John Lennon : interview pour Rolling Stone 1975

Q: A quoi ressemble votre vie maintenant?

J: Et bien la vie… On est en 75 n’est-ce pas? Et bien, je viens de régler le contentieux Beatles. Ca a du se produire le mois dernier. Cela à pris 3 ans (Pause). Et aujourd’hui alors qu’on discute, je pense que je suis revenu à cela. Ces trois derniers jours. Mais quand cet article sortira je ne sais pas… C’est un grand changement. Peut être est-ce pour ça que je dors bizarrement? Comme le dis un ami, je suis parti chercher un café et des journaux et je ne suis pas rentré (rires) ou le contraire. C’est toujours ainsi, tu sais. Pour tout le monde.

Ca n’est jamais tout simple.

Q: Que s’est-il passé entre vous et Yoko ? Qui a rompu, et comment vous êtes vous remis ensembles ensuite ?

J: Et bien ça n’est pas une question de « qui a rompu ». Nous nous sommes séparés. Et pourquoi nous sommes nous remis ensembles? (il emploi un ton pompeux) « Nous nous sommes remis ensembles parce que c’était diplomatiquement viable… ». Allons ! Nous nous sommes remis ensembles parce que nous nous aimons.

Q: J’ai adoré votre déclaration: « La séparation n’a pas fonctionnée ».

J: C’est ça. Cela n’a pas marché. Et la réaction à la rupture fut toute cette folie. J’étais comme un poulet sans tête.

Q: Quel a été l’arrangement final, à propos des Beatles ?

J: En un mot, chacun à reçu sa propre part d’argent. Même jusqu’à cette année, jusqu’à la signature de l’arrangement, tout l’argent allait dans un seul pot. Tout les gains individuels, les miens, ceux de Ringo, ceux de Paul – tout dans le même pot. L’argent entrait dans cette grosse machinerie, et ensuite nous revenait, à la fin. Alors maintenant, même les vieilles royalties Beatles, tout arrive dans 4 comptes séparés au lieu d’un seul. Voilà. Tout le monde a dit que les Beatles ayant signé ce papier, il ne sont plus liés. C’est des conneries. Nous avons toujours cette chose appelée Apple. Qui est, en quelque sorte, une banque. Une banque dans laquelle va l’argent. Mais il y a toujours l’entité appelée Beatles. Le produit, le nom, la chose Apple elle-même, qui existent toujours, et nous avons toujours besoin de communiquer à ce propos et prendre des décisions et décider qui va diriger Apple. Ca n’est pas aussi clair et net que les journaux le disent.

Q: A quoi ressemble votre vie maintenant?

J: Et bien la vie… On est en 75 n’est-ce pas? Et bien, je viens de régler le contentieux Beatles. Ca a du se produire le mois dernier. Cela à pris 3 ans (Pause). Et aujourd’hui alors qu’on discute, je pense que je suis revenu à cela. Ces trois derniers jours. Mais quand cet article sortira je ne sais pas… C’est un grand changement. Peut être est-ce pour ça que je dors bizarrement? Comme le dis un ami, je suis parti chercher un café et des journaux et je ne suis pas rentré (rires) ou le contraire. C’est toujours ainsi, tu sais. Pour tout le monde.

Ca n’est jamais tout simple.

Q: Que s’est-il passé entre vous et Yoko ? Qui a rompu, et comment vous êtes vous remis ensembles ensuite ?

J: Et bien ça n’est pas une question de « qui a rompu ». Nous nous sommes séparés. Et pourquoi nous sommes nous remis ensembles? (il emploi un ton pompeux) « Nous nous sommes remis ensembles parce que c’était diplomatiquement viable… ». Allons ! Nous nous sommes remis ensembles parce que nous nous aimons.

Q: J’ai adoré votre déclaration: « La séparation n’a pas fonctionnée ».

J: C’est ça. Cela n’a pas marché. Et la réaction à la rupture fut toute cette folie. J’étais comme un poulet sans tête.

Q: Quel a été l’arrangement final, à propos des Beatles ?

