Dezo Hoffmann

On se souvient que les Beatles n’avaient pas beaucoup aimé la pochette de leur premier album « Please Please Me ». Ce n’était pas dû au cliché lui-même, œuvre désormais célèbre d’Angus McBean, mais au fait qu’elle était en couleur !

Aussi ils demandèrent à ce que la pochette de l’album suivant soit en noir & blanc. Ce qui sera fait.

Angus McBean ayant honoré les commandes qui lui avaient été passées par EMI, un autre photographe, proche des Beatles depuis longtemps déjà, va s’imposer et jouer un rôle important dans l’histoire des Beatles.

Dans l’histoire des Beatles mais aussi dans celle de bien d’autres artistes comme les Rolling Stones, les Kinks, le Jimi Hendrix Experience et bien d’autres encore, au point de devenir le photographe le plus renommé de toute la scène pop anglaise des sixties.

Ce photographe de génie s’appelle : Dezo Hoffmann, mondialement considéré comme le « père de la pop photographie ».

UN PHOTOGRAPHE VENU DE L’EST

UN DÉBUT DE CARRIÈRE MOUVEMENTÉ.

Dezo Hoffmann est né en 1912 à Banska Stiavnica, petite ville du centre de la Slovéquie. Après des études de journalisme à Prague, il a l’opportunité de travailler et de poursuivre ses études à Paris en se faisant embaucher en tant que reporter photographe par la 20th Century Fox.

C’est à ce titre qu’il est amené à couvrir l’invasion de l’Abyssinie (actuellement l’Ethiopie) par l’Italie de Mussolini en 1934, puis, par un curieux concours de circonstances, la guerre civile d’Espagne. En effet, il y avait été dépêché pour couvrir un mouvement de protestation contre le tenue des Jeux Olympiques à Berlin et la possibilité qui était ainsi offerte à Hitler d’exploiter cet événement sportif à des fins de propagande. Une fois sur place, la guerre civile éclata et Dezo Hoffmann resta sur place pour en rendre compte.

C’est à cette époque qu’il intègre l’International Brigade Press Corps et qu’il côtoie quelques personnalités marquantes comme l’écrivain Ernest Hemingway ou le reporter photographe Robert Cappa, américain d’origine hongroise, avec lesquels il noue des liens forts.

Blessé à trois reprises, dont une fois gravement qui le laissa amnésique plusieurs mois, il se réfugia en Angleterre où il s’engagea pour combattre dans un escadron Tchèque au sein de la Royal Air Force.

L’ensemble de ses reportages de guerre sont conservés à l’Imperial War Museum de Londres.

Cette vie mouvementée n’empêcha pas Dezo Hoffmann de se marier et de devenir père de deux enfants : Dolorès et David.

A LONDRES

Il s’établit définitivement à Londres en 1949 où il rejoignit le « Crown Film Unit » mais, n’y trouvant que peu d’intérêt, il en démissionna pour l’installer dans Fleet Street en tant que photographe indépendant.

A ce titre, il collabora avec différents journaux et magazines. C’est à cette époque qu’il se mit progressivement à passer de la photo de reportage à la photo posée, se spécialisant peu à peu dans les portraits de célébrités du Show Business. Marylin Monroe, Frank Sinatra, Marlène Dietrich, Louis Armstrong et même Elvis Presley posèrent devant son objectif.

Il appliqua dans cette nouvelle activité les techniques qu’il avait apprises sur le terrain des combats, utilisant au maximum les lumières disponibles là où d’autres usaient et abusaient du flash et utilisant des appareils de petit format, plus maniables.

La double compétence qu’il avait ainsi développée entre les reportages sur le vif de ses débuts et l’art du portrait posé se révélera particulièrement précieuse dans son travail avec les Beatles où il excella tant dans les photos prises en extérieur que dans les photos prises en studio.

En 1955, il rejoignit le « Record Mirror » pour lequel il continua à travailler dans le Monde du spectacle. Le fait que Dezo Hoffmann s’exprimait en anglais avec un fort accent de l’Est ne l’a pas empêché de s’y faire parfaitement admettre. Paul McCartney a un jour déclaré qu’il était le meilleur photographe au Monde !

En 1962 Dezo Hoffmann était donc tout sauf un débutant, jouissant d’une grande réputation. Il était inéluctable que, tôt ou tard, sa route croise celle des Beatles.

