Rock ‘n’ Roll – John Lennon : les secrets de l’album (paroles, tablature)

Rock 'n' Roll - John Lennon : les secrets de l'album (paroles, tablature)

Informations sur l’album

  • Pays : Angleterre
  • Support : 33 Tours
  • Label : Apple
  • Numéro de série : PCS 7169
  • Mixage : Mono
  • Date de publication : 21/02/1975

Track-listing de l’album

Description de l’album

Il ne fait aucun doute que pour John Lennon, l’année 1975 reste une année charnière de sa vie, on peut même dire la dernière du genre. Tout d’abord, depuis le dernier jour de 1974, l’entité Beatles est légalement dissoute, désormais, les Beatles n’existent plus officiellement et la possibilité d’une reformation du groupe se minimise de plus en plus.

C’est aussi au début de cette année 1975 qu’après plus de 18 mois passés loin l’un de l’autre, de par son exil forcé des « Lost Week-end », John est de nouveau admis au Dakota, et aux côtés de Yoko. Son retour au Dakota est suivi de l’annonce quelques mois plus tard de la grossesse de Yoko. Depuis qu’elle connaissait John, toutes ses grossesses avaient échouées. Cette fois, ils décidèrent de créer les meilleures conditions pour que le bébé puisse naître normalement en suivant un régime draconien aussi bien au niveau alimentaire qu’au niveau de l’alcool, des drogues et de la cigarette. De plus, Lennon de manière très intentionnée, décide de rester en permanence auprès de Yoko durant la période de sa grossesse et ainsi il décide de suspendre jusqu’à nouvel ordre sa carrière musicale.

Le début de cette année 1975 est marqué par les derniers actes de présence musicale de Lennon avant bien longtemps. Tout d’abord, à cette époque, la version de ‘Lucy In The Sky With Diamonds’ interprétée par Elton John dans laquelle John Lennon joue de la guitare est un franc succès de partout dans le monde.

Le 10 mars, David Bowie sort un album intitulé ‘Young American’, Lennon en a participé à l’enregistrement de deux titres, ‘Fame’ qu’ils ont composés ensemble et une reprise d’une ancienne chanson de John Lennon de l’époque des Beatles, ‘Across The Universe’.

Une semaine plus tard, c’est le batteur des Who, Keith Moon qui publie son album solo ‘Two Sides Of The Moon’ dans lequel Lennon ne figure pas mais pour lequel il a écrit et composé un titre ‘Move Over Mrs L’

Quant à John Lennon, il publie le 17 février 1975 son propre album ‘Rock N Roll’, album où ne figurent que des standards du Rock N Roll et dont l’enregistrement s’étale entre les années 1973 et 1974. La sortie de l’album est suivit de celle du single ‘Stand By Me’. Sur la face b de ce single il ajoute sa propre version de ‘Move Over Mrs L’ qui contrairement à ‘Stand By Me’ ne figure pas sur l’album.

Le 18 avril 1975, John Lennon donne sans le savoir la toute dernière prestation de sa vie devant un public lors de l’émission télévisé de la BBC, « Old Grey Whistle Test ». Il y interprète ‘Imagine’ et ‘Slippin’ And Slidin’. De plus une prestation de ‘Stand By Me’ ne fut pas retenue au montage de l’émission.

Ensuite, John Lennon commença à concevoir l’album suivant. A ce stade, le titre prévu pour cet album était ‘Beetween The Lines’, le studio était réservé tout comme les musiciens. Mais sa décision de se consacrer exclusivement a son épouse durant sa grossesse, mit fin au projet. Il n’existait apparemment que deux chansons à ce stade là, ‘Popcorn’ dont aucune trace n’est restée et ‘Tennessee’. A cette dernière chanson, on peut imaginer qu’il était un peu attaché car on sait que l’année suivante, en 1976, il continua à la perfectionner. Au delà de l’année 1976, il n’y eut pas de suite et ‘Tennessee’ ne fut jamais publiée officiellement mais Lennon en repris sa mélodie pour composer au début de l’année 1980 une chanson un peu plus élaborée, ‘memories’ qui elle aussi sera abandonnée sauf que l’introduction au piano d’une des versions démos de celle-ci est identique a celle de ‘Grow Old With Me’ qu’il a écrit quelques mois plus tard.