J: En un mot, chacun à reçu sa propre part d’argent. Même jusqu’à cette année, jusqu’à la signature de l’arrangement, tout l’argent allait dans un seul pot. Tout les gains individuels, les miens, ceux de Ringo, ceux de Paul – tout dans le même pot. L’argent entrait dans cette grosse machinerie, et ensuite nous revenait, à la fin. Alors maintenant, même les vieilles royalties Beatles, tout arrive dans 4 comptes séparés au lieu d’un seul. Voilà. Tout le monde a dit que les Beatles ayant signé ce papier, il ne sont plus liés. C’est des conneries. Nous avons toujours cette chose appelée Apple. Qui est, en quelque sorte, une banque. Une banque dans laquelle va l’argent. Mais il y a toujours l’entité appelée Beatles. Le produit, le nom, la chose Apple elle-même, qui existent toujours, et nous avons toujours besoin de communiquer à ce propos et prendre des décisions et décider qui va diriger Apple. Ca n’est pas aussi clair et net que les journaux le disent.

Q: Est-ce que les vieux enregistrements Beatles vont toujours dans un pot ?

J: Aucun de nous ne peux dire à EMI: « Voici un nouveau produit Beatles ». Il faut toujours que l’on soit tous les 4 d’accords. Mais c’est ainsi que l’on à décidé, de toute façon.

Q: Il y a toujours une bonne entente entre vous ?

J: Ouais, ouais. J’ai parlé à Ringo et George hier. Je n’ai pas parlé à Paul parceque je me suis endormi. George et Paul se parlent à LA maintenant. Il n’y a rien entre eux. C’est dans la tête des gens.

Q: Vous êtes allé à un concert de George, qu’avez vous pensé de sa tournée ?

J: Ce n’est pas la plus grande chose de l’histoire. Il est passé par une espèce de traversée du désert. C’était sûrement à son tour de se faire critiquer. Quand on était tous ensembles, il y avait des phases où les Beatles étaient In, puis ils étaient Out, quoi que nous fassions. Maintenant c’est toujours soit les Beatles étaient grands, soit les Beatles étaient nuls, selon l’opinion des gens. Il y a comme une illusion à ce sujet. Mais le fait est que les Beatles furent grands pendant 8 mois, et les Beatles furent nuls pendant 8 mois. Le public, et aussi les médias, sont parfois comme des moutons et si la roue tourne, et bien quelqu’un est in ou quelqu’un est out. George est out pour l’instant. Et je pense que cela n’a rien à voir avoir ce qu’il a fait en tournée.

Q: George a dit à Rolling Stone que si on voulait les Beatles, il fallait écouter les Wings. Ca a beaucoup déçu.

J: Je ne voit pas ce que George a voulu dire, alors je ne peut pas commenter. (pause) ‘Band on the run’ est un super album. Wings est un groupe presque aussi conceptuel que le Plastic Ono Band. Plastic Ono était un groupe conceptuel, ce qui veux dire que quiconque venait jouer entrait dans le groupe. Et les Wings changent tout le temps de line-up. C’est conceptuel. Je veux dire, ce sont des accompagnateurs pour Paul. On se fiche de qui joue. On peut tous les appeler des Wings, mais c’est la musique de Paul McCartney. Et c’est de la bonne musique.

C’est du bon Paul et je ne voit pas le rapport.

Q: Que pensez-vous du travail de Ringo avec Richard Perry?

J: Je pense que c’est super. Perry est super, Ringo est super, je pense que la combinaison marche bien et regardez comme ils ont réussis. Il n’y a pas de grincheux quand vous êtes numéros 1.

Q: George a dit lors d’une conférence de presse qu’il pouvait encore jouer avec vous, mais plus avec Paul. Vous en pensez quoi?

J: je pourrais jouer avec chacun d’eux. George a dit ça, mais il changera probablement d’avis d’ici Vendredi. Bous savez, nous sommes tous humains. On peut tous changer d’avis. Alors je ne considère pas mes déclarations ou les leurs comme argent comptant. Et si on se met ensemble, les journaux l’apprendront après coup. Si on doit jouer, on va juste jouer.

