Peace of Mind

L’HISTOIRE DE PEACE OF MIND

Depuis que les Beatles ont mis un point final à leur existence en tant que groupe, leurs admirateurs n’ont cessé d’être à l’affût de la moindre note de musique inédite.

Les botleggers ont rapidement compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer d’une telle situation et ont alors mis en circulation une kyrielle d’enregistrements réputés confidentiels et propres à satisfaire les inconditionnels.

Toutefois, certains individus peu scrupuleux ont profité de l’aubaine pour diffuser ici ou là des titres à l’authenticité plus que douteuse.

C’est ainsi qu’au beau milieu des années 70 nous avons vu surgir du néant un morceau étrange et vaguement psychédélique intitulé Peace Of Mind.

Publié pour le première fois en 1977 sur l’album « 20 x 4 » (Ruthless Rhymes Ltd – JPGR – 1177), ce morceau de 3’11s (également connu sous le titre A candle burns) était présenté comme un inédit provenant des sessions d’enregistrement de l’album St Pepper et qui avait été miraculeusement sauvé de l’oubli après avoir été découvert dans une poubelle d’Apple au début des années 70.

Une fois de plus, la légende était en marche…

En dépit d’une qualité sonore défaillante, ce morceau paraissait d’autant plus troublant que, comme le remarque Doug Sulpy (Belmo’s Beatleg News – vol. 2 n° 3 – janv/févr. 1993 – p. 17), le jeu de guitare en picking et la voix principale pouvaient être aisément confondus avec le style de John Lennon.

Mais aujourd’hui, l’ensemble des spécialistes reconnus s’accordent pour conclure que Peace Of Mind est totalement étranger au répertoire des Beatles :

Peter Doggett : « Bien que quelques parties vocales fassent penser à John (ou même Paul), le niveau de qualité est tellement médiocre qu’il me paraît impossible d’attribuer ce morceau aux Beatles » (extrait de l’article « Complete A-Z of Beatles songs » publié dans le Beatles Book Monthly n° 170 – juin 1990 – p. 21).

Scott Belmer : « Je suis absolument convaincu que Peace Of Mind n’a rien a voir avec John Lennon ou les Beatles » (« Beatles not for sale » 1997 – p. 311).

Doug Sulpy a, quant à lui, définitivement réglé le problème en s’abstenant purement et simplement de citer le morceau dans son ouvrage « The 910’s guide to the Beatles outtakes » (fourth edition – 2001) lequel recense pourtant dans le détail l’ensemble des enregistrements, officiels ou non, du groupe.

Enfin, et même si ce critère n’est pas décisif, il convient de noter que Mark Lewisohn n’a jamais fait mention de Peace Of Mind dans ses écrits et en particulier dans son fameux ouvrage « The complete Beatles recording sessions ».

Dès lors, si Peace Of Mind ne peut raisonnablement être attribué aux Beatles, quel est l’artiste (ou le groupe) à l’origine de cette composition ?

Dans « Belmo’s Beatleg News vol. 5 n° 3 » (avril 1992 – p. 3), L.R.E. King indique avoir effectué une recherche dans le fichier des copyrights américains (qui regroupe également la plupart des copyrights étrangers). Celle-ci a révélé que sur la période courant de janvier 1967 à décembre 1970, 30 chansons différentes portant le titre Peace Of Mind ont été enregistrées contre une seule baptisée A candle burns. Cette dernière serait due à la plume d’un certain Robert E. Duhnke Jr.

Doug Sulpy précise également que la Bibliothèque du Congrès ne peut fournir une copie de la partition que sur autorisation de l’auteur. Mais où se trouve Robert E. Duhnke ? Est-il encore en vie ? Mystère…Cette piste semble malheureusement tourner court.

Puis, en 1994, Don Sauter témoigne : « La première fois que j’ai entendu parler de Peace Of Mind, j’ai pensé à Pink Floyd. Curieusement, ce titre a un air de famille avec Cymbeline de l’album More (Belmo’s Beatleg News – vol. 7 n° 1 – p. 10).

La remarque est loin d’être stupide dans la mesure où le groupe Pink Floyd était également présent dans les studios d’Abbey Road au moment même où les Beatles enregistraient St Pepper. Nous le savons grâce à Hunter Davies, premier biographe des Beatles, qui nous raconte comment les membres débutants de Pink Floyd ont timidement demandé à leurs aînés l’autorisation d’assister à l’une des sessions d’enregistrement de Getting Better (cf. « Les Beatles – leur biographie officielle » – Solar – 1968 – p. 231)

Toutefois cette théorie paraît peu vraisemblable dès lors qu’à ce jour aucun ouvrage consacré à Pink Floyd n’a jamais fait état d’une quelconque implication de Syd Barrett et de ses copains dans Peace Of Mind.

