Un succès hors normes est-il une bénédiction ou une malédiction ? Peter Frampton maîtrise le sujet.
Son album Frampton Comes Alive fut de loin le disque le plus vendu de 1976. Il fit du Britannique à gueule d’ange une idole des filles et ruina sa réputation de musicien à prendre au sérieux. « J’ai ma part de responsabilité, je n’étais vraiment pas obligé de porter des pantalons de satin, » rit-il, aujourd’hui, au téléphone.
À 71 ans, le musicien installé à Nashville (Tennesse, États-Unis) sort un album instrumental de reprises, malicieusement intitulé Frampton Forgets the Words (Frampton oublie les paroles). De l’humour au troisième degré pour le porte-parole d’une maladie rare (la myosite à inclusions) qui n’attaque pas la mémoire mais les muscles fléchisseurs des doigts.
Guitariste de David Bowie
« Je ne sais pas pendant combien de temps je pourrai encore jouer de la guitare. J’avais entamé fin 2019 ma tournée d’adieu… stoppée par le Covid. Je viendrais dès que possible en Europe », assure cet incurable optimiste.
Frampton a survécu à un terrible accident de voiture, à un manager escroc, à trois mariages… « Quand je suis à terre, ma nature est de me relever, de secouer la poussière et de recommencer. Je ne sais pas abandonner », dit-il.
À l’écoute de l’album (ou en regardant les vidéos des concerts), la fluide virtuosité du guitariste ne semble pas entamée. Mais forcément, les pistes de ce disque ont été choisies avec un soin tout particulier. « Il devrait y avoir un titre de George Harrison et un de David Bowie », confirme-t-il.
À 20 ans, Peter Frampton tenait une des guitares d’Isn’t it a Pity sur All Things Must Pass (1970) de George Harrison, l’album qui a imposé l’ex-Beatles en solo. « Et j’ai tellement de fois joué Loving the Alien en tournée avec David (Bowie). »
Les deux hommes, originaires de la même banlieue de Londres, se connaissaient depuis l’adolescence. Quand Bowie l’invite sur l’album Never Let Me Down (1987) et sur la tournée Glass Spider, « il m’a redonné ma crédibilité » reconnaît sans peine Frampton.
Avalon, son titre préféré
S’il reprend également du Stevie Wonder, du Lenny Kravitz et du Radiohead, son titre favori est Avalon, de Roxy Music : « Le morceau et le disque parfait. Celui que j’utilise toujours pour tester de nouvelles enceintes dans mon studio d’enregistrement. »
Après avoir sorti sa biographie en octobre (Do You Feel Like I Do, non traduit), Peter Frampton attend qu’on puisse baisser le masque pour finaliser un documentaire sur sa carrière. Qu’on se rappelle qu’il n’est pas l’homme d’un seul disque.
« Finalement, Frampton Comes Alive est bien la bénédiction ultime. Il y a encore des gamins de 12 ans qui m’envoient des messages après avoir entendu cet album pour la première fois… »














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