Q: Avec le recul, que pensez vous de toute l’affaire « Lennon remembers » ?

J: Et bien, les autres ont eu une réaction public. Ringo a fait un commentaire marrant, que j’ai oublié, quelque chose du genre: « Tu es allez trop loin cette fois, Johnnie. » Paul a dit (il prend une voix pédante) « Et bien c’est son problème ». Je ne me souviens plus de la réaction de George. Ce que je veux dire, c’est que je m’en moque. Ils étaient avec moi pendant 15 ou 20 ans, ils savent très bien comment je suis. Ca a juste été dans la presse. Je veux dire, je me connais. Je n’ai pas honte du tout. Je n’aime pas beaucoup blesser les gens, mais Jann Wenner m’a questionné alors que j’étais toujours en thérapie et on ne joue pas avec ça. Vous êtes à vif. C’est comme si on m’avait mis dans un trip acide. Les choses ressortent. J’ai eu les deux types de réactions suite à cet article. Beaucoup de gens pensait que j’avais vu juste. La seule chose qui m’énervait, c’était que Jann tenait à en faire un livre.

Q: « Walls and bridges » a une certaine ambiance nostalgique. Etait-ce voulu?

J: Non. euh… Disons que cette année a été extraordinaire pour moi. Et je suis presque étonné d’avoir réussi à sortir quelque chose. Mais j’ai adoré faire « Walls and bridges » et ça n’a pas été difficile de tout amener en studio pour le faire. Je suis surpris que tout ne soit pas parti en bluuuuuuggggghhhhhhh. (pause) J’ai vécu une année très particulière. Et… ….je suis juste heureux que quelque chose en soit sorti. Cela décrit cette année, en quelque sorte, mais ça n’est pas aussi schizophrène que l’année elle-même fut. Je pense que le choc a été tellement dur cette année que l’impact n’est pas encore dissipé. Ca n’apparaît pas sur Walls and Bridges. Il y en a quelques traces. Cela est dû à l’âge et à Dieu sait quoi d’autre ! Mais seule la surface a été abordé sur Walls and bridges, vous savez ?

Q: Que s’est-il passé exactement cette nuit au Troubadour quand vous avez harcelé les Smothers Brothers, et que vous vous êtes baladé avec un Kotex (NdT: un tampax) sur le front, en demandant à la serveuse: « Vous savez qui je suis? »

J: Ah vous voulez du juteux ?… Si jamais j’ai vraiment dit « Vous savez qui je suis? », alors je l’ai dit à la manière d’une plaisanterie. Parce que je sais qui je suis, et je sais qu’elle savait, parce que j’avais un Kotex sur la tête, n’est-ce pas? J’ai ramassé un Kotex dans les toilettes du restaurant, il était propre, et juste pour déconner je suis revenu à table avec le tampon sur mon front. Et comme il est resté accroché grâce à la sueur, il est resté. Jusqu’à ce qu’il tombe. Et la serveuse à dit: « Oui, vous êtes un con avec un Kotex sur la tête. » Et je trouve ça très pertinent. Et puis alors ? L’histoire avec Tommy Smothers, c’était une autre nuit, et on en a déjà tellement parlé. C’était la première fois que je buvais du Brandy Alexanders, et la dernière (rires). Et j’étais avec Harry Nilsson, ce qui n’arrangeait rien. (rires).

Q: Quelle a été votre relation avec Nilsson ? Certains critiques disent que vous l’avez méchamment influencé, parfois même assez gravement

J: Oh c’est des conneries.

Q: …et aussi qu’il vous a influencé.

J: C’est des conneries aussi. Je n’ai pas été influencé par Harry, j’ai juste eu un tas de gueules de bois quand je traînais avec lui. (rires). Je l’adore. C’est un type super, et je le considère comme un de mes amis. Il ne m’a pas influencé musicalement. Et il y a une fausse impression à propos de ma production sur son album. Comme quoi il aurait essayé de m’imiter sur son album.

Q: Vous voulez dire qu’il est entré dans une phase « cri primal » ?

