Allen Ginsberg

LA BIOGRAPHIE D’ALLEN GINSBERG

Éminent poète de la Beat Generation, Allen Ginsberg fut, jusqu’à son décès le 5 avril 1997 une influence considérable pour les Beatles. A la divine époque de Hambourg, les Beatles avaient pour ordre de tenir éveillés toute la nuit pour assurer les concerts endiablés du Star Club. Pour tenir le coup, les Allemands leur expliquent qu’il est possible de rester éveillé à coup de pilules amaigrissantes. Lennon était tellement bourré qu’il lui arrivait de s’allonger derrière le piano et que les autres se mettent encore à jouer. Ce remède miracle contre la fatigue s’appelle le Preludin et était en vente libre. Le Preludin donnait un sérieux coup de fouet aux Beatles et c’est avec ça et de la bière qu’ils ont survécu.

George Harrison raconte aussi que dans le même genre de drogue, un barbu venu un jour d’un faubourg de Londres était venu lire de la poésie à Liverpool et les silver Beatles lui avaient servi d’accompagnateurs. C’était Royston Ellis, l’une des grandes figures de la Beat Generation. Ellis avait découvert que si on ouvrait un inhalateur de Vicks, on trouvait à l’intérieur de la benzédrine qui imprégnait le carton.. Ce fut la première véritable drogue que les Beatles découvrirent en même temps que le Preludin. Bien sûr parmi les autres éminents poètes de la Beat Génération, on trouve le très controversé Allen Ginsberg.

A l’époque de Hambourg, les Beatles trouveront en la personne de Astrid Kirchherr et de Klaus Voormann des admirateurs de la poésie Beat. Ils firent découvrir aux Silver Beatles toute cette littérature contestataire qu’ils ne tardèrent pas à adopter.

Allen Ginsberg nait le 3 juin 1926 dans le New Jersey. Il devient dès 1955 à San Francisco un chef de file d’une nouvelle vague littéraire. La jeunesse d’après guerre prend goût à ses pamphlets pour la liberté lors de la lecture du poème « Howl » (que l’on peut traduire par hurler, mugir…) cette année là. Son public, massif, devient fidèle et la Beat Generation préfigure le mouvement Hippie. La plupart des contemporains de ces poètes seront profondément marqués par ces textes. Les autres chefs de file de cette époque sont Jack Kerouac, William S Burroughs (dont les collages hasardeux de mots vont influencer une foule d’artistes, de Mick Jagger à David Bowie), l’immense Charles Bukowski, Bret Easton Ellis, Henry Miller, Hubert Selby….

Un nouveau genre de déclamation poétique renaît. « Howl and Other Poems » qui paraît en 1956 sera dédié à William S Burroughs et Jack Kerouac à qui Ginsberg doit beaucoup. Très rapidement, le recueil de poésies est saisi par les douanes de San Francisco et la police traque le poète de squats en squats. Le livre fera l’objet d’un long procès impopulaire destiné à démontrer le caractère purement obscène de la chose. N’oublions pas qu’en dehors de cette jeunesse assoiffée de liberté, Ginsberg se heurtait aussi de plein fouet au puritanisme d’après guerre étasunien où sous couvert de Maccarthysme, tout ce qui de près ou de loin pouvait s’apparenter à un approchement de la pensée communiste était systématiquement poursuivi et descendu en flammes.

Ginsberg était reconnu pour son appartenance au Shivaisme (le Dieu Shiva est le dieu de la destruction, de la fécondité…et du cannabis) et il fut probablement le premier artiste à populariser la religion hindouiste. Ce qui, à n’en pas douter, laissera plus tard le jeune George Harrison émerveillé. Il devient aussi le porte-parole incontournable de la jeunesse du milieu des années 60, hostile à la guerre du Vietnam et plus tard l’une des icônes du mouvement hippie.

Au milieu des années 60 John Lennon et Paul McCartney avoueront alors que leurs tables de chevet sont peuplées de recueils tels que Kaddish, Reality Sandwiches ou the Yage Letters. Lennon ose dans « You’ve got to hide your love away » évoquer en filigrane l’homosexualité. On sent l’influence musicale de Bob Dylan sur des idées très voisines des poèmes d’Allen Ginsberg. A l’heure où Ginsberg est accusé d’appartenance communiste et raillé par une population américaine largement homophobe, il trouve dans l’album HELP un point d’ancrage qui marque le début de son admiration pour les Beatles. Il aura l’occasion de rencontrer Brian Epstein qui comme ses poulains restera marqué à vie par le poète.