Histoire de combler l’absence de cet album annulé tout en respectant son contrat avec EMI, John Lennon publie une compilation ‘Shaved Fish’ reprenant tous les titres parus sur singles de sa carrière solo. Cet album voit le jour le 24 octobre 1975.

1975 est aussi pour Lennon l’année ou les menaces d’expulison des États-unis prennent fin. John et Yoko s’étaient installés en amerique en 1971 dans le but d’y rester. C’était surtout très important pour Yoko car c’était le seul moyen pour elle de garder le contact avec Kyoko la fille qu’elle avait eu d’un précédant mariage. Des le début, les services d’immigrations étaient sur leurs gardes à causes des antécédents de John en Grande Bretagne au niveau de la drogue et de certaines actions politiques jugées à l’époque extrémistes. Lennon aurait dut donc logiquement baisser le profil durant les premiers mois passés aux Etats-Unis mais c’est précisément l’inverse qui s’est produit, jamais Lennon n’a été autant engagé et actif que durant sa première année à New York c’est-à-dire entre 1971 et 1972. En 1972, les américains sont en pleine année électorale qui aboutira à la réélection du président Richard Nixon. Un des activistes de gauche les plus opposés à Nixon, Jerry Rubin qui était lié d’amitié avec Lennon avait songé organiser un grand concert rock à San Diego a l’issu duquel le public irait manifester en face de l’endroit où se tenait la convention du parti Républicain, le parti de Richard Nixon. Pour obtenir un très grand public il eut l’idée d’inviter John Lennon á chanter lors de ce concert. Lennon refusa mais Rubin, histoire de faire une grande publicité autour de ce show ne tint pas compte de ce refus et annonça la prestation de l’ex-Beatles à la presse. John Lennon commit la grave erreur de ne pas démentir l’information et c’est ainsi que les autorités américaines prirent la décision d’enclencher une procédure d’expulsion. Parallèlement, Lennon qui ne se doutait encore de rien demanda un prolongement de son visa de 6 mois qui par le miracle de l’incohérence de l’administration lui fut accordé dans un premier temps. Mais une fois l’absurde révélé à ceux qui étaient en charge du dossier, le visa de Lennon fut annulé et son expulsion des USA fut presque imminente à une époque où pour Yoko rester en Amérique était encore indispensable. Lennon réussit pendant 3 ans à faire repousser l’échéance de la décision finale.

En 1975, donc, cette possibilité d’expulsion était encore d’actualité même si John avait mis la politique de coté depuis bien longtemps. Et puis le 23 septembre l’avis d’expulsion de John Lennon des Etats Unis est suspendu au motif que Yoko Ono est enceinte et que son état ne lui permet pas de voyager. Ce fut certainement l’occasion de reconsidérer ce dossier étant donné qu’a cette époque, John Lennon ne dérangeait plus grand monde aux Etats-Unis. Ainsi, avant même l’accouchement de Yoko, John Lennon obtint l’autorisation de séjourner définitivement aux Etats-Unis. Cet heureux dénouement intervient le 7 octobre 1975 soit deux jours à peine avant la naissance du fils de John et Yoko.

Ainsi, le 9 octobre 1975, Yoko Ono offre pour le 35eme anniversaire de John, le plus beau présent du monde, un fils qui sera prénommé Sean.

Sean Taro Ono Lennon est le second fils de John. Très occupé par l’emploi du temps des Beatles, John ne s’était que très peu occupé de son premier fils Julian né en 1963. Il vit donc en la naissance de son second enfant, une véritable opportunité et décida que lors des premières années de Sean, il ne se consacrera qu’a lui.

Armé des décisions prises quelques mois auparavant, John suspend donc sa carrière, et se consacre pleinement à l’éducation de son fils, reclus dans son appartement du Dakota Building.

Il faudra attendre 5 ans pour que John Lennon fasse son retour dans le monde du show-business.

L’histoire de Rock’n Roll

L’album de John Lennon, ‘Rock ‘N’ Roll’ est sorti aux Etats-Unis le 17 février 1975 et en Grande Bretagne le 21 février 1975. Cet album, contrairement à l’habitude, ne contient aucune chanson composée par Lennon lui-même mais 13 standards classiques du Rock ‘N’ Roll, soit un vrai retour aux sources pour John Lennon qui interprète quelques tubes qui l’ont inspiré dans sa jeunesse. Ainsi, sur ce disque il rend hommage tour à tour à Chuck Berry, Fat Domino, Gene Vincent, Buddy Holly, Larry Williams et plein d’autres.