Par la suite, Dezo Hoffmann eut son propre studio au numéro 9 (number 9 !), Waldour Street à Londres.

DEZO RENCONTRE LES BEATLES

UNE LETTRE QUI DÉCLENCHE TOUT

En 1962, une lettre, postée à Liverpool, parvint au bureau du « Record Mirror ». Une lectrice se plaignait que le magazine ne s’intéressait pas suffisamment à ce qui se passait en dehors de Londres. Elle citait notamment un groupe de Liverpool qui avait déjà enregistré un disque en Allemagne et suggéra que le journal leur consacrât un article.

Dezo Hoffmann persuada son patron de l’autoriser à se rendre sur place.

Cette anecdote n’est pas sans rappeler le « mythe », cher à Eric Krasker, du client qui serait entré un jour dans le magasin de Brian Epstein pour réclamer le disque dont parlait la lectrice du « Record Mirror ».

Sur place, Dezo Hoffmann noua avec les Beatles une relation qui allait durer des années.

En bon photographe rompu aux reportages sur le vif, son idée était de saisir les Beatles tels qu’ils étaient, plein d’énergie, de vitalité et d’enthousiasme. Il déclara un jour « Dans ma création de portrait, je profite d’un instant de surprise. En prenant des photos et en les développant, j’utilise des méthodes non traditionnelles pour atteindre le résultat désiré. »

DES CLICHÉS QUI ALLAIENT ENTRER DANS LA LÉGENDE

Dezo Hoffmann prit l’habitude de rencontrer régulièrement les Beatles pour des sessions de photo. En avril 1963, il se rendit à Liverpool et convînt d’un rendez-vous pour photographier les Beatles dans divers lieux qui leur étaient familiers, comme, par exemple, leur propre domicile. Des centaines de photos furent prises ce jour là.

Au cours de cette journée, sorte de « Mad Day Out » avant l’heure …, ils se rendirent dans un parc bien connu des habitants de Liverpool : Sefton Park. C’est là que furent pris les célèbres clichés des Beatles sautant en l’air dont l’un d’entre eux fut utilisé pour la pochette de l’EP « She Loves You » en France ,« Twist and Shout » en Grande Bretagne et dans bien d’autres pays encore.

(voir photo 1, 2, 3, 4 de la galerie de photos)

TÉMOIN PRIVILÉGIÉ

Dezo Hoffmann eut l’occasion de suivre les Beatles dans de nombreux déplacements. Ayant acquis la confiance des garçons, il fut le témoin privilégié de ce que furent les premières années de la « Beatlemania », en studio, en tournée et, de façon plus intime, quand ils pouvaient arracher quelques instants de repos.

Le livre « With the Beatles – The historic photographs of Dezo Hoffmann », outre qu’il propose une impressionnante collection de clichés, fourmille de petites anecdotes issues d’un entretien avec le photographe.

A ABBEY ROAD

Dezo Hoffmann était présent à Abbey Road, le 4 septembre 1962, pour la première session officielle d’enregistrement des Beatles sous la houlette de George Martin.

Il fut chargé de réaliser la première photo de presse du groupe désormais sous contrat avec EMI. C’était juste dix-huit jours après le remplacement de Pete Bestpar Ringo Starr et George arborait sous un œil les stigmates d’une fâcheuse rencontre avec le poing d’un fan de leur ancien batteur. Dezo Hoffmann eut alors l’idée de placer le groupe au second plan de la photo et de mettre au premier plan tous les instruments dont les Beatles disposaient ce jour là dans le studio.

Ringo avait encore la batterie « Premier » qu’il utilisait avec son précédent groupe et seul son nom figurait sur la peau de la grosse caisse.

Dezo Hoffmann constata à quel point George Martin eut rapidement une influence décisive sur le « son » des Beatles. Il raconte que, quand les Beatles sont arrivés, ils sonnaient comme les Shadows ou n’importe quel autre groupe du moment mais que, rapidement, leur son se modifia et devint celui qui les différenciait des autres groupes et qui fit leur succès.

Voici une petite galerie de photos prises par Dezo Hoffmann montrant les Beatles au travail avec George Martin. Ces clichés ont été pris lors des séances d’enregistrement du 4 septembre 1962 et du 11 février 1963.