Les Beatles ne rencontreront Allen Ginsberg pas avant 1965, quelques mois après Bob Dylan. Ginsberg propose régulièrement aux Beatles de participer à des événements de lecture de poésie mais les Beatles, chargés par leur emploi du temps démentiel ne parviennent pas à le voir.

Le 9 mai 1965, Bob Dylan donne un concert au Royal Albert Hall et invite Allen Ginsberg. Dans l’assistance, les Beatles applaudissent et vont serrer la main du poète lors de la fête qui suit le concert. John Lennon recommande à Ginsberg de ne pas le toucher de trop pres. Ginsberg néanmoins nullement échaudé répond à Lennon si il a déjà lu les ouvrages de William Blake plutôt que de céder aux provocations.

Durant son séjour à Londres, Ginsberg organise avec faste moult soirées arrosées. John, George et leurs épouses respectives arrivent un soir en retard à l’une des soirées organisées par Ginsberg. En arrivant, le poète est nu, éméché et récite des vers. Choqués, puis amusés, George et John restent et passent le reste de la soirée à passer du bon temps.

L’influence de Ginsberg sur les Beatles sera de donner par exemple à Lennon, le goût d’exprimer autre chose que des chansons d’amour pour midinettes. Il arrivera (entre autres, car ce n’est pas la seule influence, Dylan est aussi important) à ce qu’un titre comme « Help ! » ou « I’m a loser » arrivent à voir le jour.

Paul McCartney est le seul à assister à des événements de lecture à Londres à partir de 1965. Débute alors une amitié tue par les médias et qui durera plus de trente ans. Un jour donc de juin 1965, Paul arrive et rencontre Lee Harris, le fondateur du magazine Homegrown, un journal artistique, sympathisant de la légalisation de la marijuana. Harris se souvient : « le 11 juin, j’ai entendu Allen Ginsberg pour la première fois et Paul McCartney était dans le public. C’était un festival international de rencontres pour lire de la poésie au Royal Albert Hall de Londres. On était tous réunis pour entendre les poètes de la Beat Génération. Lorsque Allen Ginsberg, avec sa barbe touffue et son crâne dégarni se dressait comme un seul homme, on pouvait ressentir comme une tension dans l’air. Un peu comme un prophète de l’Ancien Testament. On n’avait jamais entendu un langage aussi subversif et riche. Ce fut une plus qu’une révélation pour nous, ce fut une illumination qui allait déclencher l’imaginaire. Le mouvement underground qui commençait à se faire connaître à Londres fut enfin porté au grand jour. »

Il lit le poème « Who Be Kind To » en déclamant « Ce soir, projetons-nous dans le Londres de 2001, années des dieux effrayants….. ».

A cette même époque, Ginsberg invite fréquemment Paul McCartney à venir discuter de la légalisation des drogues douces et dures, de mysticisme. Il est fréquemment accompagné de Mick Jagger, Marianne Faithfull, Donovan et Barry Miles (qui relate tout cela dans MANY YEARS FROM NOW). De ces discussions naîtront le désir de composer des textes aventureux, tournés sur la réalité sociale pour Paul McCartney. Mais aussi les premiers poèmes, les premières peintures de Paul. C’est entre autre grace à Ginsberg que Paul devient la coqueluche du tout Swinging London. Andy Warhol, Ianni Xénakis, Karlheinz Stockhausen serreront la main du jeune McCartney entre autres grace à l’ouverture d’esprit entreprise (entre autres) par Allen Ginsberg. Et cette ouverture se traduira par la suite dans toute l’œuvre musicale et picturale de Paul McCartney.

Paul peint en 1965 un tee-shirt qu’il offre à Allen Ginsberg où l’on peut lire « Pot is Fun ». Inutile de dire que ce genre de slogans de retour aux Etats-Unis sera immédiatement confisqué. Allen le porte haut et fort lors de meetings destinés à dépénaliser la marijuana.

En 1966, à l’écoute d’ « Eleanor Rigby », Allen Ginsberg sera estomaqué par le texte, tout comme la plupart des contemporains de Paul. Pour Ginsberg, il s’agit de la première chanson à revendication sociale. Et sans l’avoir dit, il n’est pas impossible de penser que Ginsberg endossa la paternité de ce genre de vers. Ginsberg a notamment combattu jusqu’à la fin de se vie pour le droit des populations défavorisées, contre la solitude des foules urbaines….Même Yoko Ono avoue encore aujourd’hui avoir du respect pour Paul, ne serait-ce que pour ce texte.

