Phil Spector

1940-1961 : LA NAISSANCE DU MYTHE SPECTOR

Phil Spector , né Harvey Phillip Spector le 26 décembre 1940 à Brooklyn, fils d’un père juif russe immigré, qui se suicide le 20 avril 1949. Suite à cette perte paternelle, il passe sa vie entière à combattre un sentiment d’infériorité. Il s’enferme dans sa chambre des journées entières avec une guitare acoustique sur laquelle il se déchaîne.

En 1956 il se produit dans de petits pubs où il reprend avec succès les classiques des Everly Brothers. En fin de concert, il se fait un plaisir hors du commun à interpréter Rock Island Line de Lonnie Donegan.

Pour ses seize ans, il se produit pour la première fois dans une émission de télévision « Rocket To stardom », prémices des « radio crochets », où il chante In The Still Of The Night des Moonglows. Devançant tous ses concurrents, il sort vainqueur de cette compétition.

En 1957, il créé son propre groupe avec Marshall Lieb, Harvey Goldstein et Donna Kass, « The Teddy Bears ». « Don’t You Warry, My Little Pet éditée sur le label Era Records, devient sa première chanson pressée sur vinyle.

Ce premier single connaît son heure de gloire non pas avec la face A « Little Pet », mais avec la face B « To Know Him Is To Love Him ». Après un passage sur les radios de Los Angeles et sur celles du Dakota du Nord, elle « explose » dans tout le midwest.

Fin 1958, To Know Him Is To Love Him se classe N° 1 dans la quasi totalité des charts américains. Mais le succès grandissant de son groupe va changer Spector. Il devient arrogant et comprend vite qu’en intégrant le « music business », il va être entouré de requins. Il développe alors un instinct de tueur, tout au moins pour évoluer dans ce milieu.

En 1961, il entre chez Atlantic Records à New York. Là, il produit un groupe baptisé les Top Notes qui enregistrent la toute première version de Twist & Shout. En juin de la même année, il quitte Atlantic Records avec dix mille dollars de dettes. Loin de se soucier de ce détail, il lance à qui veut l’entendre : « Ma soeur est dans un asile de fous et c’est elle la personne saine de la famille » .

Par la suite, il produit divers artistes comme Gene Pitney, Curtis Lee ou Lester Sill.

Conscient de sa maturité dans le métier, il pense qu’il est temps pour lui de mettre en oeuvre son plan magistral. Les gens qu’il côtoie sont d’après lui des crétins dénués de sens artistique, alors que lui, possède ce sens et surtout celui des affaires. Il veut créer son propre label avec Lester Still, ce qui sera fait sous le nom « Milles », combinaison astucieusement pensée à son avantage de leurs deux prénoms Phil et Les. Il arnaque sans vergogne les « Crystals », quartette féminin new yorkais, en les détournant du droit chemin de la gloire où elles s’étaient engagées avec les éditeurs Hill et Range.

LA DICTATURE SPECTOR

Entre 1961 et 1963, il devient irascible, personne ne raconte de « conneries » avec lui sous peine de se voir casser le nez par des gardes du corps peu enclin au dialogue. Il tombe dans la paranoïa. Il fallait deviner les réponses qu’il attendait de ses questions, sans quoi la correction musclée se faisait sentir.

Il développe une technique qui lui est propre, le fameux « Wall Of Sound » Spectorien et présente les « Ronettes » au monde entier.

En 1966 les groupes que Spector a produit sont tous en pleine déconfiture et lui réclament des royalties impayées. Il tombe dans une retraite où il ne comprend plus ce monde qui bouge plus vite que lui en cette fin des années soixante.

C’est John Lennon qui, en 1969, va le sortir de sa torpeur pour lui confier la production de Instant Karma, George Harrison en fera de même en 1970 pour son triple album All Things Must Pass, geste qu’il regrettera d’ailleurs car Phil Spector, devenu alcoolique, ne venait jamais travailler au studio.

En 1979, les Ramones racontèrent les huit mois de calvaire que Phil Spector leur avait fait subir durant l’enregistrement de l’album END OF THE CENTURY en leur brandissant plusieurs fois un Revolver sous le nez

PHIL SPECTOR : LET IT BE : LE SABOTAGE

Lorsque Phil Spector entre en scène dans l’épisode Let It Be, sa version de l’album posthume des Beatles se trouve très controversée. La Spectorisation des bandes aidera à mettre un point final à l’épopée Beatlesienne.

John : « Pendant le tournage de Let It Be, j’ai voulu refaire la chanson Across The Universe, Phil a emporté la bande et a fait un sacré bon boulot dessus ».

George : « Je pense que Phil a approché Allen Klein parce qu’il essayait de trouver du travail. Il fréquentait Klein en tous cas. Probablement parce qu’il savait que Klein travaillait avec les Beatles. Je crois que Klein nous a suggéré de faire venir Phil pour lui faire écouter les bandes de Let It Be. Phil faisait le genre de disques que j’aimais : le son intégral. J’étais un de ses grands admirateurs. On avait passé un peu de temps avec lui quand il était à Londres, au début des années soixante. J’étais donc absolument d’accord avec l’idée de l’impliquer dans ce projet. Il avait traversé une mauvaise passe et avait laissé tomber la musique. Je pense qu’il tentait de se remettre dans le bain. J’ai vu ça comme un moyen de le remettre en selle ».

Paul : « J’ai récemment réécouté Let It Be version Spector, c’était horrible. Je préfère le son d’origine qu’on peut entendre sur ANTHOLOGY III.