Mais cet album possède une vraie histoire à rebondissements qui va durer pas moins de seize mois entre le tout début des enregistrements de l’album et sa publication. Tout commence le 1er octobre 1973, lorsque John quitte son domicile conjugal du Dakota à New York et part s’installer à Los Angeles en compagnie de sa nouvelle amie May Pang.

Une fois arrivé, il entre aux studios A&M pour y commencer un nouvel album.

L’attitude de John Lennon est très différente qu’à l’habitude. Si sur tous les albums qui avaient précédés il avait agit comme un vrai producteur, cette fois, il est attendu au studio comme un simple interprète, son vieil ami et collaborateur Phil Spector ayant tout préparé à l’avance.

En compagnie d’une dizaine de musiciens et sous le commandement de Spector, Lennon démarre ces enregistrements avec la chanson de Larry Williams ‘Bony Moronie’ et dès le début les choses se passent plutôt mal. Les méthodes de Spector (wall of sound) ne semblent pas adaptés á la simplicité qu’envisage Lennon. De plus Phil Spector est dans un état psychologique on ne peut plus étrange, il est armé et accompagné d’un garde du corps. Et surtout, les deux mois que vont durer ces sessions seront marqués par l’alcool, Lennon et Spector arrivent régulièrement ivres au studio (comme on peut l’entendre sur les titres intitulés ‘Phil and John’ du coffret « Lennon Anthology ») ce qui va rendre les choses encore plus compliqués, on doit retravailler sans cesse sur les mêmes morceaux.

Et puis un soir de décembre 1973, tout dégénère, Phil Spector dans un moment de démence utilise son revolver et tire dans la direction du plafond. Les sessions de ‘Rock ‘N’ Roll’ sont suspendues. A ce stade, parmi les 11 titres commencés, seuls 9 sont complets, ‘Angel Baby’, ‘Bony Moronie’, ‘Sweet Little Sixteen’, ‘Here We Go Again’ (co-écrite par John Lennon), ‘To Know Her Is To Love Her’, ‘Be My Baby’, ‘Since My Baby Left Me’, ‘Just Because’ et ‘You Can’t Catch Me’. Et si comme tous ces problèmes ne suffisaient pas, Phil Spector prend possession des montagnes de bandes enregistrées et les cache en lieu sûr. Lorsque Lennon veut les récupérer, Spector refuse de les lui rendre, chose qui s’averre possible car il avait lui-même financé toutes ces sessions d’enregistrement.

Un peu traumatisé par tous ces événements, Lennon dans un premier temps renonce à la continuation de cet album et préfère passer à d’autres projets musicaux d’autant plus qu’après le succès du film ‘American Graffiti’, la vague nostalgique du rock ‘N’ Roll était passé et il sentait avoir loupé son occasion.

C’est la menace d’un procès qui va très rapidement réactualiser ‘Rock ‘N’ Roll’. En effet, un des plus haut placés à l’époque dans le business du Rock, Morris Levy qui est le propriétaire du catalogue « Big Seven Music », c’est-à-dire d’une bonne partie des chansons de Chuck Berry menace d’attaquer John Lennon pour plagiat en se basant sur certaines ressemblances entre la chanson des Beatles ‘Come Together’ et le tube de Berry ‘You Can’t Catch Me’. Yoko Ono, qui à ce moment-là n’était pas encore intéressée à ce que John revienne à New York pour assister au procès, réussit à étouffer l’affaire en promettant à Levy que John Lennon interprétera sur son prochain album trois titres du catalogue « Big Seven Music » et que ‘You Can’t Catch Me’ sera un des trois titres (et cette chanson fait précisément parti des titres déjà enregistrés lors des sessions avec Spector). Levy accepte le marché et pour le moment il n’y a pas de procès. (il faut tout de même préciser qu’officiellement Paul McCartney est autant responsable de ‘Come Together’ que John Lennon mais c’était à Lennon qui, contrairement à McCartney, résidait aux USA que Morris Lévy voulait s’en prendre). Parallèlement à cela, Capitol essaye de récupérer les bandes en question. Dans un premier temps ils accusent la maison de disque pour laquelle travaille Spector, la Warner, de violer le contrat d’exclusivité qui relie Capitol et Lennon. La Warner répond qu’elle n’a rien à voir avec cette histoire et décline toute responsabilité sur Spector. Ce dernier, sentant l’étau se refermer sur lui et n’ayant apparemment pas complètement perdu sa tête revend les enregistrements à Capitol pour 90 000 dollars et 3 pour cent de royalties sur les chansons qui seront utilisés.