J: C’est ça. Ce sont de vrais moutons, des vrais gamins, à essayer de mettre une étiquette sur tout. Ils utilisent des expressions comme « cri primal » dés qu’il y a un cri. J’ouvre une parenthèse: « Yoko criait déjà bien avant qu’on entende parler de Janov–c’était son truc,

d’utiliser la voix comme un instrument. Elle criait déjà alors que Janov se branlait encore avec Freud. Mais de nos jours, dés qu’il y a un cri, on parle de « cri primal ». Je sais de quoi ils parlent. Le cri puissant qu’Harry pousse à la fin de ‘Many rivers to cross’ dans l’album que j’ai produit pour lui (Pussy cats). Ce cri est là, tout simplement parce que quand vous arrivez à un certain point avec votre voix, vous ne pouvez faire autre chose. Est-ce que Little Richard poussait un « cri primal » avant chaque solo de sax ? C’est ce que je voudrais savoir. Est-ce que mes imitations de Little Richard que j’ai mis sur chaque disque des Beatles avant les solos – on l’a tous fait, « aaaaarrrrggggghhhhh’ ! C’était des cris primaux ?

Q: Richard Perry vous a décrit comme un super producteur, mais peut être un peu trop préssé.

J: C’est vrai. (rires).

Q: Mais pourtant, quand vous faisiez les disques des Beatles, vous étiez lent et soigneux?

J: Non. Je n’ai jamais été lent et soigneux. J’ai produit « I am the walrus » à la même vitesse que « Whatever gets you thru the night ». Je pourrais être soigneux sur des détails, comme je le suis maintenant. Si il y a une chose qui parfois se met en travers de mon talent, c’est que je me lasse très rapidement si les choses ne vont pas assez vite. Mais « I am the walrus » sonne vraiment comme une excellente production. « Strwaberry fields » sonne comme une ENORME production. Mais je l’ai fait le plus vite possible, pour ne pas perdre a) le feeling et b) le but que je m’étais fixé. Le morceau sur lequel j’ai passé le plus de temps, c’est « Revolution 9″, et c’était un morceau abstrait avec plein de boucles de bande magnétique et des choses comme ça. Je l’ai pourtant fait en une seule session. Mais j’accepte les critiques. Mais je ne veut pas être soigneux au point que cela devienne ennuyeux. Mais je devrais (pause) parfois réfléchir un peu plus. Peut-être. Mais d’un autre coté, je pourrais dire de Richard Perry qu’il est cool, mais trop soigneux. Ca devient trop lisse, et quelque part j’aimerais aussi faire cela. Je découvre plein de truc tout le temps.

Q: Qui aimeriez-vous produire ? Dylan ?

J: Dylan serait intéressant car ‘Blood on the tracks’ est un super album. Mais je n’aime pas trop l’accompagnement. Je pense que je pourrais bien le produire. Et Presley. J’aimerais bien ressusciter Elvis, mais j’aurais tellement peur de lui que je ne sais pas si je pourrais le faire. Mais j’aimerais. Dylan je pourrais, mais Presley me rendrait nerveux. Je sais ce que je ferais avec Presley: un disque de rock’n’roll. Dylan n’a pas besoin de chansons. J’aurais juste à lui apporter un bon accompagnement. Alors si tu lis ça, Bob, tu sais…

Q: Elton John a ressuscité ‘lucy in the sky with diamonds ». Que pensez-vous de lui en tant qu’artiste ?

J: Elton s’est pointé aux sessions de ‘Walls and bridges’ et s’est mis a jouer du piano, et a finit par faire « Whatever gets you thru the night » avec moi. Ce qui fut un grand coup de trip. J’en avais fait les 3/4 « et maintenant on fait quoi ? Est-ce qu’on met un chameau ou un xylophone dessus? » Ce genre de choses. Et il est venu et à dit « hey je vais jouer du piano! ». Et j’ai appris qu’il faisait « Lucy », et un ami m’a dit – car il est très timide – « Veux-tu bien venir quand il enregistre Lucy ? Pas obligé de jouer, juste venir ? ». Alors j’y suis allé. Et j’ai finit par chanter sur le refrain, et j’ai fait la partie reggae au milieu. Et ensuite, toujours par l’intermédiaire d’un ami, il m’a demandé si je voulais bien le jouer sur scène avec lui, au cas où il devenait numéro 1 ? Et j’ai dis « oui bien sûr », tout en croyant qu’il ne serait jamais numéro 1. Al COury ou pas Al Coury, le type de la promo de Capitol. Et me voilà, sur scène.

