voulait, il pouvait littéralement pondre un morceau en une heure ou deux, comme il a fait quand il a écrit « Picasso’s last words » à la demande de Dustin Hoffman lors d’un dîner.
Les chansons « Jet », « Mrs. Vandebilt » et « Mamunia » furent celles dont il se souvint dans leur intégralité, mais la plupart du reste de l’album fut écrit à la volée, à Lagos. La chanson titre, « Band On The Run » avait été écrite juste avant que Paul et Linda n’arrivent au Nigeria, alors il a été capable de s’en souvenir correctement. Ses paroles ont été un peu déformés pendant qu’on était là, et évoquaient la situation unique dans laquelle Paul se trouvait : abandonné par ses partenaires, coincé dans un studio d’enregistrement dans un pays étrange et sinistre. Je me demande s’il ne faisait pas un peu de paranoïa…

L’agression a été un avertissement pour nous tous, mais elle s’était produite dans un endroit dangereux aux abords de la ville. l’hôtel et le studio étaient près du centre de Lagos, alors je me sentais rassuré, au moins quand il faisait jour. Le patron de l’usine de pressage était anglais, et il m’amenait au studio tous les après-midi. La nuit, il y avait une voiture qui m’attendait pour me ramener à l’hôtel.

Les sessions commençaient généralement en douceur, avec quelques d’anicroches d’un point de vue technique ou artistique. Il y avait un peu de chahut en ce moment parce que Ginger Baker, le batteur de Cream, croyait qu’on allait enregistrer l’album dans son studio Nigerian, ARC. Il y eu beaucoup de coups de fil à partir de ce moment mais Paul était sûr qu’il n’avait jamais promis de travailler ailleurs qu’au studio EMI. Pour arranger les choses, il accepta un compromis : il passerai un jour au studio de Ginger et verrai comment ça se passerai.

Nous avons fini la majorité du morceau « Picasso’s Last Words » – qui était intentionnellement enregistré pour ressembler à une peinture de Picassso, avec plein de fragments de morceaux apparemment sans rapport collés ensemble- à ARC, bien que nous ayons rajouté pleins d’overdub par la suite quand nous retournâmes à Londres, les montant ensemble, accompagné de quelques bribes d’autres airs de l’album, pour essayer de rendre le tout cohérent.

Le studio de Ginger était assez bien équipé, et il fit de son mieux pour essayer de nous convaincre d’y finir l’album entier -Il donna même un coup de main à l’enregistrement, jouant des percussions à un moment. Mais Paul avait un engagement ailleurs, et il entendait bien le respecter, nous ne passâmes donc que la journée avant de retourner à EMI.

Paul jouait toutes les parties de batteries sur Band On The Run, et il a toujours aimé se trouver derrière les fûts. Pour dire la vérité, nous n’avons pas manqué de batteur pour le groupe. La plupart des pistes de base commençaient avec lui et Denny jouant ensemble à la batterie et guitare rythmique, ou parfois ils jouaient ensemble avec des guitares acoustiques. Les chansons se construisaient doucement, couche par couche. Linda ne jouait pratiquement jamais de clavier pendant les pistes de base, alors on rajoutait ses prises plus tard, avec Paul et Denny faisant les guitares, tous les trois chantant les chœurs.

Et, bien sûr, Paul chantait le lead et jouait de la basse sur l’album entier. Il avait toujours été un très bon bassiste, même au tout début, et sa technique et sa musicalité s’amélioraient sans cesse au fil des ans.

Néanmoins, il me semblait qu’il était arrivé à un summum avec Sgt Pepper, quand il restait tard, heure après heure, afin que chaque note soit la perfection. C’était presque comme s’il cherchait à atteindre le summum absolu de ce qu’un bassiste pouvait faire sur Pepper ; Il passa de « grand » à « sublime » puis revint à grand à nouveau. Mais « Band On The Run » a été comme sa résurection. Le jeu de basse de Paul était si formidable que nous l’avons mixé en avant sur tout l’album, propulsant une fois de plus sa performance sous les projecteurs.