Au début de l’été 1974, John Lennon était finalement rentré à New York avec May Pang et s’apprêtait à enregistrer un nouvel album, ‘Walls And Bridges’. C’est la veille de la première séance d’enregistrement pour cet album que John Lennon récupère enfin ses bandes mais à l’écoute de celles-ci, il est franchement déçu et l’envie d’en faire usage ou de se remettre à enregistrer des standards ‘Rock ‘N’ Roll’ ne le possède pas du tout. Ainsi le 26 septembre 1974, sort ‘Walls And Bridges’ dans lequel ne figurent ni ‘You Can’t Catch Me’ ni aucun titre appartenant à « Big Seven Music ». Pour Morris Levy, ‘Walls And Bridges’ est une déclaration de guerre!

Moins de deux semaines plus tard, Levy et Lennon décident de se rencontrer dans un restaurant New Yorkais. Lors de cette rencontre, l’homme d’affaire de John Lennon, Harold Seider propose 200 000 dollars de dédommagement à Morris Levy qui refuse prétextant que John Lennon lui a fait perdre bien plus d’argent jusque là. En revanche, Morris Levy fait une proposition assez surprenante à John Lennon, il lui propose de finir l’album ‘Rock ‘N’ Roll’ et de le publier sous le label Adam VIII qui est un label lui appartenant qui ne vend que par correspondance grâce à des publicités. Lennon qui n’avait jamais entendu parler de ce genre commercial est très séduit par l’idée car suite au succès trop relatif des albums précédents ‘Sometimes In New York City’ et ‘Mind Games’ ce serait enfin une belle occasion pour lui de traiter directement avec le public sans passer par les critiques et étant donné que son album serait le premier chez Adam VIII qui ne soit pas une compilation, il en redevenait précédents attractif. Les deux hommes se mettent d’accord pour sortir l’album pour les fêtes de Noël.

John Lennon reprend donc son projet en octobre 1974 sans autre producteur que lui-même et avec des musiciens avec lesquels il avait travaillé sur ‘Walls And Bridges’, c’est-à-dire Jesse Ed Davis,Eddie Mottau,Bobby Keys,Jim Keltner,Klaus Voormann,Arthur Jenkins et Ken Ascher, ainsi que quelques autres. Apres quelques répétitions lors d’un week end dans une maison de campagne appartenant à Morris Levy, ils entrent aux studios Record Plant de New York le 21 octobre. Cette fois, les sessions fonctionnent parfaitement et tres efficacement, ils bouclent en cinq jours, neuf titres supplémentaires, ‘Stand By Me’ qui sera la seule chanson de ‘Rock ‘N’ Roll’ qui sortira en single le 10 mars 1975, l’incontournable ‘Be-Bop-A-Lula’ de Gene Vincent, ‘Ain’t That A Shame’, ‘Do You Want To Dance’, ‘Slippin’ And Slidin », ‘Peggy Sue’, ‘Ya Ya’ ainsi que deux medleys, ‘Rip It Up / Ready Teddy’ et ‘Bring It On Home To Me / Send Me Some Lovin ». Parmis les 13 titres de ‘Rock ‘N’ Roll’, on retrouvera ces neuf titres, tandis que parmis les neuf titres enregistrés à Los Angeles un an auparavant, seuls quatre seront utilisés sur l’album, ‘Bony Moronie’, ‘Just Because’ et deux titres de Chuck Berry, ‘Sweet Little Sixteen’ et bien sure ‘You Can’t Catch Me’ qui était à l’origine des derniers rebondissement même si en fin de compte ce fut la seule chanson du catalogue « Big Seven Music » que Lennon enregistra pour cet album.