Q: J’ai lu quelque part que vous étiez très ému par cette prestation.

J: J’étais très ému, mais tout le monde était en larmes. J’ai culpabilisé parce que je n’ai pas pleuré. Je suis monté sur scène et j’ai fait deux trois trucs. Mais ce qui était émouvant, c’était moi et Elton sur scène ensemble. Elton travaillait dans le bureau de Dick James quand nous envoyons nos démos, et il y a une longue relation musicale avec Elton dont bien peu de gens sont au courant. Il y a cette espèce de chose Beatles en lui depuis cette époque. Il prenait les démos pour les écouter chez lui et… …bref, ça voulait dire beaucoup pour moi, et ça voulait dire beaucoup pour Elton, et il pleurait. C’était une super soirée, vraiment une super soirée… Yoko et moi nous sommes vu backstage. Et quelqu’un a dit: « Et bien en voilà deux qui s’aiment ». C’était avant qu’on se remette ensemble. Mais c’est sûrement là qu’on a ressentit quelque chose. C’était très bizarre. Elle est venu backstage et je ne le savais pas, car si je l’avais su, j’aurais était trop nerveux pour y aller. Mais elle est venue backstage, et c’était comme dans les films, quand le temps s’arrête. Et il y eu le silence et on s’est regardé et…. et salut ! je savais qu’elle avait envoyée une fleur à Elton et à moi, et on les a portée sur scène, mais je ne savais pas qu’elle était là, et tout le monde tournait autour de nous: flash, flash, flash. Mais il y eu ce moment de silence. Et quelqu’un m’as dit aprés: « Un ami à moi vous a vu backstage et a pensé: s’il y en a deux qui s’aiment, c’est ces deux là ». Et je me suis dis, c’est marrant que quelqu’un ait remarqué… Alors c’était une super nuit.

Q: Il semble qu’il y ait beaucoup de générosité entre les artistes, de nos jours.

J: C’était déjà là avant. C’est plus dur, quand tu crées, d’être généreux, car il y a beaucoup de compétition. Mais une fois que vous y êtes arrivé…. Les journaux rock adorent écrire sur les rock-star de la jet-set, et on adore ça aussi. La vérité c’est que je vois Mick, je vois Paul, je vois Elton, ils sont tous mes contemporains et je connais les autres Beatles depuis longtemps, et Mick depuis dix ans, et on se fréquente depuis Rock Dreams. Et soudain, on peut lire: « ils sont allé ici, et ici, et ici,… » et on a l’impression qu’on essaye de reformer un club. Mais on a toujours été un club. ON s’est toujours connu. Ca a juste l’air un eu plus théâtral dans les journaux.

Q: Comment vous situez vous dans ce qu’on peut appeler les rock stars des seventies ? Etes-vous un Oncle, un Père, un ancien combattant ?

J: Ca dépend qui. Si c’est Mick, ou la Vieille Garde comme je les appelle, alors ouais, c’est la Vieille Garde. Elton et David sont les nouveaux. Je ne me sens pas comme un vieil oncle, mon cher, car je ne suis pas tellement plus vieux que la moitié d’entre eux, hé hé. Mais… oui je m’intéresse aux nouveaux. Je m’intéresse aux nouveaux en Amérique, mais je prend mon pied avec les nouveaux Anglais. Je me rappelle avoir entendu « Your song » d’Elton John, aux Etats-unis – c’était l’un des premiers hits d’Elton – et j’avais pensé: « Super, c’est la première chose vraiment nouvelle depuis nous ». C’était un pas en avant. Quelque chose dans sa voix était comme une amélioration de tout ce qui avait été chanté en Angleterre jusque là. Ca m’a bien plu. Et j’ai adoré aussi Bowie, sans même l’entendre. J’ai eu cette sensation au vu des images que j’ai vu de lui. Ca se sentait.