(voir galerie de photos)

QUAND LES BEATLES VONT CHEZ LE COIFFEUR

Dezo Hoffmann a toujours aimé saisir les artistes dans leur environnement quotidien. C’est ainsi qu’il réalisa, en avril 1963, une série de cliché chez le coiffeur des Beatles, à Liverpool.

Le coiffeur était un de leurs amis et aimait la coupe de cheveux dont Astrid Kircherr avait eu l’idée.

(voir galerie de photos)

VAMOS A LA PLAYA …

LES PHOTOGRAPHES DES BEATLES PRIRENT SOUVENT UN MALIN PLAISIR À LES DÉGUISER. LES AMÉRICAINS ONT GARDÉ UN SOUVENIR ÉMU DES GARÇONS BOUCHERS DE ROBERT WHITAKER …

Dezo Hoffmann fut, là aussi, un précurseur en emmenant les Beatles à la plage et en leur faisant endosser de seyants costumes de plage à la mode de la Belle Epoque. Ces clichés ont fait le tour du Monde et ont été souvent repris dans les magazines, les livres et sous forme de cartes postales.

Cela s’est passé à Weston-Super-Mare, fin juillet 1963, lors de la tournée anglaise qu’ils effectuaient avec Gerry and The Pacemakers et Tommy Quickly.

Cette session de photo était destinée à séduire le marché américain, toujours allergique, en 1963, aux groupes venus d’Angleterre. Plus pour longtemps, dès l’année suivante, les choses allaient résolument changer …

Dezo Hoffmann se souvient que les Beatles ont adoré leurs tenues de bain et que John la portait encore plusieurs heures après, une fois rentré à l’hôtel.

Il est indéniable que Dezo Hoffmann a superbement « capté » toute l’insouciance, la jeunesse et l’énergie qui émanaient des Beatles à cette époque.

Plus tard, de nombreux clichés de cette journée furent utilisés dans le « BEATLE BOOK », un des tout premiers livres consacrés aux Beatles et permettant de découvrir leur origines, leur histoire et leurs diverses personnalités. Toutes les illustrations de ce livre étaient de Dezo Hoffmann.

C’est également un cliché de cette session qui orne le premier volume d’une des premières collections de référence dans le monde de la discographie parallèle : les « Unsurpassed Masters ».

(voir galerie de photos)

ET D’AUTRES DÉGUISEMENTS …

… en eskimos… ou en français

L’ART DU PORTRAIT

Grand reporter à la base, Dezo Hoffmann avait su aussi développer de remarquables qualités de portraitiste. A ce titre, il réalisa en juin 1963, dans son studio de Wardour Street, de remarquables portraits de chacun des quatre Beatles.

On lui doit également une série de clichés du groupe, dans leurs élégants costumes sans col, qui allait être exploitée sur tous les supports possibles (voir l’héritage iconographique).

JOHN LENNON

A force d’insister, Dezo Hoffmann réussit à convaincre de John de se laisser photographier sans ôter la grosse paire de lunettes que sa myopie l’obligeait à porter « en privé ».

(voir galerie de photos)

PAUL MCCARTNEY

Des clichés qui allaient devenir rapidement des classiques de l’imagerie Beatles.

GEORGE HARRISON ET RINGO STARR

UN HÉRITAGE ICONOGRAPHIQUE INÉGALÉ

Les milliers de clichés des Beatles pris par Dezo Hoffmann ont été utilisés sur divers supports.

Voici une petite balade dans un musée imaginaire où tous les objets exposés ont en commun d’être illustrés d’un cliché de Dezo Hoffmann.

LES POCHETTES DE DISQUE

A l’instar d’Angus McBean, Robert Freemann ou Robert Whitaker, la période pendant laquelle Dezo Hoffmann travailla étroitement avec les Beatles a fortement marqué la discographie des Beatles à travers le Monde.

Il serait vain de vouloir recenser toutes les pochettes, officielles ou officieuses, qui utilisent un cliché de Dezo Hoffmann. En conséquence, ce qui suit ne prétend nullement être exhaustif.

Tout d’abord, en France, on trouve six « Super 45 Tours », très proches les uns des autres dans le temps, mais, curieusement, aucun 33 Tours.

L’EP SOE 3741 (« She Loves You ») a déjà été vu précédemment.

