Nitin Sawhney

Alors que le projet Rushes de The Fireman est déjà vieux d’un an, Paul a encore à cœur de remixer quelques titres. Il décide de choisir celui qui parmi les artistes contemporains lui palit le plus : Nitin Sawhney.

Nitin Sawhney est en effet à la fin des années 90 l’un des pionniers de la dance à connotation asiatique avec Talvin Singh, autre remixer entrevu pour Rushes. C’est avec un disque tel que DISPLACING THE PRIEST que Sawhney atteint une côte de popularité énorme en Angleterre, un disque de musique électronique qui selon les critiques parvient à surpasser les frontières, le temps et les genres.
Né à Londres en 1964, Nitin Sawhney s’interesse très vite à la musique avant d’accompagner James Taylor (révélé par Paul McCartney au moment de la création d’Apple) puis Talvin Singh (il s’appelaient alors The Tihai Trio) avant de composer des bandes originales de films et des génériques de télévision. Puis il se lance ensuite dans une carrière solo. Sa musique est un hybride de drum and bass, de flamenco, de musiques africaines…etc…souvent mélodieux et doux.

En Août 1998, Sawhney habite dans une chambre de bonne à Londres dans une résidence modeste où l’on croise étudiants, travailleurs peu fortunés. Pour tout mobilier, un lit, deux chaises et un PC surpuissant bourré à craquer de logiciels sonores et sample. Une chambre d’étudiant modeste mais qui pourtant a reçue des visiteurs prestigieux tels que Brian Eno, Massive Attack, Sinéad O’Connor, Moby, David Bowie et aussi le producteur de films John Schlesinger.

« J’essaie toujours de montrer que les cultures ne sont pas si éloignées les une des autres, qu’il n’y a pas de barrières et qu’il y’a même de nombreux points communs entre elles. Par exemple le Flamenco est à l’origine une musique d’Inde et qui s’est nourrie de fusions diverses avant de devenir ce que l’on connaît aujourd’hui. Les jeunes asiatiques de Londres de ma génération ont pourtant aujourd’hui des influences communes avec les européens. La plupart d’entre eux sont même nés ici et ce qui va différencier, ce sont les influences de nos parents, l’héritage d’ailleurs qui sont différents et qui enrichissent la musique. »

Ses premiers titres sont publiés par Outcaste, un label indépendant anglais destiné à diffuser les artistes mélangeant musique électronique et pop asiatique. De nombreuses compilations sont vendues ou circulent sous le manteau comme par exemple NEW BREED, UNTOUCHABLE OUTCASTE BEATS 1, OUTCASE PRESENTS : THE FIRST FIVE YEARS. Cette dernière finit un jour dans la platine laser de Paul McCartney qui se trouve enchanté par cette musique. Il accepte même d’être cité dans la publicité du disque où l’on peut lire : « Qui achète OUTCASTE ? Madonna, Paul McCartney, Robbie Williams, Massive Attack.. »

Que Massive Attack ou Madonna soient des coutumiers n’a rien d’étonnant puisque très habitués au remixes de leurs albums ou pour d’autres artistes. Mais Paul McCartney, c’est plus surprenant. Parmi les titres de cette compilation, on retrouve notamment Thievery Corportaion, Ninja Tune, Ananda Shankar qui avait fait une excellente reprise de « Light my fire » des Doors.

En Août 1998 donc, MPL, appelle le manager de Nitin Sawhney pour lui proposer de remixer une partie d’un projet du nom de The Fireman. Sawhney, qui ne connaissait pas le disque, accepte tout de suite parce que dit-il « Paul McCartney n’est quand même pas n’importe qui ». Sawhney rencontre alors Paul Youth, le producteur de The Fireman qui lui fait écouter l’album Rushes avant même sa sortie. Nitin Sawhney n’en croit pas ses oreilles et trouve l’album fantastique. Il aime ce côté Pink Floyd et ces sons qui semblent disparaître et revenir. Après quelques écoutes, Sawhney décide de choisir « Fluid » et embarque donc chez lui les bandes originales du titre.