 Mais l’histoire de l’album ne s’arrête pas là. L’accord de Lennon avec Adam VIII n’étant pas vraiment loyal vis-à-vis d’Emi et Capitol et étant donné que l’échéance de la signature de la dissolution des Beatles était prévu elle aussi pour décembre 1974, il fut donc décidé de repousser la sortie de l’album à l’année 1975. Ce nouveau délai laissa le temps à Capitol de réagir et de convaincre John Lennon de ne pas publier ‘Rock ‘N’ Roll’ chez Adam VIII. John Lennon se laisse convaincre que sa démarche trop publicitaire ternirait son image et déjà au début de l’année 1975, Capitol a pris a son compte le projet ‘Rock ‘N’ Roll’.

Furieux, Morris Levy décide de sortir l’album avant Capitol sans prévenir personne. Ainsi le 8 fevrier 1975, Adam VIII publie un album intitulé ‘John Lennon Sings the Great Rock & Roll Hits: Roots’ ou plus simplement ‘Roots’ qui contient 15 titres dans l’ordre suivant: ‘Be-Bop-A-Lula’, ‘Ain’t That A Shame’, ‘Stand By Me’, ‘Sweet Little Sixteen’, ‘Ready Teddy/Rip It Up’, ‘Angel Baby’, ‘Do You Want To Dance’, ‘You Can’t Catch Me’, ‘Bony Moronie’, ‘Peggy Sue’, ‘Bring It Home To Me/Send Me Some Lovin », ‘Slippin’ And Slidin », ‘Be My Baby’, ‘Ya-Ya’, ‘Just Because’. On note que cette publication contient tous les titres qui figureront sur ‘Rock ‘N’ Roll’ et deux titres supplémentaires ‘Angel Baby’ et ‘Be My Baby’ qui n’apparaîtront pas sur la discographie autorisée de John Lennon de son vivant. Les différences de mixage entre les versions de ‘Roots’ et de ‘Rock ‘N’ Roll sont minimes, juste quelques titres rallongés ou racourcis de quelques secondes ici et là. Enfin, cette publication peu ordinaire ne concernait que le public américain.

La réaction de Capitol face a cette sortie surprise de la part d’Adam VIII fut d’avancer le plus possible la sortie de ‘Rock ‘N’ Roll’. L’album sort donc aux Etats-Unis neuf jours à peine après ‘Roots’ et en parallèle, Capitol annonce a tous ceux qui sont liés à la vente ou promotion de ‘Roots’ que si ils n’abandonnent pas le projet immédiatement, ils seront poursuivit. L’appel fait son effet, Adam VIII n’a finalement vendu que 1 500 33 tours et quelques centaines de cassettes. Face à la sortie de ‘Rock ‘N’ Roll’, Morris Levy décide d’intenter un procès à Capitol. Le 13 juillet 1975, un tribunal de New York tranche en faveur de Capitol et John Lennon en interdisant la vente de ‘Roots’ et en condamnant Morris Levy à payer la somme de 144 070 dollars à John Lennon.

Quant à l’album ‘Rock ‘N’ Roll’, il est accueille de façon correcte à sa sortie en se classant à la sixième place des ventes d’albums aussi bien aux Etats-Unis qu’en Grande Bretagne ce qui est nettement mieux que ‘Sometimes In New York City’ et ‘Mind Games’ mais sans pour autant se rapprocher des sommets de ‘Walls And Bridges’ et ‘Imagine’.

Pour la pochette de l’album, fut utilisé une photographie prise par Jurgen Vollmer au tout début des années 60 à Hambourg. Sur cette photo noir et blanc, on voit Lennon appuyé contre la façade d’une maison tandis que deux silhouettes floues circulent devant lui. Il s’agit en fait de Paul McCartney et George Harrison, ce qui fait de cet album un cas unique dans les carrières solos des ex-Beatles car trois d’entre eux figurent sur la pochette.

