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Les Beatles à Hambourg : les enregistrements Polydor

LES BEATLES ET LES ENREGISTREMENTS POYDOR

En tant qu’auteur du livre à paraître Les Beatles : Enquête sur un Mythe (1960-62) qui contiendra un très important chapitre consacré à Tony Sheridan et aux Beatles, je souhaitais de par ce dossier vous entretenir du produit sorti l’année dernière chez Bear Family, intitulé Tony Sheridan with the Beatles – Beatles Bop – Hamburg Days. L’objet est toujours proposé sous deux présentations : il s’agit soit d’un luxueux coffret format 33 tours contenant deux CDs plus un livre (BCD 16447 BK), soit d’un double CD normal avec un livret simplifié (BCD 16583 BH).

Bien sûr le coffret est un très bel objet, et l’impressionnant livre figurant à l’intérieur, dont le texte a été rédigé par Hans Olof Gottfridsson, présente un certain nombre de documents intéressants : à côté d’une collection de pièces d’archives de chez Polydor, on peut trouver des photos inédites du groupe au Star-Club (fournies par Ulf Krüger), de très belles photos couleurs de pochette de disques en provenance de différents pays, une reproduction, en couleur, du tout premier contrat en allemand entre Bert Kaempfert et les Beatles, et tout particulièrement ces surprenants curriculum vitae manuscrits – récemment retrouvés chez la fille de Bert Kaempfert – et personnellement rédigés par les quatre Beatles. En ce qui concerne la musique elle-même, enfin un label de réédition a eu l’excellente idée de sortir sur un même support toutes les variantes disponibles des ces familiers 8 morceaux de base que les Beatles enregistrèrent pour Polydor (mixages mono et stéréo, versions américaines etc.). Quant à la qualité sonore des disques, elle est superbe, comme on pouvait s’y attendre de la part d’une maison sérieuse comme Bear Family.

Dans le domaine historique cette fois, quelques éléments d’information en provenance des archives Polydor sont enfin interprétés avec plus de précision dans cet ouvrage. Par exemple, il sera désormais clair pour tout le monde que la séance d’enregistrement de 1962 des Beatles avec Tony Sheridan fut réalisée en deux étapes différentes, une décision qui était très inhabituelle à l’époque. En fait, le 24 mai 1962, seuls les accompagnements (Playback) des deux chansons Sweet Georgia Brown et Swanee River furent enregistrés au studio Rahlstedt (Wandsbek) avec les Beatles et Roy Young au piano, tandis que Tony Sheridan revint à cet endroit seulement deux semaines plus tard, le 7 juin 1962, pour enregistrer ses pistes vocales (Synchronisation). (Par souci d’exactitude historique, il doit cependant être mentionné que, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, ces informations n’ont absolument rien d’un scoop. Elles furent révélées – parmi d’autres – à au moins deux reprises dans des magazines de fan-club allemands : d’abord dans un article écrit par Thorsten Schmidt, intitulé « Was machten die Beatles am 24. Mai 1962 ? » [« Que faisaient les Beatles le 24 mai 1962… ? »], publié dans Beatlemania n°79 (juillet/août 1997), puis dans un second sous la plume de Thorsten Knublauch, et intitulé « Die Polydor Aufnahmen » [« Les enregistrements Polydor »], paru dans A ticket to write (Wuppertal), à l’automne 1998. Pour quelles raisons ces deux articles essentiels ne figurent-ils pas dans les sources mentionnées à la fin du livre ?!). Tout cela explique maintenant clairement pourquoi il fut possible en janvier 1964 pour le producteur Paul Murphy d’enregistrer la version « bricolée » de Sweet Georgia Brown – que chaque fan des Beatles connaît bien – en réutilisant simplement la bande de l’accompagnement original de la chanson qui, par chance, n’avait pas été Jetée par Kaempfert après les séances d’enregistrement de mai/juin 1962.