A mesure que les sessions avançaient, les heures paraissaient plus longues, alors le temps de relaxation pendant les week-end étaient devenu très important. Un dimanche, un officiel local nous emmena en balade dans une île, où il avait organisé un buffet où s’étalaient des mets locaux. J’ai toujours été difficile -la plupart du temps, je mangeais juste du poulet à l’hôtel- alors j’approchais du buffet avec précaution.
Parmi tous les trucs inconnus empilés sur la table, un a immédiatement attiré mon attention : un plat d’escargts géants coupés. Ils avaient l’ai carbonisés, comme une silhouette d’escargot, ce qui était assez drôle, mais aussi assez nauséabond. Inutile de dire que je ne les ai pas goûtés. En fait, je ne touchais à rien ce jour là, prétextant avoir l’estomac fragile. Je n’ai jamais dit que c’était la seule vue de leurs aliments qui me rendait malade.
Une autre fois, j’ai été invité à manger chez Odion. Sa femme s’était donné du mal pour faire un ragoût, mais la viande dedans -de race inconnue- était si coriace que je n’arivais pas à l’avaler, quel que sois le temps que je l’avais mâchée. Finalement, je m’excusais pour aller aux toilettes où j’en profitais pour tout recracher. Lui et sa femme présentaient bien et étaient très ouverts, mais ils étaient sur leur garde quand on parlait politique.

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C’était comme si il n’y avait aucun moment monotone à enregistrer « Band On The Run »- Chaque session productive, sympa était contrebalancée avec une galère qui arrivait.

La plus grosse peur vint l’après-midi ou Paul tomba malade. C’était un vendredi et nous venions à peine de commencer la session, mais chacun était dans un bon état d’esprit et attendait le week-end avec impatience. Paul était debout près du micro, enregistrant le chant avec son aplomb habituel quand tout à coup il sembla manquer d’air.

En une seconde, il devint aussi blanc qu’une feuille, nous expliquant d’une voix coassante qu’il ne pouvait pas reprendre son souffle. Nous décidâmes de l’emmener dehors afin de lui faire prendre l’air, ce qui n’était certainement pas la chose la plus intelligente à faire, parce qu’une fois qu’il fut exposé à la violente chaleur, il se sentit encore plus mal et tituba, pour finalement s’écrouler comme mort à nos pieds.

Linda commença à crier comme une hystérique ; elle était convaincue qu’il avait eu une crise cardiaque. Je criai à Monday d’aller au studio chercher le directeur. Il parti en coup de vent et lui expliqua rapidement la situation. Nous le suppliâmes pour qu’il appelle une ambulance, mais il expliqua nonchalamment qu’il pouvait emmener Paul à l’hôpital local beaucoup plus vite avec sa propre voiture qu’avec aucune ambulance. Paul commençait à reprendre connaissance à ce moment, mais nous le soulevâmes du sol et le déposâmes sur la banquette arrière. Alors Linda et un des roadies s’entassèrent dans la voiture et partirent en grondant dans la rue.

Dans le silence qui s’ensuivit, denny et moi nous regardions. Paul avait-il vraiment eu une crise cardiaque ?… Qu’est-ce qu’il allait arriver après ?… Nous rentrâmes au studio, anxieux et profondément inquiets, et essayions de faire passer le temps en enregistrant des prises de guitare, mais nous n’avions vraiment pas la tête à ce que nous faisions. Quelques heures plus tard nous avons eu un appel de Linda qui disait que Paul allait bien, qu’on l’avait laissé sortir de l’hôpital et qu’il était en route pour la villa. Et, nous dit-elle, il disait avec entêtement qu’il serait de retour au studio dès lundi.

Quand nous nous mîmes tous au travail après le week-end, Paul avait l’air un peu secoué mais sinon ça allait. Le diagnostic officiel était qu’il souffrait de spasme des bronches provoqué par le fait qu’il fumait trop. Heureusement, Paul n’a jamais eu d’autre incident de ce genre.

Mais, à mesure que les sessions continuaient, les aventures aussi… Une nuit, tous les quatre -Paul, Linda, Denny et moi- nous rendîmes à un club appelé « la chapelle » pour écouter de la musique. L’endroit appartenait au très populaire musicien Nigérien appelé Fela Ransome-Kuti, et il était là ce soir. Il avait aussi un groupe phénoménal avec lui,plus d’une douzaine de percussionnistes, cors, cuivres. C’était vraiment un big band au sens propre du terme. En plus d’être une immense pop star et créateur du genre « afrobeat », Fela était aussi un activiste politique, et ses adeptes achetaient ses disques par millions. C’était une gigantesque star en Afrique.