Au même moment, le 14 janvier 1967 Allen Ginsberg offre à San Francisco un somptueux happenning politico-poésie en compagnie du fameur Timothy Leary qui défraie la chronique en expliquant que le LSD est inoffensif. Lors de cet événement très médiatisé et suivi par Paul McCartney, deux groupes qui deviendront majeurs pour le bassiste gaucher sont invités : Jefferson Airplane et Grateful Dead.

En 1967, John Lennon cite Allen Ginsberg dans le titre « I’m The Walrus » en le taxant d’ « Elementray Pinguin singing Hare Krishna ». A cette même époque en 1967, il est l’un des rares à qui Paul fera écouter « Carnival Of Light » lors de la représentation du Roundhouse Theater. Il lance à Londres le Congress of the Dialectics of Liberation ainsi que le meeting de Hyde Park le Legalise Pot Rally. A cette même période, Paul qui a goutté à la drogue dure admet à la presse avoir pris régulièrement du LSD. On ne sait pas si c’est Ginsberg qui lui a suggéré de ne plus se cacher quant à ses prises de drogues, mais l’affaire causera quand même des soucis non négligeables.

A la fin de cette année, Ginsberg est arrêté pour la première fois lors d’une manifestation houleuse contre la guerre du Viet Nam à New York le 5 décembre 1967.

Dès lors, les rassemblements de poésie de Ginsberg sont courus par la jeunesse contestatrice des Etats-Unis. L’un d’entre eux est particulièrement sanglant lorsque des étudiants se heurtent à la police à Chicago le 30 Août 1968. Ginsberg, imperturbable, reste assis sur scène et pendant sept heures d’affilée, il chantera le fameux « Om » si cher aux bouddhistes.

En 1969, Ginsberg combat ardemment contre le Vietnam et les états totalitaires soviétiques, chinois et cubains pour prôner l’amour, la liberté et la paix. John ne l’oublie pas dans la chanson « Give Peace A Chance ».

John Lennon et Yoko Ono le rencontreront fréquemment et il restera un proche de John Lennon jusqu’à son assassinat en 1980. Yoko Ono le revoit aussi très fréquemment avec Sean Lennon dans les années 80 et 90.

C’est aussi cette année là que Ginsberg décide d’enregistrer ses premières chansons. Il s’inspire de William Blake et notamment Songs Of Innocence et Songs of Experience. Paul McCartney soutient discrètement le projet auprès d’Apple et Barry Miles offre même ses qualités de manager pour ce projet musical hors norme. Les musiciens qui jouent avec Allen Ginsberg sont alors Don Cherry, Elvin Jones et Jon Scholle. Le disque ne parvient malgré tout pas à être distribué par Apple, qui connaît de sérieuses difficultés en ces temps de trouble pour les Beatles. Nous sommes en juin 1969 et après des reports, le premier disque d’Allen Ginsberg sort chez MGM en 1970. Il sera pressé à très peu d’exemplaires.

Dans les années 70, Allen Ginsberg reste toujours un agitateur de premier choix. Il devient un proche ami de Bob Dylan. Celui-ci assiste régulièrement aux meetings du poète et peu de temps après un rassemblement à la New York University en décembre 1971, Dylan invite Ginsberg pour de nouveaux morceaux. Le résultat sera FIRST BLUES qui ne sortira qu’en 1983. En mémoire de son ami Jack Kérouac décédé en 1969, il collabore activement à l’élaboration de la Jack Kerouac School of Poetics située dans la ville de Boulder au Colorado.

C’est d’ailleurs aussi Allen Ginsberg qui suggéra plus tard à Paul McCartney de faire de même à Liverpool. Le résultat sera le Liverpool Institute for Performing Arts qui ouvre ses portes en 1995.

Peu après en 1975 et 1976, Ginsberg, toujours proche de Dylan s’envole pour le Rolling Thunder Tour auquel participait avant David Mansfield, ami fidèle et qui cosignera plus tard « The Ballad of The Skeletons ».Vers 1978, il parvient à obtenir une copie des fichiers secrets qui le renfermait dans la catégorie agitateur politique et homosexuel notoire. Allant plus loin que ce qu’il imaginait, Ginsberg décide de renforcer l’acidité de sa verve contre les pratiques discriminatoires dont il a été victime.