Q: Considérez-vous New York comme votre « chez vous » maintenant ?

J: Oui. Je n’ai jamais été aussi longtemps loin de l’Angleterre. J’ai pratiquement vécu autant ici qu’à Londres. J’ai été à Londres de 64 à 67, car c’était la Beatlemania et on a finit comme la plus part des rock star, par vivre à une heure de Londres, dans la campagne. Parce qu’il était devenu impossible de vivre à Londres, car les gens vous collaient au cul. Alors j’ai vécu à New York plus longtemps qu’à Londres.

Q: Dans le cas de votre immigration, une des raisons pour laquelle vous êtes resté si longtemps ici, c’est parce que si vous étiez parti, ils ne vous auraient pas laissé revenir ?

J: Tu m’étonnes. En aucun cas ils m’auraient laissé revenir. Et… ça valait la peine, pour moi. Je pourrais rester, sans partir, encore dix ans de plus, si c’est ce qu’ils veulent. Je gagne assez pour continuer à les payer. Mais c’est vraiment du chantage. je paye pour rester. Ca me coûte environ un demi-million de dollars, et j’ai travaillé très dur pour cela. Je veux dire, je reste assis sur mes fesses, et j’ai du payer un demi-million de dollars pour ça. Alors je les payes pour qu’ils puissent m’attaquer et m’occuper et me harceler, d’un coté, et d’un autre coté je dois payer mes propres avocats. Des gens pensent que je ne suis là que pour me faire des dollars. Mais je n’ai pas besoin de venir ici pour me faire des dollars. Je pourrais me faire des dollars en restant assis dans un studio à Hong-Kong. Où que je sois, l’argent me suit. L’argent viendra d’Amérique, qu’ils le veulent ou pas.

Q: Oui. Et le gouvernement ne peut pas décider que John Lennon gagne de l’argent. C’est les gens qui achètent les disques qui le décide.

J: L’implication est que John Lennon a voulu venir au pays du lait et du miel (NdT: Milk and honey 🙂 ) parce que c’est plus facile de prendre l’argent, au lieu d’attendre qu’il arrive jusqu’en Angleterre, ou au Brésil, où n’importe où, je ressent cette implication. Ca ne me dérange   pas de payer des taxes. Ca ne m’a jamais dérangé. Je n’aime pas qu’ils utilisent mon argent pour faire des bombes et tout ça, mais je ne pourrais jamais faire comme Joan Baez. Je n’en ai pas le courage. Je ne me suis jamais plaint en Angleterre non plus. Je suis fatigué de me fatiguer à lutter contre les taxes. Les taxes sont exactement ce qu’elles ont l’air d’être, et on ne peut rien y faire, à moins d’en faire une croisade. Et je suis fatigué de partir en croisade, parce que je finit toujours par me faire épingler avant même de commencer. Ils me chopent alors que je suis dans la queue: « oh il y a une croisade, je pourrais y participer…. » et ils m’attrapent avant même que je fasse quoi que ce soit.

Q: Vous avez traversé une période d’engagement pour des causes radicales. Puis, vous êtes revenus de façon plus simple vers votre art. Que s’est-il passé ?

J: Je vais vous dire exactement ce qui s’est passé. Je suis descendu du bateau, enfin c’était un avion qui atterrit à New York, et les premières personnes que je rencontre sont Jerry rubin et Abbie Hoffman. Aussi simple que ça. Ces deux types connus aux Etats-Unis qui me disent: « Hé ! Comment va ? Ca gaze? » et puis me voilà en train de militer pour John Sinclair, et d’autres choses. Je suis très malléable, comme artiste, vous savez. C’est comme si ils m’avaient accueilli en bas de l’avion, et une minute après je suis engagé.

Q: Comment tout cela a-t-il affecté votre travail?