Nous adorions la musique -Paul en pleurait de joie- et avons passé un merveilleux moment. Bien que je me fus abstenu, quelques gros pétards passèrent par la table, ajoutant à l’ivresse. Pendant la pause, quelques musiciens vinrent nous dire bonjour. Nous pensions que c’était comme partout où il y avait de la musique live et que des musiciens se rencontraient -on racontait la route, on parlait de musique, on blaguait – mais ça n’était pas du tout ça. A notre grande surprise, nos visiteurs étaient en colère et hostiles.
« Qu’est-ce-que vous faites dans notre pays ? » demandèrent-ils. « Vous venez ici pour voler notre musique et nos rythmes. Pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous ? ».
Je vis Paul s’alarmer. Ce n’était pas le genre de réception à laquelle il s’attendait… D’une façon ou d’une autre, il a réussi à leur parler de telle manière que les musiciens se sont calmés et nous ont laissé tranquille. Nous en avons profité pour partir précipitamment.

Dès que nous fûmes à l’abri dans la voiture, Paul se tourna vers moi et dit : « Pff !… C’était chaud, hein ? ». C’était peut-être les nombreux pétards qui l’avaient rendu parano, mais il avait l’impression que nous étions en danger et risquions de nous faire agresser physiquement, et il avait vraiment peur.

EUR 22,23 EUR 17,99
  • Record Label: Concord
  • Catalog#: 08880 7232564
  • Country Of Release: NLD
  • Year Of Release: 2010
  • Notes: 2Cd+1Dvd
Expédition sous 1 à 2 jours ouvrés

C’était un épisode malheureux, mais nous pensions que c’était le dernier.

Nous nous trompions.

Un jour ou deux plus tard, Fela lui-même alla à la radio de Lagos et commença à nous accuser publiquement de venir au Nigeria dans le seul but de voler et d’exploiter la musique Africaine. C’était un agitateur, mais j’ai toujours suspecté que ses motifs étaient plus financiers qu’une quelconque conscience sociale : Je pense que Fela voyait Paul comme compétiteur, et il croyait que Paul allait lui prendre l’argent de ses poches.

Ca a été inquiétant pendant quelques temps, il y avait de nombreuses personnes costauds avec qui nous travaillions, et ils nous menaçaient parfois sérieusement.
Au bout du compte, l’habileté diplomatique de Paul nous sauva la mise : à l’aide d’intermédiaires, il invita fela à venir au studio pour écouter certains morceaux par lui-même. Un Ransome-Kuti menaçant arriva un après-midi, accompagné par quelques hommes de confiance au look de voyous, croisant les bras par défi.

Je mis en marche nerveusement le magnéto pour lui faire entendre quelques unes des chansons enregistrées sur lesquelles on travaillait. A notre grand soulagement, il était satisfait que nous n’ayons pas piqué leurs rythmes – en fait, il n’y a pratiquement aucune influence Africaine dans l’album.

Juste aussi rapidement qu’elle était apparue, la question fut réglée et nous n’en entendîmes plus parler. C’est pour ça que j’ai toujours été convaincu que c’était pour l’argent : une fois que Fela a réalisé que la musique de Paul n’avait rien à voir avec la sienne et ne ferait pas chuter son audience, les accusations s’envolèrent.

Pour s’en assurer, Paul pris la prudente décision de n’engager aucun musicien local pour jouer sur l’album. De ce fait, on pouvait difficilement l’accuser d’exploiter qui que ce soit ou de voler leurs idées. Ironiquement, un musicien Africain apparaît sur « Band On The Run » en fin de compte. Son nom était Remi Kabaka, et il fit de superbes percussions sur Blackbird lorsque nous rentrâmes à Londres. Incroyablement, il était né à Lagos…

Ca a semblé très long à l’époque, mais nous n’avons passé que sept semaines au Nigeria. La veille du départ, Paul et Linda organisèrent un barbecue spécial « fin d’album » sur la plage pour fêter ça. On a bu un coup à notre succès, notre survie, et notre dernier repas ensemble sur le continent noir. D’ici quelques heures, Wings & Co seraient dans l’avion pour Londres… C’est du moins ce que nous pensions…