En fait, la piste la plus intéressante (et apparemment la plus sérieuse) a été lancée par Peter Doggett en juin 1990 : « Il paraît désormais acquis que cette bande est en réalité une démo adressée à Apple par un jeune groupe inconnu et désireux de décrocher un contrat d’enregistrement » (Beatles Book Monthly n° 170 – p. 21).

En 1997, Scott Belmer va un peu plus loin en déclarant : « après quelques années de recherches, je suis parvenu à la conclusion que Peace Of Mind est probablement un inédit du groupe Trash, à l’époque sous contrat chez Apple » (« Beatles not for sale » p. 311).

Et grâce à Bill Harry (« The Beatles encyclopedia – revised and updated » Virgin – 2000) nous apprenons que Trash était un groupe écossais de Glasgow, connu à l’origine sous le nom de Pathfinders. Lorsqu’ils signèrent chez Apple Records le groupe fut rebaptisé White Trash. Mais rapidement le White fut abandonné pour laisser place à Trash tout court. Ils connurent un succès relatif avec une reprise du medley Golden Slumbers/Carry that weight qui se hissa à la 35ème place des charts anglais en septembre 1969. Peu de temps après le groupe se sépara laissant derrière lui un album inédit (intitulé White Trash) et auquel un numéro de catalogue (SAPCOR 7) avait pourtant été attribué.

Par ailleurs, confirmant l’ensemble de ces éléments, Doug Sulpy livre ses impressions sur l’ambiance générale de ce morceau qu’il situe davantage dans la mouvance du double blanc, c’est à dire en 1968 (cf. « The 910 » vol. 2 n° 3 – janv./févr. 1993 – p. 17). A cet égard, il est bon de rappeler que le lancement d’Apple Records eut lieu en août 1968.

Cela expliquerait aussi pourquoi, selon la légende, la bande fut retrouvée dans une poubelle d’Apple (et non d’Abbey Road).

Enfin, et surtout, ne mésestimons jamais l’humour en forme de clin d’œil des bootleggers : dans le vocabulaire américain le mot « poubelle » se traduit par « trash can ».

En guise de conclusion, voici les paroles de ce morceau telles qu’elles furent publiées pour la première fois dans « Belmo’s Beatleg News » (vol. 3 n° 5 – 1990 – p. 5) :

I’m looking at a candle burns a flame to meet the sky
I leave the candle laughing, I turn my face to cry
A safety pin returns my smile, I nod a brief hello
While you are building molecules with your garden hoe
Why can’t this last forever, these things repressed inside
One feels it almost instantly unless One of us died
It’s over, it’s done, babe I need it again
Just please, please, please, oh don’t keep me from begin
I need to hear the colors red and blue and whispered word
To fly all day and sing in tune and not hear what I heard
To see you all around me and take you by the hand
And lead you to a brand new word that lately has been banned
We’ll build things never built before, we’ll do things never done
And just before it’s over, it’s really just begun
Hush

(à noter au passage que le premier vers explique pourquoi Peace Of Mind est également connu sous le titre A candle burns)

Mais il était dit que cette affaire nous réserverait encore une surprise de taille. En effet, au début des années 90, la société Sotheby’s a proposé aux enchères une liste de morceaux joués sur scène par les Beatles. Et sur cette liste d’une dizaine de titres, rédigée par Stuart Sutcliffe en 1961, apparaissait, tenez-vous bien… Peace Of Mind (Belmo’s Beatleg News vol. 5 n° 3 – avril 1992 – p. 3). De plus, il se trouve que Stuart avait également griffonné les paroles de ce morceau :

While I stood at the doorstep of romance
You told me we’re through
Then you threw your lovin’ arms around me
And you gave me, yeah-yeah, you gave me
Oh-oh, gave me, Peace Of Mind, yeah
Peace Of Mind, you gave me
Peace Of Mind, you gave me
Etc…

Après enquête, il s’avère que cette composition est tout simplement l’œuvre de James Bracken et qu’elle a été, à l’origine, enregistrée par les Spaniels (quintette vocal noir) le 11 mai 1956 pour le label américain Vee-Jay. Précisons en outre que ce label a été fondé par James Bracken lui-même et son épouse Vivian (Vee = V pour Vivian et Jay = J pour James).

Gene Vincent enregistra ensuite sa propre version le 26 mars 1958 (avec Eddie Cochran dans les chœurs, s’il vous plaît !) pour le compte du label Capitol. Et il y a fort à parier que les Beatles décidèrent précisément d’inclure ce titre dans leur répertoire après avoir écouté la version de Gene.

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