J: Ca l’a presque détruit, en fait. C’est devenu du journalisme et plus de la poésie. Et je me sens au départ comme un poète. Même si je chante « ba-deeble, eedle, eedle, it, da-deedle, deedle, it.’ Je ne suis pas un poète de la forme. Je n’ai aucune éducation, et donc j’écrit de la forme la plus simple possible. Et au bout d’un moment – et pas seulement parce que j’ai rencontré Jerry Rubin – ça devenait un point culminant. Je me suis rendu compte que nous étions des poètes, mais en fait des poètes populaires, et le rock’n’roll, c’est la poésie du peuple – j’ai toujours cru à ça. Le rock’n’roll, c’est la musique des gens. Alors je me suis mis à prendre ça au sérieux, à un autre niveau:

« Je reflète bien ce qui se passe là, n’est-ce pas? ». ALors j’ai fait des efforts pour refléter ce qui se passe. Et bien ça ne fonctionne pas. Pas pour la pop music. Ca n’a pas de sens. On en arrive à ne plus pouvoir parler des arbres, parce que il faut parler de la « corruption qui a lieu dans le 44ème Rue »!

A un moment donné je me suis dit que j’allais arrêter de penser à mon âge. Je veux dire, on connaît tous ces types qui prennent un boulot après avoir quitté l’école, un boulot « normal », ils ont tous l’airs d’être vieux au bout de six semaines. Vous les rencontrez et ils vous disent: « ouais ben je me suis calmé maintenant ». ALors je ne veux jamais me poser. Je veux continuer à être immature. Et je pense que si je continue à me frapper la tête contre le mur ça m’empêchera de vieillir « mentalement ». En continuant à créer, consciemment ou inconsciemment, des situations extraordinaires qu’on l’on finit par écrire en chansons. Mais peut être que cela n’a rien à voir. Je rumine encore cela. Par rapport à l’année dernière. Peut être c’était juste ça: j’essayais encore d’éviter quelque chose, mais je m’y prenait mal. Peut être c’est dû à l’âge.

Q: Peut être que c’est ça « grandir » ?

J: je ne veut pas grandir, mais je suis malade de ne pas grandir. Je vais trouver une autre façon de grandir. Il y a d’autres moyens que de soumettre votre corps à la torture, ou votre esprit. Culpabiliser ! c’est tellement idiot. Et ça me rend furieux d’être idiot car je n’aime pas les gens stupides. Et me voilà, en train de faire les choses les plus stupides… C’est comme si je faisais les choses que je déteste le plus. Tout ça pourquoi ? Pour éviter d’être normal. J’ai très peur de la normalité. Vous savez, ceux qui réussissent leurs examens, ceux qui ont un boulot, ceux qui ne sont pas devenus des rock’n’rolleurs, ceux sui se sont rangés, qui se sont rangés ! C’est ce que j’essaye d’éviter. Mais j’en ai marre de l’éviter en étant violent, vous comprenez ? Je dois trouver un autre moyen. Je pense que j’y arriverais. Je pense que le simple fait d’en être conscient est déjà un pas en avant. « Vivant en 1975 » est ma nouvelle devise. J’ai décidé de vivre. Je l’avais déjà décidé avant, mais je ne comprenais pas ce que cela voulait dire. Cela à pris tant d’années…

Q: Vous vous voyez encore artiste à 50 ou 60 ans ?

J: Je ne me vois jamais ne pas être un artiste. Je pense qu’un artiste n’est jamais à sec. J’ai toujours cette idée d’avoir 60 ans et d’écrire des livres pour enfants. Je ne sais pas pourquoi. Ce serait drôle pour quelqu’un qui n’a pas grand chose à voir avec les enfants. J’ai toujours eu l’envie de donner ce que « Wind in the willows » et « Alice au pays des merveilles » et « L’île au trésor » m’ont donné à 7 et 8 ans. Les livres qui m’ont vraiment ouverts.

Q: Y-a-t-il encore quelque chose à dire à propos du problème d’immigration ?