Lagos avait une dernière petite surprise en boutique pour nous, laquelle était toutefois adéquate. Ca arriva sous forme d’un problème avec notre avion, juste alors que nous nous apprêtions à embarquer. Personne n’avait aucune idée de quand ça s’arrangerait, ou de combien de temps on serait retardés, mais on avait déjà réglé l’hôtel et la villa et on se retrouvait avec des tonnes de bagages, et même les bandes, qu’on avait avec nous pour être sûrs qu’il ne leur arrive rien.
Au final, un des roadies fut envoyé attendre à l’aéroport avec nos affaires et il était tenu de nous appeler aussitôt qu’il avait des nouvelles. Le reste d’entre nous se rendit au country club le plus proche ou paul, Linda et Denny avaient passé leurs matinées. C’était la première fois que j’y venais et j’ai été agréablement surpris de la modernité des logements. Nous passâmes la longue après-midi à nager dans la piscine et à nous relaxer jusqu’à ce que, finalement, nous recûmes l’info que notre vol allait partir.
Les deux heures de décalage horaire étaient en notre faveur, mais nous n’avons pas atteri avant 3 heures du matin. A ma grande surprise, il y avait des douzaines de journalistes et de fans nous attendant. Mon père était là, aussi. Il avait prévu de me récupérer et de m’emmener en balade à Londres, bien que je n’ai jamais supposé qu’il serait là à cette heure au beau milieu de la nuit. C’était la seule et unique fois où il a rencontré Paul, qui fut suffisamment bienveillant pour rester discuter quelques minutes.

EUR 22,23 EUR 17,99
  • Record Label: Concord
  • Catalog#: 08880 7232564
  • Country Of Release: NLD
  • Year Of Release: 2010
  • Notes: 2Cd+1Dvd
Expédition sous 1 à 2 jours ouvrés

Je ramenais la voiture pendant que mon père somnolait sur le siège passager. J’avais l’impression que je n’avais pas vu Londres depuis des années. Mon esprit était plein de toutes sortes de choses. mais le travail n’était pas encore terminé. D’ici une semaine, nous retournerions en studio, cette fois à AIR. J’espérais que l’enfilades de désastres et autres calamités étaient maintenant derrière nous.

Après la chaleur du Nigeria, la froide humidité de l’automne londonien fut particulièrement dure à supporter, mais j’avais eu du temps pour récupérer du gros rhume du au changement brusque de climat. On avait encore pas mal de boulot à faire : Paul voulait ajouter quelques overdubs, y compris un orchestre entier, à quelques unes des pistes, et il y avait une nouvelle chanson « Jet » à enregistrer dans son intégralité. Ensuite, nous devions mixer l’album entier. Paul était anxieux de ne pas avoir l’album sorti pour les fêtes de noël
– traditionnellement grosse période de ventes- alors la pression était forte.

Toutes les bandes enregistrées à Lagos étaient des huit pistes, alors notre premier job fut de copier ces pistes pour qu’elles puissent recevoir des overdubs au format 16 pistes. En faisant ça, on se donnait 8 pistes supplémentaires pour enregistrer. C’était suffisant, même pour les overdubs instrumentaux et d’orchestre ; l’arrangement orchestral de Tony Visconti était la cerise sur le gâteau, et le vieux pote de liverpool de Paul, Howie Casey, vint et d’une seule prise, joua le phénoménal solo de saxo sur la chanson « Bluebird ». Mais la malédiction de Loagos montra une dernière fois son sale visage quand nous commençâmes à enregistrer la basic track de « Jet ».