LES CARTES DE COLLECTION

Au plus fort de la « Beatlemania », plusieurs pays (dont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis) produisirent des cartes de collection que l’on pouvait trouver associées à divers produits, des plaquettes de chewing-gum par exemple. Ces cartes sont aujourd’hui très recherchées des collectionneurs.

Voici une collection anglaise complète, composée de 60 cartes, telle que proposée à la vente sur Internet fin 2003. Ces cartes étaient, à l’origine, offerte avec les plaquettes de chewing-gum « A, B & C » (une carte avec chaque chewing-gum !).

La collection offre un parfait survol du travail de Dezo Hoffmann avec les Beatles en 1963. Presque tous ces clichés sont devenus des classiques pour les fans des Beatles.

On retrouve quelques unes de ces cartes sur les volumes 6 et 7 des « Unsurpassed Masters ».

Selon Dezo Hoffmann, les photos prises sur une terrasse comme on les voit sur le Vol. 7 étaient destinées à une publicité pour le thé « TY-PHOO ». Chaque Beatle devait prendre une pose figurant une lettre du nom de cette marque. Et Dezo d’ajouter qu’il avait fallu refaire ces photos encore et encore avant que le résultat attendu ne soit obtenu !

Les maisons de disque publièrent aussi des cartes ou affichettes promotionnelles. A commencer par Parlophone

LES PARTITIONS

On retrouve un des clichés les plus célèbres des Beatles à leurs débuts pour illustrer cette partition.

LES MAGAZINES

Les magazines ayant fait leur couverture avec les Beatles sont très nombreux.. Découvrez les dans la galerie de photos.

D’AUTRES OBJETS DE MEMORABILIA …

Découvrez dans notre galerie de photos des objets de memorabilia illustrés par des photos de Dezo Hofmann.

LA RUPTURE AVEC LES BEATLES

En mars 1964, Dezo Hoffmann eut une violente altercation avec John Lennon sur le plateau de tournage de « A Hard Day’s Night ». John reprochait au photographe la publication d’une photo dans le magazine « Tit Bits », photo sur laquelle on voyait John assis à côté d’une jeune et jolie figurante. John lui souriait et il n’y avait aucune ambiguïté dans le pétillement que le photographe avait su capter dans le regard de John.

Ce dernier n’apprécia pas et, s’estimant trahi, alla même, si l’on en croit Dezo Hoffman, jusqu’à accuser le photographe de se faire de l’argent facile sur le dos des Beatles. en publiant des photos qui ne devraient pas l’être.

Depuis quelques temps déjà, Dezo Hoffmann avait remarqué que, peu à peu, les Beatles voyaient des profiteurs partout dans leur entourage et que les drogues dont ils commençaient à faire un usage abusif exacerbaient ce sentiment de paranoïa.

A partir de ce moment-là, Dezo Hoffmann travailla de moins en moins souvent avec les Beatles et cessa pratiquement toute collaboration avec eux après le tournage de « Help ! ».

Ce ne sera qu’en 1970, à l’hôtel Plaza de New York, que John Lennon et Dezo Hoffmann se retrouveront pour aplanir leur différend.

En 30 ans de carrière, Dezo Hoffmann a constitué une bibliothèque de plus d’un million de négatifs. Si beaucoup de ces clichés sont devenus des classiques, d’autres, très nombreux, n’ont jamais été publiés, dont certains issus de son travail avec les Beatles.

UNE RECONNAISSANCE TARDIVE DANS SON PAYS NATAL

L’œuvre de Dezo Hoffmann fut toujours ignorée du gouvernement communiste, celui-ci considérant que ceux qui avaient quitté la pays n’existaient plus.

Secrètement, Dezo Hoffmann s’efforça de mettre sa réputation dans le Monde du spectacle au service du Festival musical de la Lyre à Bratislava, persuadant des artistes comme Sandie Shaw ou Cliff Richard de s’y produire, ou conseillant la radio locale sur les groupes et chanteurs à programmer.

Dezo Hoffmann est décédé à Londres en 1986, à l’âge de 74 ans. Il y est enterré.

De nos jours, Dezo Hoffmann est enfin reconnu dans son pays à l’occasion d’expositions de ses œuvres et d’un livre que lui a consacré Marian Pauer, « Dezo Hoffmann, the Beatles Photographer ».

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