En 1980, il se prend de passion pour un nouveau groupe : The Clash. Avec Joe Strummer, qui voit en Ginsberg un allié de taille en ces premiers temps de retour à l’ordre moral britannique. De leur rencontre naît un titre « Ghetto Defendant » que l’on retrouve sur le disque COMBAT ROCK. Le 10 juin 1981, il récite sur scène un poème du nom de « Capitol Air » lors d’un concert des Clash à New York.

C’est en 1983 que sort son disque du nom de FIRST BLUES avec notamment ses chansons avec Bob Dylan. Il y’a également de très nombreux titres intéressants enregistrés entre 1971 et 1981.

Dans les années 80 Ginsberg continue ses activités et à la fin de la décennie il collabore avec le compositeur Philip Glass. Durant les années 90 il mettre en musique certains de ses poèmes comme HOWL. Il enregistre aussi en 1996 des poèmes de Jack Kerouac sur le disque JACK KEROUAC MEXICO CITY BLUES

Paul et Linda seront quant à eux des amis plus proches du poète. Ils le revoient fréquemment à partir de la tournée mondiale 89-90. Et surtout dans les années 90. Linda ne l’a jamais Photographié dans les années 60 mais lors de ses séjours à San Francisco en 1966 avec Janis Joplin elle aura l’occasion de rencontrer le poète lors d’un concert de Big Brother and The Holding Company.

Les 12 et 13 férvier 1993, Paul et Linda McCartney sont à New York pour enregistrer l’émission Saturday Night Live Show. Durant les deux jours, ils revoient Allen Ginsberg pour la première fois depuis de nombreuses années. Allen Ginsberg assiste notamment à l’enregistrement de « Biker Like An Icon » et « Get Out Of My Way » avec comme invité Alec Baldwin. Ils l’invitent à venir alors régulièrement en Angleterre à Pesamarch.

Dans les années 90, Paul, Linda et Allen Ginsberg partagent toujours un intérêt important pour la peinture, les haïkus (qui seront une influence pour le disque Rushes sous le pseudonyme The Fireman). Il lit aussi les poèmes de Paul McCartney en 1995 et propose à Paul de le conseiller sur certains vers. C’est aussi lui qui encourage Linda à créer des ouvrages de Photographies couplés avec des haïkus.

En 1995, Paul accepte de participer à un festival de poésie « « The Return Of The Forgotten Poetry avec Anne Waldman et Tom Picard. Il décide pour l’occasion de réciter un poème du nom de Ballad Of The Skeletons, un poème qu’il décrit « comme un manifeste politique pour les droits et contre le monothéisme communiste ». Au départ, le poème devait s’appeler « Skeleton Key » mais un journaliste américain, Steve Silberman, lui indique qu’il avait écrit un livre sur le Grateful Dead du nom de « Skeleton Key : A Dictionary For Deadheads ». Il transforme le titre en « Ballad For The Skeletons ».

Le poème plait tellement à Paul McCartney qu’il demande à sa fille Mary de filmer le poète récitant ses vers chez lui à Peasmarch. Allen Ginsberg annonce aussi à Paul qu’il envisage de prendre un groupe de la Brit Pop pour l’accompagner sur scène mais il ne sait pas qui choisir.

Fin 1994, Paul avait invité Jeff Beck à Peasmarch pour une série d’enregistrements toujours inédits. Il propose alors à Ginsberg de demander à Jeff Beck de l’accompagner. Mais Ginsberg ne connaît pas bien le mythique guitariste des Yardbirds et du coup Paul, qui voit bien que Ginsberg n’a toujours personne, insiste pour être le guitariste qui l’accompagnera sur scène le 16 octobre 1995. La veille de la représentation, Linda, Heather, Stella, Mary et James assistent à la répétition. Allen Ginsberg choisit alors de ne pas révéler l’invité surprise de ce concert. Paul est censé arriver à la fin de la représentation avec une guitare. La salle est à moitié remplie ce soir là. Et les spectateurs n’en croient pas leurs yeux. Un texte contestataire déclamé par Allen Ginsberg au son de la guitare de McCartney. Certains se croient revenus dans les années 60. La salle leur fait une ovation immense..malgré le faible nombre de spectateurs.