Tout avait l’air en ordre, et Paul et Denny commencèrent à enregistrer les partie de batterie et de guitare rythmique. Après juste quelques prises, ils vinrent dans la cabine pour écouter. Nous avons tous pensé que ça sonnait super, alors on a continué le processus d’overdubbing pour les autres instruments. Chacun était excité de voir combien la chanson se mettait en place, et les idées créatives fusaient de partout. Les 16 pistes furent rapidement remplies. Mon assistant sur la session était un mec du nom de Pete Swettenham, qui avait à un moment été le guitariste d’un groupe appelé Grapefruit, un des premiers signé par Apple.
Il avait l’air suffisamment compétent, et je pensais qu’il faisait un bon boulot, mais j’ai alors commencé à entendre des trucs bizarres pendant les playbacks : le haut du son des cymbales n’était plus là. « Que se passe t’il ? » lui demandais-je. Il se faufila derrière le magnéto, se pencha pour jeter un coup d’œil et dit d’un air détaché :« Eh bien, il y a de l’oxydation sur le magnéto à bandes ».
Quoi !?… C’était un problème grave, et j’étais furieux que Pete ne l’ai pas remarqué avant. Les assistants étaient supposés vérifier scrupuleusement les têtes des magnétos et de les garder scrupuleusement propres. Le fait de répandre des oxydes était quelque chose qui se produisait malheureusement fréquemment avant les 1970’s parce que les fabricants de bandes expérimentaient de différentes manières le fait de faire adhérer les particules magnétiques d’oxyde de fer au dos de la bande. Si la colle était défectueuse ou si le bain de la bande avait été imparfaitement réalisé, les particules commençaient à s’enlever. Les hauts aiguës commençaient à disparaître du spectre sonore et la bande pouvait devenir injouable et pouvait même endommager les magnétos.
C’était non seulement irréversible, mais à chaque fois que vous repassiez la bande, ça empirait. La seule chose à faire était de faire rapidement une copie sur une bande en bon état et espérer que le son n’avait pas été trop détérioré. c’était pas de bol d’avoir ce problème de bande juste au moment où on enregistrait une si bonne chanson.

Paul, Denny et Linda étaient revenus au studio, jouant avec insouciance, inconscient du désastre qui se passait en cabine. Je devais penser rapidement : Le dire à Paul ou pas ? Je retournais ça dans ma tête et décidait de ne pas lui dire. Le mal était fait, et mettre Paul au courant de ça aurait pu l’obséder et tuer les bonnes vibrations qu’il y avait à ce moment. Il était aussi tard dans la nuit et j’espérai qu’ils finissent bientôt et rentrent chez eux, comme ça je pourrai faire une copie avant que la bande ne deviennent inutilisable. J’ai décidé d’essayer de masquer le problème, qui était devenu plus apparent sur le coup de caisse claire et sur le hit-hat. Chaque fois que l’on repassait la bande, j’ajoutais des aigü dans les monitors pour ne pas que Paul s’en aperçoive.
Nous fîmes finalement ce que je croyais être le dernier overdub de la nuit. Lâchant un soupir, je regardai Pete et dit « Dieu merci ! ».

Alors, évidemment, Denny dit : « Et si on rajoutait juste une guitare ? »
et je pensais Oh Non !… On en était arrivé au point où on pouvait voir à travers la bande..

Mais à mon soulagement, Paul refusa et tout le monde alla se coucher. Dès qu’ils furent partis, je copiais « Jet » sur une bande toute neuve, et je n’en ai jamais rien dit à Paul, mais c’est pourquoi le morceau a un son si distinctif, vraiment solide. Heureusement, c’est le seul coup que nous ont fait les gremlins aux studios AIR.

C’était juste une de ces difficiles décision, d’ordre esthétique et non technique, que vous deviez prendre en tant qu’ingénieur. Je ne voulais rien faire qui tuât le processus de créativité. Il n’y avait rien qu’on puisse faire à propos de ce problème de toutes façons, alors pourquoi gâcher le feeling de la session ? Ma philosophie alors était la même qu’aujourd’hui : la musique en premier !

Les aspects techniques de l’enregistrement étaient là pour servir les orientations artistiques, et pas le contraire, et si des sacrifices d’ordre techniques devaient être faits pour préserver l’intégralité artistique du projet, alors faisons les.
Aux studios AIR, nous avons faits quelques overdubbs sympa sur « Let Me Roll it », un de mes morceaux favoris de l’album. Les critiques l’ont plus tard interprété comme du « Mc-Cartney-faisant-du-Lennon » ; mais si Paul essayait de copier son ancien partenaire quand il enregistra la chanson, il n’en a pas dit un mot. En fait, il n’y eut aucune discussion à propos de Lennon ou aucun des autres Beatles pendant les sessions de l’album. Paul ne m’a pas demandé un « echo à la Lennon », il m’a juste dit qu’il voulait un echo particulier. Ce dernier était d’ailleurs assez semblable à l’effet qu’on lui avait mis sur « Oh ! Darling« pendant »Abbey Road ».
La partie solo de guitare sur « Let Me Roll It » est phénoménale, et c’est d’autant plus fou quand on sait qu’elle a été double-trackée. paul le joua, pas Denny, Et il a fait un excellent boulot en le doublant exactement avec les mêmes phrasés. Le son de guitare a quelque chose à voir avec le son de John sur « Revolution » , bien qu’on n’aie pas voulu avoir exactement ce son. Bizarrement, il y eu un pain après le dernier chorus qui ajouta une mesure supplémentaire, comme sur « Revolution ». C’était juste une erreur qui a plu à Paul ; Pas le fait de vouloir faire du « Lennon ».