Cet album laissa cinq chansons complètes inédites qui remontent aux sessions de 1973 si on ne tient pas compte de la publication éphémère de ‘Be My Baby’ et ‘Angel Baby’ sur ‘Roots’ 

Il faudra attendre la parution de l’album posthume ‘Menlove Ave’ le 27 octobre 1986 pour qu’enfin quatre d’entre elles apparaissent sur la discographie officielle de John Lennon. Il s’agit de ‘Here We Go Again, ‘Angel Baby’, ‘Since My Baby Left Me’ et ‘To Know Her Is To Love Her’. Enfin, le 2 novembre 1998 avec la parution du coffret ‘Lennon Anthology’, ‘Be My Baby’ est publiée et vient compléter la série. Sur ce même coffret, on peut trouver des versions différentes de certaines chansons de l’album et entendre des dialogues entre Phil Spector et John Lennon en studio.

C’est le 28 septembre 2004 que l’album ‘Rock ‘N’ Roll’ fut réédité dans une version remixé où le son fut nettement amélioré par rapport a la version originale de l’album. Cette ré-édition contient 3 titres bonus, ‘Angel Baby’ telle qu’on la connaît sur ‘Menlove Ave’, ‘Since My Baby Left Me’ sous une version différente de celle de ‘Menlove Ave’ et une petite reprise de ‘Just Because’.

L’album vu par Uncle Jack

Oui ! Il l’a fait son disque rock’n’roll, et il nous nargue sur la pochette : ce jeune mec arrogant et bagarreur, John Winston Lennon, Doctor Winston O’Boogie, grande gueule imbibée d’alcool et de souffrance, ouais, il nous l’a bien torché son disque de rocker !

Il n’a pas du se forcer beaucoup notez bien, juste laisser hurler la bête blessée et feuler de rage devant son micro, en s’envoyant de larges rasades de scotch. Ce disque d’aboiements rock’n’roll, il se l’arrache des tripes pendant ce fameux « lost week-end » où il a tendance à s’incendier la tronche au bourbon et à se conduire comme Joey Starr. Les enregistrements commencent en octobre 1973 mais la galette ne sortira qu’en 1975, année où il retrouve sa chère Yoko et le riz complet.

Alors, ça donne quoi quand Lennon remet son perfecto et ses tiagues usées pour redevenir un voyou ?

Eh bien ça fait mal. Lennon se raccroche à tout ce qu’il peut : May Pang, délicieuse japonaise créditée ici de « production coordinator and Mother Superior » et qui tentera de lui faire oublier Yoko temporairement of course ! Des saouleries épiques avec Keith Moon et sa bande de soiffards, tellement

destroy que le lendemain il a mal partout et ne sait plus comment il s’appelle.

Et puis, il y a ces chansons essentielles, belles à pleurer, ces rocks ressassés comme des « je-crois-en-dieu », usés jusqu’à la corde, mais diffusant à jamais leur magie intemporelle.

D’abord, il y a cette version véritablement hallucinante de « Be bop a lula » : cette chanson se met à ressembler à une maison hantée dans laquelle John vient traîner ses chaînes de moto.

Quand il glapit « Let’s rock ! » avant le chorus de guitare, on s’attend à voir surgir des spectres vêtus de cuir noir, la banane huileuse et menaçante, l’œil mauvais.

« Stand by me » Aaah, l’animal ! Ceci est ma version préférée de ce standard déchirant, pas de doute là-dessus. Il s’arrache les tripes, les pose sur la table, la bouteille à la pogne, versant des larmes d’ivrogne

sur sa Yoko qu’est pas là, on nage en plein pathos. « Daaarling daaaaarling stand…by me… »

C’est vrai que la chanson est parfaite, mais il y a ce magnifique manque de pudeur, qui rappelle un peu le Jacques Brel de « Jeff » ou de « ne me quitte pas », bah oui, on n’en sort pas, c’est toujours comme ça les chansons de gonzesses qui se barrent, et parfois c’est tout simplement grandiose. Une plaie ouverte, pas moins, ça remue des trucs en vous et ça vous fout une trouille verte.

Après ça, le disque pourrait être nul que ça n’aurait pas d’importance.

« Ready teddy/Rip it up » ouhla, ce medley claque méchamment burné, une double gifle en pleine gueule,

un aller-retour, le chant est rugueux et teigneux, y a pas à dire il se brûle le larynx là le John, et puis il est énervé aussi ! Il balance ça comme on donne un grand coup de pompe dans une porte, rageusement, woar, et y a même plus de scotch bloody hell !