Ce soir là dans la salle, se trouve un certain David Mansfield. Allen et lui envisagent alors de collaborer ensemble pour enregistrer une version studio de la chanson. « Paul avait trouvé un rythme un peu reggae que j’aimais beaucoup. Et de mémoire, je crois que c’est la première fois que Allen se produisait sur une scène avec un musicien » Il voulait jouer la chanson avec Paul au cours du concert au profit du Tibet au Tibet House au Carnegie Hall de New York, prévu pour Février 1996. Malheureusement, Linda McCartney apprend le 7 décembre 1995 qu’elle est victime d’un cancer du sein. Paul plonge alors dans une déprime immense et sera soutenu par Allen Ginsberg qui apprendra lui aussi qu’il a un cancer, et ce au cours de l’année 1996.

Néanmoins, il retrouve David Mansfield en janvier 1996 et ils décident d’enregistrer « The Ballad of the Skeletons ». Et pour se faire aider, ils décident de faire appel aux futurs participants du festival, à savoir notamment Lenny Kaye et Phillip Glass.

Par le biais de Pattie Smith, Lenny Kaye, qui répète pour le Tibet House Benefit Concert, rencontre Allen Ginsberg et il deviennent amis en 1996. Allen lui demande de jouer une partie de basse sur « The Ballad Of the Skeletons ». Lenny Kaye, enchanté accepte de rejouer une partie déjà jouée par Paul McCartney. Après la proposition de Paul de jouer du rock avec des poèmes, Allen Ginsberg est plus que décidé à marier musique et vers.

 

Dans l’assistance du concert le 19 février 1996, se trouve Danny Goldberg, le patron de Mercury Records et qui aime la poésie Beat. Il trouve la performance excellente et propose à Lenny Kaye de l’enregistrer sur single. Il lui demande de rassembler les participants et de produire l’ensemble avec Allen Ginsberg. Pour répéter avant les enregistrements (le groupe n’a pas beaucoup de moyens), ils donnent un autre concert le 5 avril 1996 au Ann Arbor. Puis en Mai 1996, ils rentrent tous en studio au Kampo à New York sur Bond Street.

Allen Ginsberg estime alors que Paul devrait participer aussi à l’enregistrement. Mais la santé de Linda l’empêche de venir se joindre à eux. Allen Ginsberg néanmoins lit les poèmes de Paul de cette époque et le conseille même. Il téléphone aussi à Linda qui compose toujours des haikus sous l’influence du maître. Avec les autres musiciens Lenny Kaye et David Mansfield il enregistre une maquette de 24 pistes.

Fin Mai 1996, Paul enregistre une partie de maracas, de batterie. Il enregistre aussi pour eux une partie de guitare dans la veine d’Al Kooper, sur les premiers disques de Dylan, ce que David Mansfield ne manque pas de constater.

Or donc en mai 1996, Allen Ginsberg demande à David Mansfield de remplacer la ligne mélodique crée par Paul McCartney en studio. Mark Ribot, Lenny Kaye, Allen et lui enregistrent toutes les versions le 23 mai 1996 au Kampo Cultural Center de Manhattan. Ils enregistrent aussi « Amazing Grace » le même jour et Allen Ginsberg en change les paroles. Une autre des anciennes chansons de Ginsberg est enregistrée à savoir « Don’t Smoke » sur laquelle Mansfield avait joué dans les années 70.

David Mansfield se souvient des séances d’enregistrement : « Allen m’a fait vivre une expérience très riche encore une fois. Je me situais parfois dans la cabine du studio et je le faisais répéter ses paroles pour qu’elles soient bonnes. Allen a réussis à délivrer presque d’un seul coup ce qu’il voulait dire. En tout cas l’ambiance dans le studio était vraiment très bonne, très chaleureuse. Au moment de faire une pause il a commencé à faire des mouvements bouddhistes. Il nous a montré comment le fait de marcher et de poser son pied était important puisque les sages doivent suivre la courbe de la Terre. C’était magnifique »

Lenny Kaye produit le titre et la reprise d’Amazing Grace.

Et au concert pour le Tibet de février 1996, c’est à Philip Glass que revenait l’organisation de l’événement. Philip est alors pressenti pour jouer du piano sur le titre de Ginsberg. Les deux artistes ont déjà collaboré et partagent ensemble le même gourou bouddhiste à savoirGelek Rinpoche. Deux fois par an d’ailleurs, Philip Glass et Allen Ginsberg participent aux retraites de Rinpoche où ils se retirent au milieu de nulle part pour méditer, écrire et composer.