EUR 22,23 EUR 17,99
  • Record Label: Concord
  • Catalog#: 08880 7232564
  • Country Of Release: NLD
  • Year Of Release: 2010
  • Notes: 2Cd+1Dvd
Expédition sous 1 à 2 jours ouvrés

« Band On the Run » n’a jamais été réalisé comme un concept album, Mais Paul en aima l’idée : C’est pourquoi il me permit d’enregistrer quelques bribes d’autres chansons, et les mettre en français dans « Picasso’s Last Words ». Il me fit aussi la suggestion de créer une reprise du titre phare pour terminer l’album.

Les séances de mixage de « Band on The run » furent agréables mais précipitées. AIR, malheureusement, était complètement surbooké, alors nous avons du aller dans un autre studio Londonien appelé Kingsway. Ils avaient un équipement satisfaisant, mais nous avons eu quelques problèmes pour répliquer les effets que nous avions à Abbey Road et à AIR, surtout concernant l’ADT (automatic double tracking, NdT), alors on a du louer une paire de manétos supplémentaire. Tout a été réglé assez vite, ce qui était une bonne chose parce qu’on avait littéralement que trois jours pour mixer l’album entier du début à la fin.

Les mix en 1973 ne prenaient pas autant de temps qu’aujourd’hui
– les producteurs peuvent passer des semaines pour mixer une simple piste sur le matériel digital d’aujourd’hui- mais même là, trois jours pour mixer un album entier était ridicule. Le problème n’était pas que Kingston n’avait pas assez de temps à nous donner -ils en avaient, et même s’il ne l’avait pas eu, ils étaient si paniqués d’avoir un client de la stature de Paul qu’ils auraient remué ciel et terre pour nous si nécessaire. Le problème était un producteur/Manager du nom de Gerry Bron, qui avait acheté un label appelé Bronze Records.
Un peu plus tôt, Bron avait réservé à AIR pour un groupe à lui appelé Tempest -John Hiseman était leur batteur. Gerry voulait absolument que je m’occupe des sessions, et John Burges, qui était le manager des studios AIR, lui avait assuré que je serais disponible. Toutefois,, les sessions d’overdub sur « Ban on The Run » avait pris plus de temps que nous l’avions prévu, et maintenant les sessions de Tempest n’allaient pas tarder à commencer. Je demandais à John Burgess s’il voulait demander à Gerry de décaler les sessions de quelques jours que je puisse avoir le temps suffisant pour terminer le mix des Wings à Kingsway.

Les projets d’enregistrements étaient toujours une course contre l’emploi du temps, et il était considéré comme courtois dans le milieu de la musique d’accepter ce genre de requête. La probabilité que cela vous arrive à votre tour étant grande, ça payait d’accepter sur des bases de sympathie réciproque. Mais à mon grand étonnement, Bron refusa de décaler les sessions, même d’un jour ou deux, et il refusa aussi de travailler avec qui que ce soit des studios AIR.

Gerry était le frère de l’actrice Eleanor Bron ; elle étaient apparue avec les Beatles dans leur second film « Help ! ». Je n’avais aucune idée si Paul avait utilisé cette connection pour essayer d’avoir du temps supplémentaire, mais s’il l’a fait, ça n’a mené à rien. Je savais qu’il avait demandé à John Burgess de mettre la pression sur Gerry pour nous aider, et qu’il a été furieux quand John a refusé. Peut-être y-avait il une sorte d’histoire, quelque problème entre Gerry et Paul ; si c’était le cas, je l’ignorais. Ca me semblait juste être de la surenchère, et c’était stupide.

Juste au cas où nous n’aurions pas terminé les mixes dans les trois jours qui nous étaient alloués, Paul était venu avec un plan imprévu : il allait me kidnapper. Pour que ça paraisse vrai, il avait littéralement loué les services de deux mecs pour m’enlever devant chez moi et m’emmener dans un autre studio finir les mixes. Et il était sérieux en parlant de ça -ils le feraient proprement et personne n’aurait su qui c’était. De cette manière, je ne pouvais pas être tenu responsable -par Gerry ou par AIR- du fait de ne pas être là pour les séances du groupe « Tempest ».