« You can’t catch me » John lance ces longues plaintes de sa voix la plus déchirée, un vrai chat sauvage hurlant sous vos fenêtres ouvertes en plein été ! Ensuite, le morceau se met à rebondir sur son matelas de cuivres jusqu’à la fin, c’est plein de jus et d’écho, un son bien cradingue et pêchu, merci Phil Spector pour le coup.

« Ain’t that a shame » L’archétype du morceau débonnaire, toute la bonhomie souriante de Fats Domino

déboule tranquillement, la voix de John se fond quasiment dans les cuivres graisseux, et le sax de Bobby Keys secoue aimablement tout son petit monde.

« Do you want to dance » Une version REGGAE ! En 74 ! Les Stones n’oseront « Cherry o’baby » qu’en 1976 sur « Black and blue ». Ceci dit, le morceau est loin d’être exceptionnel, il cahote gentiment, en ondulant de la croupe, ça se met à ressembler à une fiesta, c’est pas désagréable du tout, mais bon, on n’a pas eu de rhum nous autres !

« Sweet little sixteen » Vous vous rappelez sans doute la nymphette filiforme dont parlait ce vieux vicelard de Chuck Berry ! Eh ben, c’est pas la même ! Celle-ci est méchamment plus plantureuse, toute en nichons et en fesses, elle s’avance en tanguant dangereusement de la croupe, renversant toutes les chaises sur son passage. On imagine Tina Turner avec 20 kilos de plus, et chaque giclée de ces cuivres salingues souligne la moindre oscillation de ces hanches affolantes, encore une fois, la production de Phil Spector fait merveille.

« Slippin’ & slidin’ » Et puis, parlons-en des ces cuivres ! Ici c’est Bobby Keys qui dirige le morceau, il règne sur la section cuivre, glissant sur les phrases incisives de John. Pendant ce temps-là, les autres souffleurs font monter la pression, ça sent le garage et le cambouis, le moteur brûlé, l’huile bouillonne, les pistons rougissent, je peux pas mieux le dire, ce gros son mal élevé est un vrai bonheur .

« Peggy Sue » Que dire encore de cette chanson galopante et légère comme son auteur, l’éternel gamin binoclard, le génial Buddy Holly ? La voix de John est hoquetante à souhait, chevauchant parfaitement ce morceau pas commode, hey, faut rester en selle, dude !

Ajoutez à ça DEUX solos de guitare qui tuent : le premier est une volée de gifles élégante et l’autre une gerbe de petites étincelles, limpide et lumineuse. J’espère que c’est John lui-même qui sort ça de sa six-cordes mais rien n’est moins sûr.

« Bring it on home to me / Send me some lovin’ »

Au risque de me répéter, faut dire quand même que Lennon à la voix quasiment idéale pour ces morceaux délicieusement larmoyants : il s’étrangle juste comme il faut, ces trucs semblent avoir été écrits pour lui.

« Bony Moronie » Et encore un mid-tempo bien rampant où le John se fait un plaisir de venir traîner magnifiquement sa voix saturée de bibine. Ca tangue dangereusement, comme un poivrot qui tente de descendre de son tabouret de bar, ‘tain c’est haut ces trucs, on croirait pas…

« Ya ya » sautille gentiment sur un tapis de cuivres, Lennon s’amuse à virevolter dans les aigus,

on n’est pas là pour faire la gueule non plus, on la refait pas, elle est bonne , hop c’est dans la boîte !

Ca a l’air anodin comme ça, mais chanté par lui, ça n’est plus du tout un petit twist niais.

Juste un autre rock bien baraqué, carré d’épaules, qui se mouche dans les rideaux.

« Just because »

Comme tous les poivrots, John a du mal à dire au revoir.

Il le fait pourtant, il nous raccompagne même jusqu’à la porte, poussant des gueulantes avinées, marmonnant des adieux « heu…l’docteur Winston O’boogie vous salue… », voilà qu’il insiste pour tituber avec nous jusqu’à la bagnole.

« Salut les mecs, rentrez bien…

– Rentre John, t’es en chaussettes, man !

– Pfffff…

– Va te coucher, John…Elle va t’appeler, tu verras… »



Informations complémentaires

– Durée Totale : 39:39
– Couverture : Jurgen Vollmer, John Uotomo, Roy Kohara
– Classement dans les charts anglais : 6
– Classement dans les charts américains : 6

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