Lenny Kaye : « Philip Glass est donc venu en studio peu de temps après et a enregistré sa partie très vite. Il avait d’ailleurs déjà joué du piano avec Allen Ginsberg sur scène en 1989 ».

Peu après, avec les parties enregistrées par Philip Glass, Paul rajoute guitares, percussions et maracas. Lenny Kaye était d’ailleurs fier d’entendre McCartney coller sa partie de batterie sur sa partie de basse alors que d’habitude c’est Paul qui tient la basse.

La chanson est cosignée Ginsberg-McCartney-Glass-Kaye et se présente comme un manifeste engagé, une protest-song contre les politiciens dénués de tous sentiments humains et contre l’Estblishment. Le New York Times remarque alors que la chanson contient les chevaux de bataille de Ginsberg à savoir les pro-militaires, les politiciens véreux, les homophobes et la censure bien pensante. La chanson est alors un succès inattendu.

MTV réclame même une vidéo pour la promouvoir. Ginsberg déclare au magazine People que la rencontre avec McCartney avec Dylan ou d’autres rockers ne le choque pas car il les considère comme des poètes.

C’est alors Gus Van Sant qui se propose de tourner la vidéo. Le réalisateur de DRUGSTORE COWBOY, MY OWN PRIVATE IDAHO et plus récemment d’ELEPHANT, film retraçant le massacre du lycée de Colombine. Allen Ginsberg apprécie beaucoup ce réalisateur qui n’hésite pas à explorer les recoins sombres des Etats-Unis, les laissés pour compte, les oubliés de la croissance. Le réalisateur avait déjà réalisé la vidéo du titre « Fame 90 » cosigné par John Lennon et David Bowie. La vidéo est diffusée en boucle sur MTV et devient même un nouvel hymne pour la jeunesse contestatrice. Elle est nominée parmi les meilleures vidéos de 1996 mais on n’y voit pas Paul McCartney.

Allen Ginsberg réussit à 70ans à obtenir un hit qui passe à MTV ; Certains n’en croient pas leurs oreilles. Le poète semble avoir toujours des facultés de critique et de création intactes.

Lenny Kaye : « Il était entrain de se créer une atmosphère de travail extrêmement agréable en studio. Philip Glass était partant même pour d’autres projets et des concerts. Hélas, Allen Gisnberg est tombé malade à la fin de cette année là et j’en ai été profondément attristé. Car ce disque nous a permis de nouer une amitié et un groupe qui était promis à d’autres projets. J’ai adoré travailler sur « Ballad of the Skeletons » car c’était très rapide. En deux jours, tout était enregistré et le lendemain, on avait fini le mixage final. Voir Allen Ginsberg travailler fut l’une des plus belles expériences de ma vie. Pour moi qui considérait les poètes Beat comme une référence et même un modèle de vie, j’ai eu de la chance de travailler avec lui. Et toute ma génération, Paul McCartney et Philip Glass compris, ont le sentiment qu’Allen Ginsberg et les poètes Beat ont insufflé un vent de liberté et de revendication qui se répercutent dans nos œuvres. »

Un long article a été écrit par Keir Jan Smith dans la presse spécialisée de musique électronique anglaise. Jan Smith dirige un label du nom de Chapter Two et qui a distribué l’album UNSAVOURY FLAVOURS que Ginsberg avait enregistré avec des textes de William Burroughs. Le label en question s’appelle toujours HYDROGEN JUKEBOX, du nom de l’œuvre de Philip Glass et Allen Ginsberg.

En 1996, voici ce qu’il écrivait : « Les critiques actuels sont entrain de se creuser la tête pour savoir ce qu’il restera de plus marquant au vingtième siècle. Du côté de la littérature, on retient volontiers la Beat Generation et parmi la musique c’est sûrement les Beatles. Car ce qu’ils ont pu exprimer restera très original et surtout marqué par leur contexte social. Alors il n’y a rien d’étonnant de voir aujourd’hui McCartney et Allen collaborer ensemble car ces deux artistes ont écrit une vision du monde critique et l’ont exprimé dans leur art.