J: Les gens en ont marre d’entendre parler des problèmes d’immigration de Lennon. J’en ai marre aussi. La seule chose intéressante est quand je lis ces articles qui ne sont pas à propos de moi. J’apprend des choses. Je ne savais pas pour Strom Thurmond. Je n’en avais aucune idée – je veux dire je savais que quelque chose se passait, mais je ne connaissais pas les noms. Je suis dans une position ou je ne peut rien faire. C’est juste… …dingue. Terry Southern à une manière de dire cela. Il dit: « Regarde, tu les rends tous heureux. Les conservateurs sont heureux car ils font quelque chose à propos de toi, et les libéraux sont heureux car ils ne t’ont pas viré. Alors tous le monde est content!. Sauf toi ! (rires) ». Je suis content d’être toujours là. Et je ne partirai pas. Ils ne pourront pas me chasser. Aucun moyen. Alors je suis obligé de continuer à payer. C’est ridicule. Ca dépasse l’entendement.

Q: Alors rien n’a changé depuis le départ de Nixon ?

J: Je ne suis pas à l’aise à parler des politiciens. Ils m’ont rendus méfiants. Mais c’est peu illusoire de croire que parce que le vieux Nick est parti les choses vont changer. Si cela a changé, prouvez-le moi.

Q: Est-ce que vos problèmes d’immigration vous gênent dans votre travail ?

J: Ca a été le cas. Il ne faut pas le nier. En 72 ça me prenait vraiment la tête. Non seulement je devais apparaître physiquement dans les tribunaux, mais c’était comme une rage de dent qui ne voulait pas s’en aller. Maintenant je l’accepte. J’ai une rage de dent permanente. Mais il y eu un moment où je ne pouvait plus fonctionner. J’étais devenu parano avec ces histoires d’écoutes téléphoniques. Comment pouvais-je prouver qu’il y avait ces écoutes ?. A un moment j’étais avec ce groupe Elephant Memory, et j’étais prêt à aller en tournée. Je voulais le

faire pour le fun, pas pour l’argent. C’était l’époque où j’apparaissait à l’Apollo avec une guitare pour le concert au bénéfice des proches de l’Attica, où bien sur la scène de soutien à John Sinclair. Je voulais partir en tournée et faire de la musique. Et n’importe quelle excuse – charité ou pas – était bonne. Mais ils n’arrêtaient pas de me rappeler au tribunal ! Le groupe attendait, mais j’ai finit par leur dire: « Hey, vous feriez mieux de reprendre vos vies respectives. » Maintenant, la chose que j’ai le moins envie de faire, c’est de jouer en concert. C’est un résultat direct de ce problème d’immigration. En 71 et 72, je voulais monter sur scène et m’éclater et depuis j’ai arrêté.

Q: Avez-vous pris la décision délibérée de ne plus partir en tournée ?

J: Non. J’ai arrêté de prendre des décisions délibérées. Je change d’idée souvent. Mon idée du paradis n’est pas de partir en tournée.

Q: Serez-vous un jour libéré du fait que vous avez été un Beatle ?

J: Je m’y suis habitué au fait que quoi que je fasse, ça sera comparé aux Beatles. Si je me mets à faire de la danse de ballet, ma manière de danser sera comparée à celle de Paul. Alors il faut vivre avec. Mais j’ai appris une leçon importante cette année. Je ne dois plus laisser le Top Ten dominer mon art. Si mon seul souhait est d’être dans le Top Ten, je ferais mieux d’arrêter tout de suite. Maintenant je pense au long terme. Je suis un artiste. Je dois m’exprimer. Je ne peux pas être dominé par des disques d’or. Comme je l’ai dis, j’ai 34 ans et je vise les 60. L’art est plus important que les choses, et je dois parfois me le rappeler. Car il y a un danger, pou nous tous, pour quiconque celui d’être accros à l’amour et… Dans mon business, ça se traduit par le Top Ten.

Q: Alors cette année, dans un sens, fut une année pour décider si vous êtes un artiste ou une pop star ?

J: Ouais. Qu’est-ce que je fais ? Pendant ce temps, je bossais quand même. Mais en pensées, c’était ça: Que veux-tu être ? Que cherches-tu ? Et c’est cela. Je suis un artiste, mec, pas un putain de cheval de course.

johninte1975

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