Heureusement, on n’a pas été jusque là. Bien que nous fussions sous une pression énorme, les mixes se sont fait doucement et l’atmosphère était agréable. Paul était confiant et de très bonne humeur pendant les sessions de Kingsway, comme d’ailleurs Denny et Linda : Nous nous sentions comme si nous venions de traverser une tempête ensemble et que nous voyions la ligne d’horizon apparaître. Les morceaux sonnaient d’enfer aussi : les instruments avaient été enregistrés avec beaucoup d’effets dès le départ, alors il n’y avait pas grand chose à rajouter. Il y avait juste une énergie d’enfer dans tout l’album : les guitares étaient bien jouées, la batterie était franche et directe, et la basse était solide. Tout sur « Band on The Run », en effet, était construit sur l’interaction basse/batterie.

Au troisième et dernier jour de mixage, je sortis abasourdi du studio à 5h du matin. Je n’avais pas dormi depuis plus de 24 heures, mais je devais être à 10h du mat au studio pour les sessions de Tempest…

J’ai transporté tous les mix et les bandes chez moi parce qu’on n’était pas disposés à les laisser à Kingsway, et je les ai laissées sur la table de mon couloir pendant que j’allais me doucher et me raser
– je savais que si je m’allongeais, à peine ma tête toucherait l’oreiller que je partirais pour dormir plusieurs jours. Heureusement, je n’ai pas oublié de ramener les bandes à AIR. De là, elles pourraient être transportées par Malcolm Davies à Apple et par Harry Moss à EMI pour le mastering. (Au final, j’ai choisi l’enregistrement d’Harry parce qu’il avait la qualité sonore que je recherchais). Je me sentais presque mort d’avoir tant bossé toute cette journée, et celles d’après aussi d’ailleurs, mais j’ai fait les sessions avec Gerry Bron, et j’ai toutefois survécu à cette expérience.

« Band On The Run », crédité de Paul McCartney et des wings sorti au début décembre 1973, juste à temps pour le gros marché de noël. Ca a été un énorme succès, engendrant plusieurs hits, des critiques dithyrambiques, et des millions de disques vendus. Il a eu aussi le pouvoir incroyable de rester dans les charts britanniques deux ans et demi. Et sans doute, le plus important, il a redonné à Paul la crédibilité et le respect du public. Il a aussi gagné quelques grammys, incluant la meilleure performance vocale Pop et mon troisième prix pour le meilleur album en tant qu’ingénieur du son. Si quelqu’un à AIR était mécontent que je rejoigne l’équipe, il n’en a rien dit. Il n’y a rien qu’un studio aime plus que de pouvoir se vanter qu’un des siens aient un grammy sur sa cheminée.

Je pense que Paul a été un peu surpris par le succès de l’album, bien que je n’en fus pas surpris moi-même. Il avait été trainé dans la boue par les critiques pour ses deux précédents albums solo (Wild Life et Red Rose Speedway) et il était devenu un peu méfiant. Je sais que Paul était content de ce qu’on avait fait, mais il n’avais toutefois pas retrouvé pleine confiance. Même s’il pensait que quelque chose qu’il avait enregistré allait devenir un monstrueux hit, il n’en disait rien, se contentant d’attendre.

La saga de « Band on the run » est un triomphe de l’esprit contre l’adversité. C’était un rayon de soleil dans la carrière solo de Paul McCartney, et j’ai été honoré d’y avoir pris part. »

Informations complémentaires

Paul McCartney : chant, guitares, basse, batterie, piano, claviers, percussions
Linda McCartney : orgue, claviers, chant
Denny Laine : guitares, basse, claviers, percussions, chant

Autres musiciens
Howie Casey : saxophone
Ginger Baker : percussions
Remi Kabaka : percussions
Tony Visconti : orchestration
Ian and Trevor : chœurs

Enregistrement de septembre à octobre 1973 à Lagos Nigeria Nigeria et aux studios Abbey Road (Londres)

EUR 22,23 EUR 17,99
  • Record Label: Concord
  • Catalog#: 08880 7232564
  • Country Of Release: NLD
  • Year Of Release: 2010
  • Notes: 2Cd+1Dvd
Expédition sous 1 à 2 jours ouvrés

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