« J’ai donc obtenu les différentes pistes de « Fluid », qui de tous les titres était celui que je pensais être le mieux à remixer. Ils m’ont envoyé une version multipiste et j’ai ensuite reçu par la poste une seconde version. Je bossais sur un petit PC à ce moment là et j’étais donc dans ma piaule, entrain de travailler et c’est d’ailleurs à cet endroit que je produisais l’essentiel de mes remix. C’était vraiment juste un PC, un CD et un sampler. Et bien sûr à ce moment là, il n’était pas dit que Paul McCartney, que je n’avais toujours pas rencontré, allait accepter la version finale. Et puis donc je me suis assis sur mon lit en me disant, « comment je vais m’y prendre ». En me disant que ce travail était parti d’un simple coup de fil d’un manager de Paul McCartney. Et voilà qu’il me rappelle tout d’un coup en me disant : « Paul voudrait passer vous voir ». J’habitais à Tooting, un quartier de Londres pas forcément reluisant. Et un soir, je suis descendu pour dire à mes colocataires, « Bon il y’a Paul McCartney qui vient me voir ce soir à 19h. Et il me disent alors « Mais oui bien sûr ». Alors j’ai du insister une fois de plus en leur demandant à tous de ranger leur chambre, de nettoyer, de jeter les canettes de bière, de remettre les canapés en bon état. Et puis il est venu, il a monté les escaliers, et c’était vraiment bizarre. Dans un premier temps, je me suis dit, « Paul McCartney, ici. Je n’ose y croire ». Et sans l’avoir jamais vu, je me rendais compte que je connaissais beaucoup de choses sur lui. Je n’ai jamais été un fan des Beatles ou de Lennon ou McCartney en solo, même si ils ont écrit de superbes chansons, mais je n’avais jamais percuté spécialement sur eux. Mais en même temps je connaissais aussi des éléments de sa vie. Je savais par exemple qu’il était devenu veuf récemment et puis quand il a voulu prendre ma guitare pour jouer, je me suis bien entendu rendu compte qu’il était gaucher. Il m’a parlé de boites de nuit sur Londres et des clubs dans lesquels il jouait comme à la Cavern. Et tandis que je lui parlais, je me suis rendu compte que c’est un gars qui a les pieds sur terre et qui ne se prend pas la tête. Ce que je redoutais avant sa venue sincèrement. Quelqu’un qui vaut un demi milliard de livres Sterling ne pouvais à mes yeux qu’être un blaireau. Mais lui, non. Je me suis même dit qu’à un moment, j’aurais pu très bien avoir eu envie de lui proposer de boire un coup dans les environs. Il parle beaucoup et naturellement. Et puis, il a proposé de jouer de la guitare que l’un des mix que j’avais fait. Je me suis dit que n’importe quelle star aurait imposé son point de vue, mais lui, il suggère sans s’imposer. Une remarquable humilité. Et là je me dis, « je dois donc enregistrer Paul McCartney, chez moi, dans ma chambre entrain de jouer de la guitare dans mon studio pitoyable qui ne marche pas bien ». J’en tremblais de peur, de pas être à la hauteur pour régler les micros, le guitare. Et puis une fois tout çà fini, il m’a joué plein d’airs connus comme « Yesterday » sur ma guitare. Et il m’a dit que c’était dans une chambre comme la mienne qu’il avait écrit la plupart de ses chansons dans les années 60. Il a commencé à me dire comment il avait trouvé les accords de cette chanson et qu’elle s’appelait « Scrambled Eggs » à la base. Et là je ne savais plus quoi dire. Car j’avais devant mes yeux, un type en baskets et pantalon large, qui paraissait plus jeune que son âge, auteur de la chanson la plus célèbre de la planète qui m’explique comment il a écrit ses chansons. Hallucinant. »

McCartney venait voir Nitin Sawhney dans une période difficile, à savoir peu de temps après la mort de Linda. Et d’ailleurs, ce projet de The Fireman était le premier projet de Paul après la mort de Linda. Sawhney a eu l’impression que Paul essayait de s’occuper l’esprit pour éviter de sombrer dans la dépression. Il a aussi expliqué qu’il restait la plupart du temps chez lui dans le Sussex à Waterfalls et qu’il ne sortait plus. Et c’est sans doute pour cette raison aussi qu’il a décidé de s’intéresser à d’autres musiques qui ne lui rappelleraient pas directement Linda, comme la Drum and Bass.