Ringo : « J’aime ce que phil a fait. Il a amené la musique ailleurs, c’était le roi du « son intégral ».  »

LA FIN D’UN MYTHE

Les années 80 passent sous l’emprise de l’alcool où il faillit produire La Toya Jackson. Dix ans plus tard et quelques verres de plus, il reçoit diverses récompenses de l’industrie musicale et publie une bonne partie de son catalogue « Philles » en CD. Il entame alors une cure de désintoxication.

Fin 1999, le guitariste de AC/DC, Malcolm Young, aperçoit un fantôme de 59 ans occupé à produire un titre pour un groupe black dans un studio de Los Angeles.

En 2001, George Harrison déclare : « Phil, je pense toujours que tu es l’un des meilleurs… Personne n’est arrivé à ta cheville en termes de production excitante. Tu devrais être en train de travailler en ce moment même. Mais pas avec moi ! ».

PHIL SPECTOR : LE COME-BACK MORBIDE

L’année 2003 serait-elle une mauvaise année pour Phil Spector ?

Après la dé-spectorisation annoncée de l’album Let It Be , Ringo commente : « J’ai pu l’écouter, elle est vraiment géniale. Mon coeur est envahi de joie. Paul a longtemps été totalement opposé à Phil », Phil Spector vient donc d’être inculpé du meurtre de Lana Clarkson, 41 ans, actrice de séries B et de pubs télévisées.

Le lundi 3 février 2003 vers 5 heures du matin, la police de Los Angeles, prévenue de coups de feu émanant de la résidence « Pyrénées Castle », découvre le corps de l’actrice criblé de balles dans l’entrée principale du bâtiment.

La police ayant trouvé l’arme du crime, appartenant à Phil Spector, l’a aussitôt inculpé d’homicide. Sa limousine, une Mercedes noire, a été enlevée afin de déterminer si elle avait servi à transporter l’actrice. Après avoir nié connaître depuis longtemps Lana Clarkson (il avait déclaré l’avoir rencontrée le soir même dans un restaurant) Phil a avoué qu’elle était une relation de longue date.

Défendu par l’avocat Robert Shapiro (célèbre défenseur de O.J Simpson) Phil Spector a été libéré le lendemain en versant une caution de 1 million de dollars.

Ayant décidé dans un premier temps de plaider la folie (Phil Spector : « Je voudrai dire que je suis relativement fou. Je prends des médicaments pour la schizophrénie. Je suis schizophrène, j’ai une double personnalité, je suis mon propre ennemi, j’ai le diable en moi. Les gens m’idolâtrent, voudraient être comme moi, mais je leur dis croyez moi, n’enviez pas ma vie. Cela n’a pas été une vie agréable. J’ai eu l’âme torturée. Je n’arrive pas à faire la paix avec moi même. Je n’ai pas été heureux »).

Il semble que Robert Shapiro ait décidé de changer de système de défense en plaidant la thèse de l’accident. Phil Spector portait souvent ce Revolver sur lui, de jour comme de nuit.

Pour l’heure l’enquête du commissaire Daniel Rosenberg piétine. Le district Attorney ayant du mal à déterminer les charges, le procès de l’inventeur du « Wall Of Sound » qui devait se dérouler le 3 mars 2003 a été reporté à une date ultérieure

PHIL SPECTOR : LA TECHNIQUE DU « WALL OF SOUND »

Phil Spector a acquis ses lettres de noblesse dans la musique en créant une méthode de production bien à lui, appelée « The Wall of Sound ».

Les premières chansons sur lesquelles Spector réussit à affirmer cette technique sont :

  • « He’s A Rebel » par Gene Pitney en 1962
  • « Zip-A-Dee-Doo-Dah » par Bob B Soxx and the Blue Jeans

Ce Wall of Sound dépend évidemment de la méthode de travail mais également du studio et de l’équipe qui entoure Phil Spector.

LE STUDIO

Il enregistre essentiellement au studio Gold Star à Los Angeles, qui se caractérise par son exiguïté, mais une hauteur de plafond considérable. Ce studio, dont les murs sont recouverts de peinture acrylique (détail qui a son importance dans la réverbération du son) dispose de 2 chambres d’échos, une console 12 entrées, et un magneto Ampex 3 pistes.

L’ÉQUIPE

Il s’entoure d’une équipe extrêmement performante :

  • Larry Levine (ingénieur)
  • Jack Nitzsche (arrangeur)
  • Le Wrecking Crew, appellation regroupant la crème des musiciens de studios de la côte ouest :
  • Hal Blaine (batterie) ;
  • Carol Kaye (guitare et basse) ;
  • Steve Douglas (saxophone) ;
  • Larry Knechtel (orgue) ;
  • Leon Russel (piano) ;
  • Barney Kessel (guitare) ;
  • Glen Campbell (guitare) ;
  • Sonny Bono (percussions) ;

LA MÉTHODE

Larry Levine raconte que pendant l’enregistrement de « Zip-A-Dee-Doo-Dah », n’arrivant plus à maîtriser le niveau des tranches de la console, il remit tous les potentiomètres à 0. Puis il commença à les remonter pour refaire une balance. Après avoir réglé les 11 premiers, Phil Spector dit « C’est ca ! C’est le son ! On le prend ! ». Le potentiomètre 12 correspondant à la guitare de Billy Strange resta à 0 et c’est donc les autres micros qui reprenaient la guitare.

Les musiciens sont enregistrés quasiment sans isolation entre eux. Chaque pupitre est doublé, triplé voire quadruplé.

Le studio n’était pas très grande et la proximité entre les musiciens contribuait au son final.

TECHNIQUE SOUND ON SOUND.

  • Les chambres d’écho du studio.
  • L’acoustique du studio
  • Le produit final est en mono.

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