Cependant, en ce qui concerne l’identité de la seule version survivante de Swanee River, la situation demeure assez étrange et confuse :

1) Dans son livre de 1997, From Cavern To Star-Club (p.235), Gottfridsson mentionnait déjà que le master original du 33 tours My Bonnie avait été transféré dès le 26 mars 1962, de sorte que la version de la chanson figurant sur le disque devait être celle enregistrée le 21 décembre 1961 et non pas celle faite avec les Beatles (enregistrée les 24 mai et 7 juin 1962). Toutefois, Gottfridsson continuait son explication de cette manière : « D’un autre côté, la notification de transfert (Überspielungs-Meldung) du 33 tours My Bonnie précise aussi que le disque devait être commercialisé immédiatement [sofort !]. Cela n’arriva jamais et à la place la date de sortie fut reculée jusqu’au mois de juin ». Aujourd’hui, à la page 57 du livre Bear Family, il déclare exactement le contraire, ajoutant même que les premiers pressages du 33 tours furent fabriqués au début du mois d’avril 1962 ! Tout cela est bien beau, mais après plus de quatre années de « suspense », nous aurions vraiment apprécié de savoir ce qui a motivé un tel brusque revirement d’opinion, ou qu’au moins M. Gottfridsson nous explique pourquoi il considère soudain que la théorie alambiquée qu’il a développée dans son premier livre (voir pp.104 et 235-237) – et qui lui a permis ainsi qu’à son éditeur d’inclure la chanson sur le super 45 tours (EP) fourni avec l’ouvrage – est devenue maintenant périmée. Au lieu de cela il passe l’affaire complètement sous silence… Un tel procédé est absolument inacceptable du point de vue de tout historien qui se respecte. Est-ce que M. Gottfridsson pense vraiment que tout cela passera inaperçu ? Certes, au moins le nouveau livre de Bear Family présente les faits d’une façon non déformée et conforme à la réalité, mais cela rend ce qui suit d’autant plus incompréhensible :

LES BEATLES SUR SCÈNE À HAMBOURG.

2) Puisque la version survivante de Swanee River ne peut absolument plus être attribuée aux Beatles, et qu’elle n’a par conséquent logiquement rien à voir avec le thème de la compilation proposée, comment son inclusion en quatre variantes (mono, stéréo, avec et sans intro lente) sur le double CD peut-elle être expliquée ou même justifiée ? D’un côté, le livre indique de façon tout à fait véridique que la version rescapée de Swanee River est étrangère aux Beatles et, de l’autre, ce titre a tout de même été inséré dans la compilation. A-t-on fait cela pour maintenir une sorte de mythe en vie, et dans ce cas, quel en serait le but ? On le voit bien, le choix de Bear Family d’inclure ce titre souligne le problème du mythe et de sa force : la vérité apparaît décevante ou frustrante et laisse un vide que l’imagination souhaite combler. On perpétue le mythe Swanee River en dépit de toutes les évidences historiques. ++++
Tout cela montre que la situation n’est absolument pas claire, ni pour l’historien sérieux ni pour le consommateur moyen. Donc, aussi complet qu’il puisse paraître, le produit de chez Bear Family n’apporte pas de conclusion définitive à cet important et très controversé chapitre de l’histoire des Beatles, et quelques questions importantes restent encore sans réponse. Alors que je travaillais sur les séances d’enregistrement impliquant Sheridan et les Beatles en 1962 et que j’enquêtais plus précisément sur le mystère Swanee River (un mythe né dès 1986 dans le livre de Mark Lewisohn, The Beatles, Live !), je me suis aperçu qu’il fallait absolument clarifier au préalable les circonstances exactes de l’enregistrement et de la commercialisation de ce rare et énigmatique 33 tours My Bonnie (sur lequel figure la seule version survivante de Swanee River) si je voulais détenir la clé de toute l’explication.