Sur le premier remix, « Out of Body and Mind Mix », Sawhney a repris des éléments du piano, accéléré ou passé à l’envers, les extraits des voix, la guitare et les mixa avec de la drum’n bass. Un courant musical initié par Goldie et Aphex Twin et que Paul ne connaissait pas à ce moment là. Il a tout de suite aimé ce style et Sawhney lui a alors dit qu’il avait crée plusieurs remix. « Paul m’a dit que tout ce qu’il y avait à faire était de prendre quelques éléments et de les mixer à la drum and bass. Et de garder quelques parties de guitares en suspens pour qu’il puisse jouer de la guitare par dessus. Mais j’ai surtout réussis à créer un rythme très différent en m’assurant que çà soit bien lui qui joue de tout et non pas de rajouter trop de sons étrangers. Ce qui l’a étonné c’est que j’arrivais à un titre très différent avec ce que lui avait déjà en tête avant. Je n’avais par contre pas envie de le contrarier en jouant trop de parties personnelles. Je me suis donc cantonné au rôle de remixeur. Je rien enlevé ni rien crée de nouveau mais j’ai remis les mêmes éléments différemment en place. Et çà lui a plu. »

Le second mix fut « Fluid (single mix) » d’une durée de 3mn44s. Il s’agit d’une version de Drum and bass très épurée avec des éléments suffisants pour en faire un single de The Fireman. En tous cas, un titre destiné à pouvoir être jouer en boite de nuit.

Le troisième s’appelle « Out of body Mix » et le dernier plus excentrique encore est « Out Of body with Sitar Mix ». Ce dernier fut une idée de Paul. Il est revenu voir Sawhney alors que les remixes étaient en cours d’élaboration. Et en écoutant l’un des mix, Paul proposa à Sawhney de jouer du sitar par dessus le mix. Alors il a joué du sitar chez lui et m’a envoyé le CD quelques jours plus tard. Le résultat, 4minutes30 d’ambient chill-out typique avec un rythme plus lent. De toutes, c’est celle-ci que Paul préférait.

Ce mix de drum and bass s’ajoute à une liste de chanson de Paul où l’on peut l’entendre jouer du sitar comme This One, Pure Trance (sur STRAWBERRY OCEAN SHIPSFOREST) et puis par la suite « Riding Into Jaipur » sur Driving Rain. Bien sûr, cet instrument extraordinaire avait été introduit par George Harrison surRUBBER SOUL via « Norwegian Wood » et ensuite sur « Love You To » et surtout « Tomorrow Never Knows » de Revolver, qui présente de fortes similitudes avec le mix de Sawhney. Mais même avant cela, c’est Pete Best (qui est né en Inde à Madras en 1941) qui avait initié les Beatles à cette culture et ces sons. Il y’eut bien sûr ensuite Ravi Shankar.

Ceci dit à propos de la musique indienne, Sawhney précise : « Les auteurs classiques de musique indienne n’ont pas aimé la vulgarisation du genre dans les disques des Beatles. Ils sont même critiques envers Ravi Shankar qu’ils considèrent comme peu intéressant. Mais McCartney a une connaissance de la musique indienne qui m’a subjugué. Il m’a dit que George Harrison lui avait fait découvrir toute la musique indienne. La contemporaine comme la plus ancienne qui soit. Et donc pour lui, cette musique n’était pas comme un agrément sonore de plus. Il la connaît à fond et non pas de façon superficielle. C’est aussi pour çà que j’ai aimé travailler avec lui. Et dans mes souhaits les plus chers, il m’aurait plu de pouvoir travailler avec George Harrison. »

Le 9 septembre 1999, le single Fluid était commercialisé. Mais de façon très confidentielle une fois de plus. Une habitude avec The Fireman….

nittin

 

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