Ginsberg et McCartney ont tous deux trouvé de l’inspiration et des idées pacifiques à travers les cultures orientales et indiennes à la fin des années soixante en pratiquant et en diffusant les idées venues d’Inde ou de Chine. Ginsberg avec le bouddhisme et les Beatles, via George Harrison, avec la divinité Krishna. Ils ont une vision des événements plutôt optimiste et font preuve d’empathie pour la race humaine. Aussi, il est évident de voir dans leurs œuvres une vision du monde contestatrice et anti-conformiste. La vacuité de notre civilisation et de notre mode vie étant alors enrichi par les apports venu d’Orient. Et c’est vraisemblablement cette ouverture qui a redéfini leur art. Ginsberg et les poètes Beat ont contribué à amener la poésie dans tous les milieux, à la populariser. Ils ont donné aux jeunes et moins jeunes des éléments de réponse au monde qui les entoure, à leurs interrogations multiples. Les écrits des poètes Beat des années 50 ont pavé la voie qui mena au mouvement Hippie des années 60. Des écrits contre les formes de violence, où seules paix et amour était prônées. Avec aussi des slogans anti-conformistes, anti-guerre, anti-propagande, anti-haine….

Les Beatles ont aidé la musique à traverser toutes les couches sociales. Ils ont touché à tout à vulgarisé dans le bon sens du terme la pop et le classique, le rock et la musique indienne. Ce fut le premier engouement mondial pour un genre musical et la première folie aussi. Aujourd’hui on cite les Beatles comme la plus grande influence pour ces raisons. McCartney n’a pas eu peur donc de se frotter à nouveau à cette popularité et à l’esprit contestataire des années 60. On ne connaît pas forcément cette facette là mais c’est sûrement celle qui paraît la plus authentique.

Tous deux donc sont les symboles encore vivaces de la contre-culture que nous pourrions aujourd’hui définir par alter-mondialisation. L’approche de Ginsberg doit aussi beaucoup au jazz d’après guerre, à ce sentiment de liberté retrouvé après le conflit mondial. Ses lectures des années 50 à San Francisco en étaient d’ailleurs fortement imprégnées. Ses poèmes sont d’ailleurs souvent écrits comme s’il s’agissait de chansons avec un rythme, un refrain, des couplets. Il y’a une musicalité rare en réalité dans ses textes. C’est aussi pour cette raison que l’on a souvent pu le voir déclamer ses vers aux côtés de Bob Dylan ou Philip Glass. « The Ballad Of The Skeletons » est tout simplement un condensé de convictions toujours d’actualité et un beau témoignage des années soixante »

Lenny Kaye ajoute : « Allen était déjà familier à l’univers musical. Il a collaboré avec Bob Dylan pour le disque FIRST BLUES. Il avait d’ailleurs contacté Dylan courant 1996 pour un nouvel album. Cette même année, il a participé à un événement à la St Mark’s Church de New York. Avec le producteur Hal Wilner, il avait prévu de créer un habillage musical pour chacun de ses poèmes. Il y’avait même une grande place laissée à l’improvisation pour cet événement et Allen aimait ce mariage des poèmes et des sons. Parfois je l’ai même vu déclarer ses poèmes tout en jouant de l’harmonium. A l’automne de cette année 1996, on a joué « Ballad Of The Skeletons » lors d’un festival organisé à Ann Arbor pour le mouvement Bouddhiste. Il m’avait demandé de jouer des solos les plus bruyants possible, limite hard-rock, ce que je fis. Il voulait que les mots meurent noyés par le bruit. Il adorait tout simplement le son et la musicalité des mots. »

En octobre 1996, Mercury sort le single « The Ballad of the skeletons » avec comme tracklisting :

  • The Ballad Of The Skeletons ( Ginsberg / Glass / McCartney ) – Guitar,drums,organ y maracas Paul McCartney
  • The Ballad Of The Skeletons – ( Edit ) ( Ginsberg / Glass / McCartney ) – Guitar,drums,organ y maracas Paul McCartney
  • Amazing Grace ( Trad. Arranget Kaye / Mansfield )
  • The Ballad Of The Skeletons – ( Clean ) ( Ginsberg / Glass / McCartney ) – Guitar,drums,organ y maracas Paul McCartney

Le titre va rencontrer un public et le clip sera massivement demandé sur MTV bien que le single n’ait pas un succès phénoménal.

Mercury Records, surpris par le succès de « The Ballad Of The Skeletons » proposa à Allen Ginsberg d’enregistrer un album entier de nouvelles chansons. Ils planifièrent aussi un concert sur MTV dans la série des Unplugged et entamèrent fin 1996 des pour-parlers avec Philip Glass, Lenny Kaye, David Mansfield, Bob Dylan et Jeff Beck. Entre temps, Allen Ginsberg trouva le temps de participer au clip de la chanson « Please » du nouvel album de U2, POP sorti en 1997.