Donc, en 1999 j’ai longuement ré-interviewé Tony Sheridan, puis je me suis rendu en Allemagne où je suis entré en contact avec différentes personnes. Finalement, j’ai pu connaître toutes les informations techniques et mettre la main sur tous les documents d’archives Polydor dont j’avais besoin pour résoudre le problème. Certains d’entre eux sont des protocoles que Gottfridsson disait lui-même avoir en sa possession mais qu’il n’a pas publiés dans son premier livre – très probablement parce qu’ils étaient trop gênants pour sa théorie ! D’autres sont des documents de chez Polydor complètement nouveaux, que je tiens de première main, et qui n’apparaissent pas non plus dans le livre de Bear Family. Sur ces bases, j’ai pu précisément reconstruire, date après date, la genèse du 33 tours My Bonnie (le premier sur lequel ont figuré les Beatles), depuis son enregistrement en décembre 1961 à sa sortie officielle au printemps 1962, sans oublier ses pochettes et les très importants pressages d’essai mono et stéréo à labels blancs (les fameux Musterplatten). Cette fois, grâce à une suite ininterrompue de preuves, basée sur les documents que j’ai rassemblés et dont la plupart sont inédits, tout le monde y verra enfin parfaitement clair et comprendra sur quelles bases fut construit le mythe Swanee River
Ainsi, en complément de nombreuses nouvelles informations historiques et d’une interview dans laquelle Tony Sheridan s’exprime franchement, le chapitre de mon livre contiendra également une étude entièrement refondue et mise à jour des enregistrements Polydor des Beatles (avec 30% de documents supplémentaires !). De plus, je récapitulerai et actualiserai le débat engagé parmi les spécialistes – tel qu’il avait été lancé par Mark Lewisohn – au sujet des enregistrements de mai/juin 1962, et je répondrai une fois pour toutes aux questions laissées ouvertes délibérément ou par inadvertance. Je pense qu’il est grand temps maintenant que la légende cède la place à la vérité historique, de sorte que ces enregistrements ne soient plus considérés aujourd’hui comme du « Chinois », ainsi que le déplore toujours Roy Young, un musicien anglais qui a joué du piano et de l’orgue sur quelques-uns des disques de Sheridan de l’époque.

L’AUTEUR DE CE DOSSIER : ERIC KRASKER

Eric Krasker est né à Nogent sur Marne en 1960. Fils de l’accordéoniste professionnel Jo Krasker, il entend parler pour la première fois des Beatles en 1964 alors que son père rentre précipitamment un jour dans leur appartement de Vincennes et lâche cette sentence telle un coup de tonnerre : « Ces Beatles et ces Yé-yé sont en train de tuer l’accordéon !! ». (Par la suite Jo Krasker s’est réconcilié avec la musique des Beatles, son orchestre l’interprétant même au cours de soirées dansantes). Mais ce n’est qu’en 1970, avec le 45 tours Sympathy des Rare Bird, qu’Eric s’intéresse vraiment à ce que l’on appelle alors la « pop music » – et bien sûr, les Beatles. La sortie en 1973 des compilations « rouge » et « bleue » agira comme un second détonateur qui le conduira à mieux connaître la discographie des quatre garçons et à apprendre la batterie, non pas sur une « Ludwig » mais sur une vieille « Hollywood » de jazz prêtée par un ami de son père ! Batteur du groupe The Peals (« Les carillons ») au début des années 80, Eric suit parallèlement des études supérieures d’histoire dans le but d’être professeur. Son intérêt croissant pour la musique le conduit cependant à marier ses deux spécialités, et alors qu’il prépare sa maîtrise il décide de consacrer ses futurs travaux à la musique populaire contemporaine, et aux Beatles en particulier.

Refusant d’emblée la mauvaise vulgarisation et conscient que le véritable débat Beatles s’effectue avant tout sur la scène anglo-saxonne, il publie en 1989 un premier courrier dans la revue spécialisée américaine Belmo’s Beatleg News. Suivront une quantité d’articles dans les publications mondiales les plus réputées en la matière : Discoveries, The 910 Newsletter, Beatlefan, Beatles Unlimited et Record Collector. Parallèlement, Eric collabore en France avec des magazines généralistes tels Le Nouvel Observateur et L’Événement du Jeudi, puis signe plusieurs autres articles pour la presse spécialisée (Best, Guitarist Magazine, Rock Mixer, etc.). Consultant spécialisé pour France Info, France Inter, Europe 1 et RTL, il est le co-auteur de La Saga des Beatles diffusée quotidiennement sur France Inter durant l’été 1994. Il termine actuellement une importante étude historique de fond sur les Beatles, un travail intitulé Les Beatles : Enquête sur un Mythe (1960-1962), qui lui a demandé huit années de minutieuses recherches. L’édition française de ce livre – truffé de documents originaux – sera commercialisée au printemps 2003.

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