Hélas à la fin 1996, Allen Ginsberg, très enthousiaste par cette nouvelle popularité, souffrait de complications intestinales. Et le 5 avril 1997, il était emporté par un cancer du foie foudroyant. La fin de sa vie ne fut donc pas monotone et il put partir avec panache.

Paul McCartney fut extrêmement bouleversé par l’annonce de sa mort, d’autant qu’en l’espace d’un an, entre 1997 et 1998, Allen Ginsberg, Lady Diana, Derek Taylor, Carl Perkins et bien sûr Linda allaient mourir. Ce fut un vide immense pour lui, qu’il combla par la peinture, un peu de musique mais aussi par l’écriture de poèmes.

Il est absolument évident que l’écriture de haïkus que Linda pratiquait régulièrement était encouragée par Allen Ginsberg. Et pourtant, en l’absence de Linda et Allen, Paul écrivit seul une flopée de poèmes inédits en 1998 et 1999. Lorsque son meilleur ami Ivan Vaughan décéda en 1993, il écrivit « Ivan » et peu après en écrivit bien d’autres.

Son ami Adrian Mitchell lui suggéra en l’an 2000 de faire paraître ses poèmes. Et le 5 mars 2001 Paul McCartney fait paraître Blackbird SINGING. Pour l’occasion, Paul arrive le 21 mars 2001 à 13 heures au magasin WH Smith de Liverpool pour une séance de dédicace qui laissera 5000 fans sur le carreau. Un magasin qui trente-huit ans plus tôt abritait les rayons de la Nems qui appartenait à la famille de Brian Epstein. En tee-shirt et veste noire, il est accueilli notamment par sa tante Joan (la fameuse Auntie Gin de « Let’Em In ») qui avait fait le déplacement exprès pour lui. Vers 16 heures Paul ressort du magasin pour rejoindre les locaux de LIPA.

Tout comme Allen Ginsberg, Adrian Mitchell propose à Paul une sorte de happening poétique avec lecture de ses écrits. Par contre, cette soirée était d’abord présentée comme un hommage discret à Adrian Henri, un poète Beat et organisée par Adrain Mitchell, Tom Pickard et Willy Russell. Paul a donc été invité à lire aussi certains textes poignants et d’autres plus légers. Il lut donc les paroles de « Maxwell’s silver Hammer », le poème « Jerk of All the Jerks » dédié à John (une tirade contre Mark Chapman). Un autre poème s’appelle « City Park ». Il décrit l’état d’esprit de Paul, courant en survêtements dans Hyde Park, lors de ses fréquentes venues à Londres quand Linda subissait sa chimiothérapie. Il a conclu l’événement par une lecture pêchue de « Why don’t we do it in the road ».

Le 24 avril 2001, Paul lit à la télévision américaine sur ABC des poèmes de Blackbird SINGING. Cette fois-ci, il lit « Ivan », des chansons des Beatles, « Here Today » et « Jerk of all the Jerks ». Pendant l’intervention, il expliqua qu’il revoyait le Maharishi de temps en temps et que celui-ci avait aussi eu droit à une lecture privée de poèmes.

Le 8 mai 2001, Paul de passage à Milan pour la promotion de Wingspan revoit George Harrison, durement affecté par son cancer. Pour lui remonter le moral, il lit avec George des poèmes qui lui font, d’après ses proches, un bien fou. Et l’estime parfois faible qu’il porte à Paul remonte subitement.

Enfin le 31 mai 2001, il participe au Hay Festival au pays de Galle où à nouveau il lit ses poèmes.

Allen Ginsberg est donc bel et bien une figure marquante pour les Beatles. Un de ceux qui leur fit prendre conscience d’introduire des éléments sociaux dans leur musique. Un modèle de liberté et d’indépendance d’esprit, vénéré par tous les chanteurs de leur générations. Sans l’influence des poètes Beat, des titres comme « Eleanor Rigby » ou « You’ve Got To Hide your Love Away » n’auraient pas eu de textes aussi marquants. Ginsberg fut aussi un moteur pour Paul et Linda au travers de leurs écritures et même de leurs musiques.

Il n’est donc pas étonnant que « The Ballad of The Skeletons » ait vu le jour en 1995. Et si un album avait suivi…..mais ce n’est qu’un rêve hélas avorté.

gins

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